Le député Dhafer Sghiri a dressé, vendredi 4 septembre 2026, un réquisitoire sévère contre la manière dont le gouvernement gère les crises récurrentes qui affectent les services publics, dénonçant notamment son incapacité à anticiper, à communiquer avec transparence et à mettre en œuvre les lois adoptées par le Parlement.
Invité sur les ondes d’Express FM au micro de Myriam Belkadhi, le député a utilisé une formule particulièrement cinglante pour résumer ce qu’il considère comme les dysfonctionnements persistants de l’appareil étatique : « L’État souffre d’Alzheimer ». Une métaphore destinée, selon lui, à illustrer la perte progressive des réflexes élémentaires de gestion publique.
« Soudain, nous ne savons plus rien faire », a-t-il lancé, estimant qu’il existe pourtant des règles élémentaires de gouvernance qu’un État, qui « n’est pas né hier », devrait maîtriser. Au premier rang de ces lacunes, il a placé l’absence d’anticipation.
Pour Dhafer Sghiri, les difficultés actuelles ne relèvent pas uniquement de circonstances conjoncturelles. Elles témoigneraient d’un affaiblissement plus profond des capacités de planification et de décision.
Le député a notamment critiqué la manière dont les lois sont élaborées. Selon lui, le gouvernement devrait être à l’origine des principaux textes législatifs, puisqu’il dispose des données, des études, des projections et des différents outils nécessaires à leur conception.
Le Parlement, a-t-il rappelé, a pour vocation de discuter, d’amender et de voter les textes qui lui sont soumis. Or, face à ce qu’il décrit comme une insuffisance de production législative de la part de l’exécutif, les députés ont progressivement été amenés à prendre davantage l’initiative dans ce domaine.
Cette situation crée, à ses yeux, un second dysfonctionnement : l’absence ou le retard des décrets d’application. Des lois sont ainsi adoptées sans que le gouvernement ne mette nécessairement en place, dans les délais requis, les textes réglementaires permettant leur entrée effective en vigueur.
Le député s’est également montré très critique à l’égard du rapport entre le gouvernement et le Parlement. Il a déploré la réticence croissante, selon lui, des ministres à venir répondre aux questions des représentants du peuple.
« Les ministres ne veulent pas qu’on les interroge », a-t-il affirmé, regrettant leur absence lors des séances d’audition et, plus largement, leur faible présence dans l’espace public.
Il a ainsi récusé l’idée selon laquelle le contrôle parlementaire devrait être assimilé à une opposition systématique à l’exécutif. Lorsqu’un ministre « fait défaut », le rôle du député consiste, selon lui, à le rappeler à ses responsabilités et à contribuer à corriger les dysfonctionnements, sans que cela ne relève nécessairement d’une logique d’allégeance ou d’opposition politique.
Cette volonté de contrôle intervient dans un contexte marqué par les difficultés persistantes d’approvisionnement en eau et les coupures d’électricité qui ont touché plusieurs régions du pays.
Dhafer Sghiri a indiqué que 56 députés avaient demandé la convocation d’une séance plénière extraordinaire, au regard de la situation et de la gravité de la crise affectant ces deux secteurs stratégiques.
Il a particulièrement insisté sur les délestages électriques, estimant que la crise aurait pu être gérée de manière plus efficace.
Le député a notamment rappelé que, lors de la dernière séance plénière tenue avant les vacances parlementaires, l’Assemblée avait approuvé un prêt destiné à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg). Or, selon lui, les députés n’avaient alors reçu aucune information suffisamment précise sur l’ampleur des difficultés auxquelles l’entreprise allait être confrontée, ni sur le risque de recours à des délestages à grande échelle.
Le député a, également, concentré ses critiques sur la communication gouvernementale.
Face à la multiplication des coupures et aux inquiétudes suscitées par les perturbations des services essentiels, il a déploré l’absence de prise de parole gouvernementale permettant d’expliquer clairement la situation à la population.
« Le gouvernement doit impérativement réagir », a-t-il martelé, estimant qu’aucune communication suffisamment transparente n’avait permis jusqu’ici d’exposer aux citoyens l’ampleur du problème, ses causes et les mesures envisagées pour y remédier.
Pour Sghiri, le silence des autorités ne saurait tenir lieu de politique publique. Au contraire, le mutisme institutionnel crée un vide rapidement occupé par les rumeurs, lesquelles peuvent à leur tour alimenter la colère et provoquer « de graves réactions ».
N.J











Commentaire
Hannibal
« L’État » souffre plutôt d’autisme, de paranoïa, de schizophrénie, de complotisme, de populisme, d’immobilisme, de suivisme, de blablatisme, de victimisme, …
Tout le monde connaît le diagnostic et personne ne fait rien.
Brace ! Brace ! Brace !