Heure de Tunis :
Light
Dark

Le député Thabet El Abed alerte sur le rétrécissement de l’espace public

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

    Le député et président de la Commission des droits et libertés au Parlement, Thabet El Abed, a estimé que l’arrestation du journaliste Mohamed Yousfi ne pouvait être considérée comme un fait isolé, estimant qu’elle s’inscrivait dans un « rétrécissement » progressif de l’espace public en Tunisie.

    Dans une publication Facebook, Thabet El Abed a affirmé que « ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie ne peut être réduit à l’affaire du journaliste Mohamed Yousfi, ni au seul dossier de la presse ». Selon lui, le pays fait face à un recul « grave et sans précédent » de l’espace public depuis la révolution, marqué par une réduction continue des espaces permettant aux citoyens de questionner, débattre, exprimer leurs désaccords et demander des comptes.

    Du politique à la presse

    Le député a notamment évoqué les lourdes condamnations prononcées contre plusieurs responsables politiques dans le cadre de l’affaire dite du « complot », ainsi que les restrictions qui, selon lui, ont accompagné l’exercice de l’activité politique.

    Il a également critiqué le fonctionnement du Parlement, estimant que celui-ci avait, dès le départ, été appelé à devenir davantage un « parlement de services et de validations » qu’un véritable espace de débat, de contrôle et de reddition des comptes.

    Thabet El Abed a ensuite évoqué les difficultés rencontrées par la Commission des droits et libertés dans l’exercice de ses prérogatives, considérant qu’elles ne constituaient pas un épisode isolé, mais s’inscrivaient dans un contexte plus large de réduction de la marge d’action des institutions lorsqu’elles tentent d’exercer pleinement leur rôle.

    La presse serait, à son tour, confrontée à cette même dynamique. Le député a rappelé les arrestations et condamnations à des peines privatives de liberté visant des journalistes au cours des dernières années, dénonçant un recours croissant à des textes autres que les décrets-lois 115 et 116 encadrant le secteur, notamment le décret-loi 54.

    « L’arrestation de Mohamed Yousfi n’est pas un fait isolé »

    C’est dans ce contexte que Thabet El Abed situe l’arrestation du journaliste Mohamed Yousfi, qu’il présente comme « une nouvelle étape » d’un processus continu de restrictions visant la presse et les espaces de débat public.

    Il accorde une importance particulière au fait que « Al Katiba » ait constitué, selon lui, l’une des dernières plateformes permettant encore d’ouvrir le débat sur les affaires publiques et d’accueillir des voix différentes.

    « Nous pouvons être en désaccord avec ce qui y est dit, avec ses invités ou avec leurs positions, mais le désaccord n’est pas un crime », écrit-il, soulignant que la presse ne peut véritablement remplir sa mission que si elle conserve le droit de questionner, d’écouter et de critiquer.

    Le rôle des réseaux sociaux questionné

    Le député s’est également inquiété de l’influence croissante des réseaux sociaux dans les affaires publiques et judiciaires. Il a dénoncé des campagnes de diffamation et d’incitation visant certaines personnes, parfois suivies, selon lui, d’interventions judiciaires allant dans le même sens.

    Une situation qui l’amène à poser une question : les campagnes de mobilisation et d’incitation sur les réseaux sociaux sont-elles désormais en mesure de déterminer qui devient une cible de poursuites ?

    « Le peuple de Facebook » est-il devenu, s’interroge-t-il, un acteur influent dans la fabrication de la décision publique et judiciaire ?

    Pour Thabet El Abed, la justice doit rester un espace d’application de la loi, fondé sur les preuves et les procédures, et non devenir le prolongement de conflits politiques ou de campagnes de colère et d’incitation sur les réseaux sociaux.

    « Que reste-t-il de l’espace public ? »

    Tout en rappelant l’importance de la présomption d’innocence, du droit à la défense et du procès équitable, le député estime que la question dépasse désormais le seul cadre des garanties judiciaires.

    « Que reste-t-il de l’espace public lorsque les espaces de débat se ferment les uns après les autres ? », s’interroge-t-il.

    Pour Thabet El Abed, cette question est d’autant plus importante que la Tunisie fait face à des difficultés concrètes touchant directement les citoyens, notamment en matière d’eau, d’électricité et d’approvisionnement en produits de base.

    Il estime qu’au lieu de rechercher systématiquement des « comploteurs », des « chambres obscures » ou des « ennemis supposés », le pays devrait favoriser un débat sérieux sur les causes de ses crises et sur les solutions possibles.

    « L’État fort n’a pas peur de la presse, de la question, de la critique ou de la différence d’opinions », affirme-t-il, considérant que la force de l’État se mesure également à sa capacité à accepter le pluralisme et à protéger un espace permettant aux citoyens de questionner, de débattre et de demander des comptes.

    En conclusion, le député affirme que la défense de la liberté de la presse ne constitue pas, selon lui, la défense d’un journaliste en particulier, pas plus que la défense du rôle du Parlement ne serait une défense des parlementaires ou que la défense du droit à la différence ne serait celle d’un camp politique.

    Il s’agit, écrit-il, de défendre « le droit de toute la société tunisienne à voir, entendre et discuter de ses problèmes », à disposer d’espaces réels de dialogue et de reddition des comptes et à participer à la recherche de solutions.

    Et de conclure par une interrogation : « La question aujourd’hui n’est pas seulement : pourquoi Mohamed Yousfi a-t-il été arrêté ? La question plus profonde est : que se passe-t-il dans l’espace public en Tunisie, et qui restera capable de parler lorsque toutes les fenêtres se fermeront ? »

    S.H

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *