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Eau embouteillée : la peur de la pénurie alimente le surstockage

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Par Nadya Jennene

    La pénurie d’eau embouteillée observée ces derniers jours dans plusieurs régions de Tunisie serait davantage liée à un phénomène de surstockage qu’à une hausse réelle de la consommation, a expliqué Lassaâd Mzah, représentant de la Chambre syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées, lundi 7 septembre 2026 sur Express FM.

    Selon lui, la production quotidienne couvre actuellement les besoins du marché, avec une capacité maximale comprise entre 6 et 7 millions de bouteilles par jour. La disparition rapide des stocks dans les grandes surfaces s’expliquerait plutôt par le comportement des consommateurs, préoccupés par la possibilité de ne pas trouver d’eau, a-t-il expliqué, soulignant que plusieurs membres d’une même famille peuvent ainsi acheter simultanément plusieurs packs. 

    Ce phénomène de constitution de réserves entraîne mécaniquement un écoulement beaucoup plus rapide des quantités distribuées et donne l’impression d’une pénurie généralisée. Face à cette situation, les producteurs sont en coordination avec le ministère concerné afin d’augmenter les quantités approvisionnées dans plusieurs gouvernorats, a indiqué M. Mzah.

    Le responsable s’est toutefois montré optimiste quant à une amélioration rapide de la situation. La baisse attendue des températures au cours de cette semaine devrait, selon lui, entraîner un recul de la consommation et permettre au marché de retrouver progressivement un rythme de consommation normal.

    Pour éviter que de telles tensions ne se reproduisent à l’avenir, la filière prévoit par ailleurs de constituer, dès l’année prochaine, un stock stratégique de 200 millions de litres d’eau, destiné à faire face à une éventuelle hausse ponctuelle de la demande.

    Lassaâd Mzah a également écarté l’hypothèse d’une spéculation à l’origine des perturbations actuelles. Il a estimé qu’une telle pratique ne serait pas logique dans le contexte présent, alors que la période estivale représente précisément celle où les producteurs peuvent écouler les plus grandes quantités d’eau. Selon lui, une rétention volontaire des stocks ne présenterait donc aucun intérêt économique pour les opérateurs à ce stade. 

    N.J

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    Commentaire

    1. jamel.tazarki

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      7 septembre 2026 | 15h23

      Introduction: La demande extrême en eau minérale observée au cœur de l’été n’est pas un choix de confort, mais la conséquence directe et mécanique de l’absence d’eau au robinet des ménages. Lorsque les coupures du réseau public se prolongent, les circuits commerciaux et les épiceries deviennent le seul refuge de survie pour les familles. Ce basculement brutal engendre immédiatement des ruptures de stock, des phénomènes de spéculation et des hausses de prix intolérables pour le pouvoir d’achat des citoyens. –> L’analyse de Mr. Lassaâd Mzah, de l’article ci-dessus est très superficielle!

      Crise de l’eau en Tunisie : L’illusion de la bouteille face à l’urgence du réseau public
      –>
      A) L’absurdité de l’alternative plastique:
      Face aux pénuries d’eau qui frappent régulièrement la Tunisie, en particulier lors des pics de chaleur estivaux, l’idée de pallier les défaillances du réseau public par une distribution massive d’eau minérale en bouteille est une impossibilité matérielle, logistique et écologique. Pour une population de près de 13 millions d’habitants, garantir un minimum vital de 3 litres d’eau par jour et par personne exigerait la production et l’acheminement de 39 millions de bouteilles quotidiennes. Cette équation est irréalisable pour le pays :
      – Un outil industriel saturé : Les stations de conditionnement nationales atteignent péniblement une capacité maximale d’environ 7 millions de litres par jour en été.
      – Un défi routier herculéen : Transporter un tel volume nécessiterait la rotation quotidienne de plus de 1 500 camions semi-remorques, saturant immédiatement le réseau routier.
      – Un désastre environnemental : Le pays devrait gérer l’afflux ingérable de 14 milliards de bouteilles en plastique jetables par an.

      B) Le mécanisme de la crise : le transfert de charge:
      –>
      b1) La demande extrême en eau minérale observée au cœur de l’été n’est pas un choix de confort, mais la conséquence directe et mécanique de l’absence d’eau au robinet des ménages. Lorsque les coupures du réseau public se prolongent, les circuits commerciaux et les épiceries deviennent le seul refuge de survie pour les familles. Ce basculement brutal engendre immédiatement des ruptures de stock, des phénomènes de spéculation et des hausses de prix intolérables pour le pouvoir d’achat des citoyens.
      —————————————–
      b2) Comment cela a-t-il pu fonctionner jusqu’à mi-juillet, sans pénurie d’eau minérale en bouteille ? La réponse est évidente : avant cette date, l’eau du robinet était le plus souvent disponible avec de courtes coupures. Mais, avec l’arrivée de la grande chaleur, elle se faisait rare pendant plusieurs jours dans les grands quartiers et les grandes villes du pays. On savait que le système de canalisation d’eau de robinet finirait par craquer, un jour ou l’autre. Mais on ne s’attendait pas à ce que cela se produise, au pire moment de la canicule et des délestages.

      C) Le nœud du problème : l’interdépendance Eau-Électricité
      –>
      c1) L’accès à l’eau courante pendant les vagues de chaleur se heurte à un obstacle technique majeur : le lien indissociable entre la distribution d’eau et la disponibilité de l’énergie. Pour acheminer l’eau vers les réservoirs et les quartiers situés en altitude (à l’instar de Sidi Bou Saïd ou des hauteurs des grandes agglomérations), la SONEDE dépend de puissantes stations de pompage électriques. Or, la saison estivale coïncide avec les pics de consommation électrique dus entre-autres à la climatisation, contraignant la STEG à procéder à des délestages. Sans électricité, les pompes s’arrêtent instantanément, provoquant des coupures d’eau totales dans les zones en hauteur, indépendamment du niveau des réserves de distribution.

      D) Pistes de solutions à court et moyen termes –> Pour remédier à cette crise sans basculer dans la panique, deux mesures immédiates doivent être instaurées :
      –>
      d1) Limiter la durée des coupures d’eau : Les interruptions de service doivent être contenues sous un seuil tolérable de 3 à 5 heures maximum pour préserver la salubrité publique et éviter les ruptures de canalisations dues aux variations de pression.
      —————————————–
      d2) Planifier et informer : La mise en place d’un système d’alerte transparent (par SMS ou communiqués locaux) permettrait d’avertir les résidents à l’avance. Connaissant les plages horaires de coupure, chaque foyer pourrait constituer une réserve d’eau minimale, stabilisant ainsi la demande sur le marché de l’eau en bouteille.

      E) Conclusion stratégique : Où faut-il investir ?
      –>
      e1) Investir des dizaines de millions de dinars pour étendre les capacités de l’industrie privée de l’embouteillage et la production d’eau minérale, à l’image des investissements lourds de grands groupes privés. –> Ceci serait une erreur économique globale. Cette option déplace le problème vers un produit final qui coûte 800 fois plus cher au citoyen que l’eau publique, tout en aggravant la dépendance au plastique. –> La seule décision rationnelle et souveraine consiste à orienter les financements publics et les appuis internationaux vers la résilience énergétique et structurelle du réseau de la SONEDE. Cela implique :
      – L’autonomisation des stations de pompage critiques face aux délestages de la STEG, grâce à l’installation de parcs solaires photovoltaïques et de groupes électrogènes de secours.
      – La modernisation active des canalisations pour réduire le taux de fuite national et optimiser la pression hydraulique.
      – C’est uniquement en sécurisant l’énergie des infrastructures publiques que la Tunisie garantira un accès durable, équitable et économique à l’eau potable pour l’ensemble de sa population.
      —————————————–
      e2) L’aberration financière des usines d’embouteillage–> Un gouffre financier pour un impact limité : Multiplier les usines de production d’eau minérale nécessite d’investir des dizaines de millions de dinars par site (terrains, forages profonds, lignes automatisées d’embouteillage). Pourtant, comme le souligne l’investissement de 75,7 millions de DT de Délice Holding en 2026, l’outil industriel met des années à atteindre sa pleine capacité et à impacter réellement le marché.
      —————————————–
      e3) Le coût caché des transports : L’investissement industriel n’inclut pas le coût d’achat et d’entretien de la flotte de camions nécessaire pour déplacer ces milliards de bouteilles à travers le pays, ni le coût environnemental de la gestion des déchets plastique qui pèse sur l’État.
      e4) Financer la transition énergétique de la SONEDE, l’autonomie des stations de pompage et l’entretien des canalisations du réseau de distribution d’eau potable (de robinet) est un investissement structurel en faveur de la souveraineté. Subventionner ou encourager l’expansion du plastique privé est une dépense à perte, car elle ne fait que déplacer le problème sans jamais traiter la racine de la crise hydrique.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

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