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Ras Jedir : les blocages persistent, sur fond de tensions politiques et sécuritaires en Libye

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Par Nadya Jennene

    Le poste-frontière de Ras Jedir demeure confronté à d’importantes difficultés de circulation et d’échanges commerciaux entre la Tunisie et la Libye, malgré les démarches engagées récemment par les autorités tunisiennes. Invité de Jawhara FM, mardi 8 septembre 2026, le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme, Mostafa Abdelkebir, a décrit une situation qui s’inscrit désormais dans la durée et dont les conséquences dépassent largement le seul fonctionnement du point de passage.

    Selon lui, la circulation des personnes reste globalement normale, notamment pour les déplacements individuels et les petits commerçants. La situation est en revanche nettement plus compliquée pour les grands transporteurs, les camions et les opérations d’import-export.

    Mostafa Abdelkebir a noté que les difficultés actuelles ne constituent pas un épisode ponctuel. Elles s’inscrivent dans une situation de tension qui dure depuis près de deux ans et qui a profondément affecté le commerce transfrontalier.

    Cette situation est particulièrement lourde de conséquences pour Ben Guerdène et l’ensemble de la région frontalière, dont une partie importante de l’activité économique repose traditionnellement sur les échanges avec la Libye. Des difficultés similaires ont déjà été signalées ces derniers mois, avec des délais d’attente pouvant atteindre plus de 20 heures, voire près de 48 heures. 

    M. Abdelkebir a souligné aussi que les difficultés s’étaient accentuées récemment en raison de l’évolution du contexte politique et sécuritaire libyen.

    Le contexte libyen reste en effet particulièrement fragile. La scène politique est toujours marquée par la coexistence de forces et d’institutions rivales, malgré les efforts engagés sous l’égide des Nations unies pour sortir de la longue période de transition.

    Le 1er septembre, des représentants des différents camps libyens ont notamment conclu, sous médiation onusienne, un accord dit « 4+4 », présenté comme une feuille de route susceptible de conduire à des élections présidentielle et législatives dans un délai de deux ans.  

    Mais cette dynamique politique demeure fragile. Mostafa Abdelkebir a fait état de mouvements militaires importants entre l’est et le centre du pays, tandis que certaines forces présentes dans l’ouest libyen restent également en état d’alerte. Il a évoqué ainsi un climat général marqué par la mobilité des forces armées et la persistance de rapports de force entre différents acteurs.

    À cela s’ajoute la présence de groupes armés et l’implication de puissances étrangères, qui continuent, selon lui, à peser sur les équilibres libyens. Ces facteurs ont un effet indirect sur la circulation des personnes et des marchandises à destination de la Tunisie.

    La persistance de l’instabilité est d’ailleurs illustrée par les opérations sécuritaires menées ces derniers jours en Libye. Le gouvernement d’unité nationale a annoncé, le 6 septembre, le démantèlement d’une cellule impliquée dans des attaques visant notamment des installations pétrolières et électriques dans les régions de Tripoli et de Zawiya.  

    Pour les personnes qui empruntent l’axe reliant Zawiya, Tripoli et Ras Jedir, cette situation se traduit par une vigilance accrue et une plus grande prudence dans les déplacements à l’intérieur de la Libye.

    Le poste-frontière tunisien n’est toutefois pas, selon M. Abdelkebir, directement menacé sur le plan sécuritaire. Le problème est plutôt celui des conséquences indirectes de la situation libyenne sur la fluidité des échanges et sur les conditions dans lesquelles les voyageurs parviennent jusqu’au poste.

    Il a rappelé aussi, et surtout, le refroidissement des relations et du dialogue tuniso-libyen au cours des deux dernières années. Ce manque de dialogue a considérablement retardé la conclusion d’accords susceptibles de régler les problèmes rencontrés par les commerçants et les voyageurs.

    Les échanges tuniso-libyens restent pourtant importants : ils ont progressé de 11% en 2025 pour atteindre environ 2,89 milliards de dinars, ce qui illustre le poids économique de la relation bilatérale malgré les difficultés persistantes à la frontière.  

    Face à cette situation, la Tunisie a multiplié les démarches diplomatiques et sécuritaires. Mostafa Abdelkebir a cité, dans ce sens, la récente visite du ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, qui s’est rendu à Ben Guerdène, accompagné notamment du directeur général des frontières et des étrangers ainsi que de responsables des douanes, afin de s’enquérir directement des difficultés rencontrées à Ras Jedir.  

    Pour le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme, cette visite constitue un signal positif et pourrait contribuer à « dégeler » le dialogue avec les autorités de l’ouest libyen, à condition que les discussions débouchent rapidement sur des mesures concrètes.

    N.J

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