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Zied Dabbar : « La presse tunisienne est en état d’urgence »

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Par Myriam Ben Zineb

    Le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar, a alerté, mardi 8 septembre 2026, sur une dégradation préoccupante de la situation de la presse, allant jusqu’à parler d’un « état d’urgence ». Lors d’une conférence de presse consacrée à Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba, il a mis en garde contre les conséquences des pressions exercées sur les journalistes, estimant que le droit même du citoyen à une information fiable était désormais en jeu.

    Pour Zied Dabbar, l’affaire Mohamed Yousfi ne constitue pas un cas isolé. Elle illustre, à ses yeux, une situation plus générale dans laquelle la profession est désormais contrainte de fonctionner « en mode de lutte » et de résistance.

    Le président du SNJT a ainsi alerté sur le risque de voir les journalistes progressivement empêchés d’exercer leur métier dans des conditions normales. Il a averti qu’un jour pourrait venir où le citoyen ne trouverait plus de source d’information fiable et se retrouverait uniquement face à des pages de propagande.

    Dans ce climat, a-t-il estimé, tout journaliste est aujourd’hui susceptible de devenir un potentiel « projet de prisonnier ». Un constat par lequel il entend dénoncer l’effet que peuvent produire les poursuites et les privations de liberté sur l’ensemble de la profession.

    Zied Dabbar a également rejeté une conception de la presse réduite aux relations publiques ou à la propagande, dont la fonction serait d’assurer que « tout est sous contrôle » et que « tout va bien ». Il a rappelé que le rôle du journaliste consiste précisément à traiter les préoccupations des citoyens, à poser des questions et à travailler sur des sujets d’intérêt public, y compris lorsque ceux-ci dérangent.

    Le président du SNJT a assuré que, malgré les pressions judiciaires, professionnelles et économiques, la presse continuerait à résister et à défendre son rôle.

    Hela Ben Salem : le dossier reposerait sur « des suppositions et des déductions »

    Prenant la parole sur les aspects judiciaires de l’affaire, Hela Ben Salem, avocate et membre du comité de défense de Mohamed Yousfi, a livré plusieurs éléments sur le dossier, tout en précisant être tenue par le secret de l’enquête.

    L’avocate a affirmé avoir directement pris connaissance du dossier et soutenu que celui-ci reposait sur « un ensemble de suppositions et de déductions » contenues dans un rapport ayant servi de point de départ aux investigations.

    Elle a notamment contesté, au nom de la défense, l’existence d’éléments matériels permettant d’étayer les soupçons formulés contre le journaliste. D’après les éléments qu’elle a présentés, le dossier ne ferait apparaître ni mouvements financiers inhabituels, ni patrimoine immobilier suspect, ni documents ou rapports financiers permettant, à ses yeux, d’établir les faits reprochés.

    Hela Ben Salem a également affirmé qu’une partie des éléments retenus provenait d’informations circulant sur les réseaux sociaux. Elle a notamment évoqué une publication qui, selon elle, ne mentionnait pas Mohamed Yousfi par son nom, mais dont le contenu aurait été interprété comme le concernant.

    L’avocate s’est interrogée sur la possibilité de fonder des soupçons d’une telle gravité sur des informations diffusées sur les réseaux sociaux et sur l’interprétation d’une publication qui, assure-t-elle, ne désignait pas directement son client.

    Ces éléments correspondent à la lecture du dossier présentée par la défense lors de la conférence de presse. Ils ne préjugent ni du contenu complet des investigations ni des conclusions auxquelles pourrait parvenir la justice.

    La défense s’interroge sur la rapidité de la procédure

    Hela Ben Salem est également revenue sur les conditions dans lesquelles la procédure a été engagée. Elle a relevé la rapidité avec laquelle se seraient succédé l’ouverture de l’enquête, sa transmission aux services chargés des investigations, l’interpellation de Mohamed Yousfi puis son placement en garde à vue.

    La défense estime qu’il aurait été possible de convoquer le journaliste, de l’entendre et de poursuivre les investigations tout en le maintenant en liberté.

    L’avocate a également soulevé la question de la présomption d’innocence. Elle a estimé que la logique tendait aujourd’hui à s’inverser dans ce type d’affaires : au lieu d’être présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie, la personne poursuivie se retrouverait, selon elle, dans la position de devoir apporter elle-même les éléments démontrant son innocence.

    Hela Ben Salem a enfin rappelé que Mohamed Yousfi est journaliste et rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba. Elle a soutenu qu’il n’exerçait aucune responsabilité administrative ou financière au sein de l’association portant le projet et qu’il ne disposait d’aucun pouvoir sur ses ressources ou ses comptes.

    Concernant les financements étrangers évoqués dans le dossier, elle a fait valoir que ceux-ci ne sont pas interdits en tant que tels et sont soumis à un cadre légal. Elle a également affirmé que l’association concernée respectait ses obligations et disposait de rapports et documents déclarés et publiés.

    « Le citoyen risque de ne plus trouver une information fiable »

    Au-delà de la situation personnelle de Mohamed Yousfi, le SNJT a voulu placer cette affaire dans une réflexion plus large sur l’avenir de la presse.

    Pour Zied Dabbar, la multiplication des pressions ne menace pas uniquement les journalistes ou les médias concernés. Elle risque, à terme, de priver les citoyens d’une presse capable de vérifier les faits, de questionner les responsables et de traiter librement les affaires publiques.

    Mohamed Yousfi avait été interpellé vendredi 4 septembre, devant les locaux d’Express FM, alors qu’il s’apprêtait à participer à une émission consacrée à la politique de l’eau. Il avait ensuite été conduit à la brigade centrale chargée des enquêtes sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale à El Aouina et placé en garde à vue.

    Depuis son interpellation, plusieurs organisations professionnelles et de défense des droits humains ont réclamé sa libération.

    Les autorités n’ont, à ce stade, pas rendu publics les éléments détaillés permettant de confronter leur lecture du dossier à celle présentée mardi par la défense. Les affirmations relatives au contenu de l’enquête rapportées lors de cette conférence de presse demeurent donc celles de Hela Ben Salem et du comité de défense de Mohamed Yousfi.

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