Reporters sans frontières (RSF) a réagi, mardi 8 septembre 2026, au maintien en détention du journaliste Mohamed Yousfi, interpellé le 4 septembre à Tunis, en dénonçant une procédure qu’elle juge « manifestement infondée » et en appelant à sa libération immédiate.
Le journaliste et rédacteur en chef d’Al Qatiba demeure en détention après son interpellation à l’entrée des studios d’Express FM. Il devait alors intervenir en direct dans une émission consacrée à la crise de l’eau en Tunisie.
Selon RSF, qui s’est notamment appuyée sur les informations communiquées par son avocat Bassem Trifi, le journaliste a été conduit à la troisième brigade centrale de recherche des crimes financiers complexes de la Garde nationale, à l’Aouina. Il a ensuite été placé en garde à vue le 5 septembre, sur instruction du parquet. Cette mesure a été prolongée de 48 heures le 7 septembre.
Une procédure judiciaire aux fondements contestés
Le dossier judiciaire à l’origine de son arrestation suscite de nombreuses interrogations. D’après RSF, l’enquête a été déclenchée à partir d’une publication Facebook émanant d’un tiers, dans laquelle était évoqué un journaliste présenté comme travaillant pour des « agendas étrangers », sans que Mohamed Yousfi soit nommément cité.
Le journaliste fait néanmoins l’objet d’investigations pour plusieurs faits particulièrement lourds, notamment la constitution d’une entente visant à porter atteinte aux personnes et aux biens, l’enrichissement illicite et le blanchiment d’argent à travers une organisation, ainsi que la mise en place de flux financiers illicites dont il aurait bénéficié par l’intermédiaire d’une association.
Durant sa garde à vue, Mohamed Yousfi a notamment été interrogé sur son activité professionnelle ainsi que sur la ligne éditoriale d’Al Qatiba. Pour RSF, le décalage entre les accusations formulées et les éléments à l’origine de la procédure pose la question du fondement même de la détention.
L’organisation de défense de la liberté de la presse a également affirmé que l’interpellation intervenait après une campagne de dénigrement menée sur les réseaux sociaux contre le journaliste, avec la circulation répétée de contenus le visant.
L’état de santé du journaliste inquiète
À cette dimension judiciaire s’ajoute une préoccupation liée à son état de santé. RSF a indiqué que Mohamed Yousfi avait subi une intervention chirurgicale alors qu’il était détenu et qu’il se trouverait actuellement hospitalisé et alité. L’organisation a demandé, en conséquence, sa libération immédiate ainsi que le respect de ses droits de la défense.
« Rien dans ce dossier ne justifie le maintien en détention du journaliste d’investigation Mohamed Yousfi », a déclaré le directeur de RSF Afrique du Nord, Oussama Bouagila, qui considère que cette procédure intervient dans un contexte de pression visant à réduire le journaliste au silence.
L’organisation a également fait état de blocages administratifs et d’un recours croissant à la justice contre des professionnels de l’information, avec pour conséquence de limiter leur capacité à traiter des sujets considérés comme sensibles.
La couverture de la crise de l’eau figure précisément parmi les dossiers concernés. Selon RSF, des journalistes ont été empêchés de couvrir librement les pénuries d’eau ainsi que les mouvements sociaux liés à cette situation.
Pour l’organisation, la détention de Mohamed Yousfi constitue ainsi un nouveau signal préoccupant quant aux conditions dans lesquelles les journalistes tunisiens peuvent exercer leur métier et traiter des questions d’intérêt public.
N.J










