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Crédits bancaires : les ménages absorbent l’essentiel, l’investissement reste à la traîne

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Par Nadya Jennene

    L’encours des crédits bancaires a atteint 30,662 milliards de dinars à fin juin 2026, contre environ 10 milliards il y a une quinzaine d’années. Mais derrière cette progression spectaculaire du volume des crédits se dessine une réalité moins favorable : l’essentiel des financements bénéficie aux particuliers, tandis que le crédit destiné à l’investissement demeure insuffisamment dynamique.

    Un crédit bancaire largement orienté vers les ménages

    Le chiffre donne immédiatement la mesure de l’évolution du crédit en Tunisie : 30,662 milliards de dinars de crédits étaient encore en circulation à fin juin. Cet encours correspond à l’ensemble des sommes prêtées par les banques à leurs clients et qui n’ont pas encore été remboursées.

    Autrement dit, il ne s’agit pas du montant des nouveaux crédits accordés au cours de l’année, mais du stock de crédits toujours en cours de remboursement.

    Pour l’expert-comptable Sofiene Lourimi, intervenu mercredi 9 septembre 2026 sur Mosaïque FM pour analyser la situation, cette évolution traduit une transformation profonde du marché du crédit tunisien. Alors que le volume des crédits évoluait historiquement autour de 10 milliards de dinars, il a pratiquement triplé depuis 2010 pour atteindre aujourd’hui plus de 30 milliards de dinars.

    Selon l’analyse présentée par Sofiene Lourimi, près de 90% des crédits accordés par les banques concernent les particuliers.

    Ces financements couvrent plusieurs besoins. Il peut s’agir de crédits destinés à l’acquisition d’un logement ou d’un terrain, de prêts consacrés à l’aménagement ou à la rénovation d’un logement, mais également de crédits automobiles ou encore de financements directement prélevés sur le salaire.

    Cette structure du marché révèle une caractéristique importante : le crédit bancaire tunisien est largement mobilisé pour répondre aux besoins des ménages.

    Et parmi ces différents financements, le logement occupe une place prépondérante.

    Le premier constat avancé par l’analyste est particulièrement significatif : les crédits consacrés à l’habitat et à l’aménagement représenteraient environ 80% des crédits accordés aux particuliers. Viennent ensuite les crédits à la consommation, puis les crédits destinés à l’acquisition d’une voiture.

    Des crédits immobiliers devenus moins attractifs pour les banques

    L’analyste a relevé par ailleurs une évolution récente importante : les crédits destinés à l’habitat connaissent une régression. Ce recul s’explique également, selon Sofiene Lourimi, par les conséquences de la nouvelle réglementation relative aux chèques. Celle-ci aurait modifié l’équation financière des banques lorsqu’elles accordent des prêts à taux fixe sur de très longues périodes.

    Les banques sont en effet tenues, pour certains crédits à taux fixe, d’appliquer des réductions sur les intérêts dans certaines situations prévues par la loi. Or, plus la durée d’un crédit est longue, plus la banque s’expose à une évolution de ses propres coûts de financement et à une immobilisation de ses ressources sur une longue période.

    C’est précisément cette combinaison qui rend les prêts immobiliers à taux fixe sur quinze, vingt ans ou davantage moins attractifs pour les établissements bancaires.

    Selon l’analyse de Sofiene Lourimi, les banques seraient ainsi devenues beaucoup plus réticentes à accorder des crédits de plus de quinze ans à taux fixe.

    Cette prudence a des conséquences directes pour les ménages. Dans le cas d’un crédit immobilier, la durée constitue en effet un élément déterminant. Plus le remboursement est étalé sur une longue période, plus la mensualité peut être réduite et devenir compatible avec les revenus du ménage.

    À l’inverse, une durée plus courte signifie des mensualités plus élevées. Pour de nombreux ménages, cela peut rendre l’accès à la propriété plus difficile, particulièrement dans un contexte où les prix de l’immobilier et le coût de la construction pèsent déjà lourdement sur le budget familial.

    N.J

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