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Friedrich Naumann : une présence publique et des partenariats documentés depuis des décennies

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Par Myriam Ben Zineb

    La Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté se retrouve depuis plusieurs jours au cœur d’une campagne menée sur les réseaux sociaux par des voix proches du pouvoir contre le média Al Qatiba et son rédacteur en chef Mohamed Yousfi. À l’origine de cette offensive, le financement par la fondation allemande de certains projets auxquels ont participé des journalistes d’Al Qatiba.

    Présenté par les relais officieux du régime comme un indice de « financement étranger », voire comme la preuve d’une soumission à des « agendas étrangers hostiles », ce partenariat est progressivement transformé en accusation politique. Jusqu’à l’invocation du « sionisme », brandi comme ultime ressort de cette campagne visant à jeter le discrédit sur les journalistes concernés.

    Mais derrière cette offensive, un élément essentiel est soigneusement passé sous silence. La Fondation Friedrich Naumann n’est pas un acteur clandestin opérant en marge des institutions tunisiennes. Elle travaille depuis des décennies en Tunisie et a noué, au fil des années, des collaborations avec des municipalités, des établissements publics, des organisations professionnelles et différents acteurs institutionnels.

    Autrement dit, le même lien avec une fondation étrangère qui est aujourd’hui présenté comme suspect lorsqu’il concerne Al Qatiba existe également, sous différentes formes, entre Friedrich Naumann et des structures publiques tunisiennes.

    Cette réalité permet de mettre en lumière le deux poids, deux mesures au cœur de la campagne actuelle. Ce qui est présenté comme une preuve d’allégeance à un « agenda étranger » lorsqu’il concerne des journalistes devient une coopération parfaitement ordinaire lorsqu’il concerne des institutions ou des responsables publics.

    Loin d’être apparue récemment dans le paysage tunisien, la Fondation Friedrich Naumann pour la Liberté y mène des activités depuis plusieurs décennies. Sur son site officiel, elle situe même en Tunisie le point de départ de son activité internationale, en 1964.

    Son rapport annuel 2017 indique qu’au début de cette année-là avait été lancé l’Institut Ali Bach Hamba, présenté comme son premier projet hors d’Allemagne. Celui-ci était notamment destiné à la formation de journalistes, de documentalistes et de cadres tunisiens.

    Depuis, les activités de la fondation ont couvert des domaines très divers : économie, gouvernance locale, entrepreneuriat, énergie, environnement, ressources hydriques, accès au droit ou encore formation.

    Des projets avec des municipalités

    Cette présence s’est notamment traduite par des projets réalisés avec des collectivités locales.

    En juillet 2021, la municipalité de La Marsa avait ainsi présenté « Marsa App », une application développée en coopération avec Friedrich Naumann Tunisie-Libye. Elle permettait notamment aux habitants d’accéder aux informations de la commune et de signaler différents problèmes aux services municipaux.

    La même année, un autre projet, « Zriba Citizen GIS », avait été réalisé avec la commune de Zriba. Le portail consacré au projet indique explicitement qu’il avait été « financé et soutenu » par le bureau de Tunis de la Fondation Friedrich Naumann. La municipalité de Zriba avait, elle aussi, communiqué publiquement sur cette coopération.

    Un partenariat avec un établissement public sous tutelle de la Présidence du gouvernement

    Les collaborations de la fondation ont également concerné le Centre africain de perfectionnement des journalistes et communicateurs (CAPJC), établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle de la Présidence du gouvernement.

    En 2026, Friedrich Naumann avait ainsi annoncé avoir organisé, en partenariat avec le CAPJC, une formation de trois jours à Sfax destinée aux journalistes de différents médias.

    La formation avait porté sur les transformations géopolitiques, le climat, les ressources hydriques, la transition énergétique ou encore les enjeux liés à l’intelligence artificielle.

    Dans ce cas, il ne s’agissait donc pas simplement de la participation d’un responsable public à une activité organisée par la fondation, mais bien d’une activité présentée par cette dernière comme ayant été organisée en partenariat avec un établissement public.

    9anoun et la participation de structures publiques

    En 2024, Friedrich Naumann avait également été partenaire d’Idaraty pour le lancement de la plateforme 9anoun, destinée à faciliter l’accès aux textes juridiques.

    Dans la présentation du projet publiée par la fondation, plusieurs acteurs étaient cités parmi les structures ayant apporté leur soutien, notamment le ministère des Affaires sociales et l’Inspection du travail de Tunis.

    La FNF précisait que ces différents acteurs avaient contribué au projet à travers leur expertise, leur soutien technique et leurs observations. Elle faisait également état de la contribution de l’Ordre national des avocats de Tunisie et de l’Association tunisienne des jeunes avocats.

    La nature de ces contributions doit toutefois être distinguée du partenariat conclu entre Friedrich Naumann et Idaraty : les documents consultés ne permettent pas de parler d’un financement du ministère des Affaires sociales par la fondation.

    L’eau parmi les sujets abordés avant « La Tunisie assoiffée »

    La question de l’eau figurait par ailleurs parmi les sujets traités publiquement par la fondation avant son soutien à la publication « La Tunisie assoiffée ».

    En octobre 2024, Friedrich Naumann avait organisé à Sousse, avec l’association Oxygène Messadine, une rencontre consacrée aux défis liés à l’eau et aux solutions envisageables.

    Un haut responsable de la Sonede avait participé aux travaux, consacrés notamment à la raréfaction des ressources hydriques, à leur gestion, à la sécurité hydrique et alimentaire et aux effets du changement climatique.

    ANME et Steg autour de la transition énergétique

    Les activités publiques de la fondation se sont poursuivies en 2026 sur des problématiques directement liées aux politiques publiques.

    À l’occasion d’un débat consacré au potentiel du photovoltaïque résidentiel, organisé avec le Tunisian Women Network for Energy Transition, des intervenants de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) et de la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg) avaient participé aux échanges.

    Les discussions avaient notamment porté sur le programme PROSOL Elec, le financement du photovoltaïque résidentiel, les procédures techniques, le déploiement des compteurs intelligents et les objectifs en matière d’énergies renouvelables.

    Là encore, la participation de représentants de ces structures ne signifie pas que l’ANME ou la Steg étaient partenaires de la fondation. Elle témoigne en revanche de la tenue publique de ces échanges avec des acteurs institutionnels.

    Aux côtés de ministres lors de grands rendez-vous économiques

    La Fondation Friedrich Naumann est également présente depuis plusieurs années dans de grandes manifestations économiques.

    En avril 2026, elle avait ainsi participé en qualité de partenaire à la neuvième édition de Financing Investment and Trade in Africa (FITA), organisée à Tunis par le Tunisia-Africa Business Council. La FNF y avait notamment organisé un panel consacré aux technologies vertes.

    La manifestation avait réuni des représentants institutionnels, des ambassadeurs, des investisseurs et des responsables gouvernementaux. Le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Slah Zouari, avait notamment participé à son ouverture.

    La coopération avec l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) est encore plus ancienne. Dans une publication consacrée à la 39e édition des Journées de l’Entreprise, la FNF indiquait être partenaire de la manifestation « depuis plus d’une décennie ».

    Cette édition avait notamment enregistré la participation de Samir Abdelhafidh, ministre de l’Économie et de la Planification, de Sofien Hemissi, ministre des Technologies de la Communication, ainsi que de Fethi Zouhair Nouri, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie.

    La fondation figurait déjà parmi les partenaires officiels de la 38e édition, organisée en décembre 2024 et ouverte par le chef du gouvernement de l’époque, Kamel Madouri.

    Il ne s’agissait, dans ces différents cas, ni d’un partenariat avec le gouvernement ni d’un financement de celui-ci par Friedrich Naumann. La fondation était partenaire des manifestations organisées respectivement par le TABC et l’IACE, auxquelles des membres du gouvernement participaient officiellement.

    Des activités menées au grand jour

    Les documents et publications disponibles permettent ainsi de distinguer plusieurs formes de relations : partenariat direct avec un établissement public dans le cas du CAPJC, financement et soutien d’un projet municipal à Zriba, coopération avec la municipalité de La Marsa, contribution de structures publiques au projet 9anoun ou encore participation de responsables de la Sonede, de l’ANME et de la Steg à des rencontres organisées ou soutenues par la fondation.

    À cela s’ajoute la présence de Friedrich Naumann comme partenaire de manifestations économiques auxquelles participent régulièrement ministres et hauts responsables de l’État.

    Ces différentes relations ne sont pas de même nature et ne doivent donc pas être confondues. Elles présentent néanmoins un point commun, elles sont publiques, documentées et s’inscrivent, depuis des années, dans le paysage institutionnel et associatif tunisien.

    Dans ce contexte, présenter aujourd’hui le partenariat de Friedrich Naumann avec des acteurs d’Al Qatiba comme un élément suffisant pour suggérer une quelconque allégeance à des « agendas étrangers » relève d’une lecture pour le moins sélective de cette réalité.

    La question de la transparence des financements peut naturellement être posée. Mais elle ne peut être utilisée à géométrie variable. Le même partenariat avec une fondation étrangère ne peut être présenté comme suspect lorsqu’il concerne des journalistes et comme parfaitement normal lorsqu’il implique des municipalités, des établissements publics ou des manifestations auxquelles participent des responsables de l’État. C’est ce décalage que les faits documentés permettent de mettre en évidence.

    M.B.Z

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