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Pourquoi le FMI n’aurait pas noté la Tunisie B-

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Par Par Sadok Rouai

    Par Sadok Rouai

    La confirmation par Fitch de la note souveraine de la Tunisie à B-, assortie d’une perspective stable, est évidemment une bonne nouvelle. Une notation est toujours bienvenue lorsqu’elle confirme que, malgré ses difficultés, le pays conserve une capacité de remboursement. Fitch souligne notamment la diversification de l’économie, la résilience de la position extérieure et le remboursement, en juillet dernier, de l’Eurobond de 700 millions d’euros.

    Relevons toutefois, avant d’aller plus loin, une hypothèse importante retenue par Fitch : la fin, en 2027, du financement direct du Trésor par la Banque centrale. C’est une hypothèse capitale, car elle soulève immédiatement une question : où le Trésor trouvera-t-il les ressources nécessaires pour financer ses besoins à partir de 2027 ? Nous y reviendrons lors de la discussion du budget 2027.

    La notation de Fitch ne doit toutefois pas surprendre. Depuis plusieurs années, les autorités tunisiennes ont fait du remboursement de la dette extérieure une priorité nationale.

    Mais cette politique a un prix.

    Une priorité qui a un coût social

    La décision de privilégier le remboursement de la dette extérieure, combinée au gel des relations avec le FMI, a réduit les possibilités de financement bilatéral extérieur et contraint la Tunisie à recourir davantage à des financements onéreux, notamment auprès d’Afreximbank.

    Le coût le plus élevé est toutefois ailleurs : il est social.

    Fitch note elle-même que les autorités ne semblent pas vouloir engager de nouvelles réformes significatives et que la consolidation budgétaire reste limitée. Dans ces conditions, une part croissante des ressources de l’État est absorbée par le service de la dette, les besoins de financement des entreprises et organismes publics, les dépenses de subvention et le coût élevé d’une fonction publique pléthorique.

    La conséquence est moins visible dans les tableaux de la dette souveraine que dans la capacité de l’État à assurer ses fonctions essentielles : difficultés d’approvisionnement en eau et en électricité, tensions dans les services publics, allant jusqu’à la difficulté d’assurer régulièrement certains approvisionnements de première nécessité.

    C’est ici que se situe, à mon sens, le véritable prix du choix actuel.

    Et c’est également ici qu’il faut comprendre pourquoi l’analyse du FMI ne peut être assimilée à celle de Fitch.

    Le FMI n’est pas une agence de notation

    Le FMI n’est pas une agence de notation.

    Fitch cherche à répondre à une question précise : quel est le risque que l’État ne respecte pas ses obligations financières ?

    Le FMI, dans le cadre de sa surveillance ou, a fortiori, dans le cadre d’un programme, cherche à répondre à une question beaucoup plus large : quelle est la situation réelle des finances publiques, quels déséquilibres la produisent, comment se transmettent-ils à l’économie et quelles mesures permettraient de les corriger ?

    Cette différence est fondamentale.

    Une mission du Fonds ne se limite pas à examiner les chiffres publiés par le ministère des Finances. Elle rencontre la Banque centrale, le ministère des Finances, les banques publiques, l’Office des céréales et les autres organismes concernés. Elle confronte les informations et reconstitue les flux financiers entre ces différentes institutions.

    C’est notamment ainsi que les arriérés apparaissent.

    L’article publié aujourd’hui par Business News vient précisément d’illustrer, à travers le cas de l’Office des céréales, une chaîne financière particulièrement révélatrice : Trésor, Office des céréales, BNA et, en dernier ressort, Banque centrale.

    Le Trésor peut avoir des arriérés envers un office public. Cet office accumule des engagements envers une banque. La banque peut, à son tour, se refinancer auprès de la Banque centrale, qui crée alors de la monnaie pour fournir cette liquidité.

    Présentées séparément, ces opérations peuvent sembler relever de bilans différents. Du point de vue économique, elles peuvent pourtant constituer les différentes étapes d’une même chaîne de financement de l’État.

    C’est précisément ce type de situation que le FMI cherche à identifier, à quantifier et à en fixer l’ampleur.

    J’avais déjà attiré l’attention sur cette question en 2024 dans mon article consacré aux « facettes cachées de la gestion financière en Tunisie ». J’y montrais notamment six principales répercussions : sous-estimation des dépenses publiques, en particulier des dépenses de compensation, pénuries, création monétaire, financement indirect du Trésor par la Banque centrale et maintien de taux d’intérêt élevés. Les informations publiées aujourd’hui par Business News montrent que, faute de mesures correctrices, ces mécanismes ne se sont pas résorbés et que la situation s’est depuis détériorée.

    Dans le cadre de la surveillance, le FMI chercherait à mesurer précisément ces arriérés, à déterminer leur nature et à en discuter avec le ministère des Finances. Les comptes budgétaires pourraient alors être redressés afin de faire apparaître les dépenses, les arriérés et les engagements qui ne sont pas nécessairement visibles dans les chiffres budgétaires publiés.

    Dans le cadre d’un programme, la logique serait encore différente. Il ne s’agirait plus seulement de mesurer le problème et de recommander aux autorités de le résoudre, mais de mettre fin au mécanisme qui le produit : établissement d’un calendrier de règlement des arriérés du Trésor, assainissement de la situation des offices et entreprises publiques et, surtout, arrêt du financement direct du Trésor par la Banque centrale, accompagné d’un calendrier de remboursement par le Trésor des facilités déjà reçues.

    Le résultat pourrait être une image transparente des finances publiques sensiblement différente de celle qui ressort des seuls chiffres officiellement publiés.

    C’est pourquoi le titre de cette tribune ne signifie évidemment pas que le FMI aurait dû attribuer à la Tunisie une note inférieure à B-.

    Le FMI ne note pas les pays.

    Et c’est précisément ce qui fait sa spécificité.

    Le FMI cherche à établir la réalité économique et financière derrière les chiffres, puis à proposer les mesures permettant de la corriger. Une agence de notation juge principalement le risque de crédit. Le FMI examine la soutenabilité des politiques économiques et des finances publiques, les déséquilibres macroéconomiques et les mécanismes qui les entretiennent.

    Ce que la note B- ne mesure pas

    La question n’est donc pas de savoir si Fitch a « raison » ou « tort » de maintenir la Tunisie à B-.

    La vraie question est de savoir ce que cette note ne nous dit pas.

    Elle nous dit que, malgré une dette élevée, des déficits importants et des besoins de financement considérables, Fitch estime que la Tunisie demeure en mesure de faire face à ses obligations extérieures.

    Elle ne nous dit pas nécessairement quel est le coût de cette capacité de remboursement pour le fonctionnement quotidien de l’État.

    Si le remboursement de la dette extérieure devient la priorité absolue, tandis que les réformes sont gelées et qu’une partie des déséquilibres est reportée sous forme d’arriérés vers les entreprises publiques, le système bancaire et en définitive la Banque centrale, le coût finit par être payé ailleurs.

    Le coût n’est pas supprimé, il est déplacé.

    Il est supporté par la Banque centrale, au prix d’un affaiblissement de son indépendance. Il est supporté par les banques, à travers une concentration accrue de leurs engagements sur le secteur public. Il est supporté par le secteur privé, dont l’accès au crédit se trouve davantage contraint. Il est supporté par les contribuables, à travers une pression fiscale accrue. Et, finalement, il est payé par le citoyen lorsque l’État dispose de moins en moins de moyens pour assurer les services publics les plus élémentaires.

    C’est peut-être cela que la note B- ne mesure pas.

    Et c’est précisément pourquoi la Tunisie doit respecter ses obligations statutaires et accepter le déroulement des missions de surveillance du FMI au titre de l’article IV.

    Dans la situation actuelle, marquée par un manque de transparence et d’un déficit d’information sur la situation financière réelle du pays, la Tunisie a beaucoup plus besoin d’un diagnostic aussi complet que possible de sa situation économique et financière que d’une notation supplémentaire.

    Le citoyen tunisien a le droit de connaître la situation financière réelle de son pays.

    C’est peut-être, aujourd’hui, la principale raison pour laquelle la Tunisie doit restaurer ses relations avec le FMI.

    Faute de quoi, il n’y a guère de raison de faire le voyage jusqu’à Bangkok, Thaïlande, pour participer aux Assemblées annuelles.

    BIO EXPRESS

    Sadok Rouai est un ancien haut cadre de la BCT et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du FMI.

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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