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La Tunisie prise dans un dilemme du prisonnier ? État et société civile au prisme de la théorie des jeux

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Par Hamdi Nabli

    Par Hamdi Nabli

    Et si une partie des difficultés politiques que traverse aujourd’hui la Tunisie devait être recherchée non pas exclusivement du côté de l’État, ni, inversement, du côté de la société civile, mais dans la nature même de la relation qui s’est progressivement instituée entre eux, au point que leurs comportements respectifs semblent parfois moins déterminés par ce que fait effectivement l’autre, que par ce que chacun anticipe qu’il fera ?

    Depuis plusieurs années, la Tunisie traverse des crises de nature extrêmement différente. Aux difficultés économiques et sociales se sont ajoutées les pénuries affectant certains produits, les tensions relatives aux médicaments puis, durant l’été 2026, les perturbations concernant notamment l’eau et l’électricité. Il serait évidemment hasardeux de rabattre l’ensemble de ces phénomènes sur une cause unique, chaque crise possédant une histoire, des mécanismes et des déterminants qui lui sont propres ; mais leur succession permet néanmoins de faire apparaître un problème d’un autre ordre, relatif non plus seulement à leur causalité immédiate, mais au fonctionnement du système politique lui-même : que se passe-t-il, lorsque l’État et une partie de la société civile finissent par anticiper réciproquement leur défiance réciproque ? En logique, la théorie des jeux fournit, pour appréhender un tel problème, un modèle particulièrement fécond dans un pays où l’opposition politique se trouve derrière les barreaux: le dilemme du prisonnier.

    1. Un jeu tragique, dont chacun peut sortir perdant

    Considérons, afin de simplifier le raisonnement, deux acteurs. Le premier serait constitué par l’appareil politico-administratif de l’État, entendu ici dans un sens large : gouvernement, administrations, entreprises publiques et institutions chargées de produire des décisions, de fournir des services et d’assurer la continuité de l’ordre collectif. Le second recouvrirait ce que nous appellerons, par commodité, la société civile au sens large : organisations professionnelles et syndicales, associations, journalistes, experts, collectifs, citoyens mobilisés et, plus généralement, les différents espaces sociaux à partir desquels peuvent être exprimées des demandes, des critiques ou des informations relatives au fonctionnement de la société. Chacun de ces deux acteurs peut, schématiquement, choisir entre deux attitudes.

    La première consiste à coopérer, c’est-à-dire à transmettre une information crédible, reconnaître l’existence des difficultés, accepter la contradiction, respecter des règles communes et, surtout, continuer de considérer l’autre comme un interlocuteur légitime.

    La seconde consiste au contraire à faire défection : dissimuler, contourner, délégitimer, soupçonner ou considérer par anticipation que toute concession pourra être utilisée par l’autre contre celui qui la consent.

    C’est lorsque les deux acteurs commencent à se méfier simultanément que surgit le paradoxe propre au dilemme du prisonnier. L’État peut estimer qu’une ouverture sera interprétée comme un aveu de faiblesse ; la société civile peut, en sens inverse, considérer qu’une coopération ne servira qu’à renforcer un appareil institutionnel qui ne respectera finalement pas ses engagements. Chacun paraît alors disposer de bonnes raisons de se protéger, et c’est précisément là que se trouve le problème : des comportements rationnels, à l’échelle individuelle peuvent produire un résultat globalement irrationnel, ou du moins, inférieur à celui qui aurait résulté d’une coopération réciproque. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de distribuer les torts et les raisons, mais de comprendre comment une rationalité de la défiance peut progressivement s’installer entre des acteurs dont les intérêts ne sont pourtant pas nécessairement contradictoires, chacun souhaitant ardemment le meilleur pour le pays.

    1. La politique comme jeu qui recommence sans cesse…

    La vie politique diffère cependant du dilemme du prisonnier dans sa version la plus élémentaire, en ce qu’elle ne se déroule pas au cours d’une interaction unique : l’État et la société civile ne se rencontrent pas une fois pour toutes, mais se retrouvent continuellement en présence l’un de l’autre.Une crise succède à une négociation, une réforme à une contestation, une déclaration institutionnelle à une critique publique ; chaque acteur conserve donc la mémoire, plus ou moins fidèle, des comportements antérieurs de l’autre, et tente à partir de cette mémoire d’anticiper ses comportements futurs.

    Dès lors, la coopération devient possible lorsque chacun estime que la relation se prolongera suffisamment longtemps pour que les gains futurs procurés par celle-ci compensent le bénéfice immédiat que pourrait produire une défection. Inversement, dès lors que les acteurs pensent que l’autre fera de toute façon défection, se protéger immédiatement peut apparaître comme la stratégie la plus rationnelle.La confiance politique ne dépend donc pas uniquement de la réalité présente des comportements : elle dépend également de la représentation que chacun se fait du comportement futur de l’autre.Une société civile durablement méfiante peut produire des comportements qui renforcent la méfiance de l’État ; un État durablement soupçonneux peut, de son côté, adopter des comportements qui valident précisément les anticipations négatives de la société civile.La défiance n’est alors plus seulement une conséquence de la relation : elle devient l’un de ses principes actifs et peut contribuer, par un mécanisme autoréalisateur, à produire ce qu’elle anticipait.

    1. Quand la contradiction cesse d’être une information

    Cette dynamique soulève une difficulté supplémentaire, dans la mesure où aucun État moderne, quelles que soient par ailleurs ses ressources administratives, ne possède la totalité de l’information nécessaire à son propre gouvernement.L’État dépend de ses administrations, certes, mais également des entreprises publiques, des experts, des journalistes, des syndicats, des organisations professionnelles, des associations et finalement des citoyens eux-mêmes pour identifier les dysfonctionnements qui traversent la société.

    La contradiction ne constitue donc pas seulement une limitation politique imposée au pouvoir ; elle possède également une fonction proprement informationnelle, voirecybernétique, puisqu’elle permet à un système de recevoir des informations relatives à ses propres erreurs et, éventuellement, de les corriger.C’est précisément pourquoi le problème devient paradoxal.Un système capable de recevoir une information désagréable possède davantage de possibilités de détecter et de corriger ses erreurs. Un système qui interpréterait progressivement cette même information comme une manifestation d’hostilité risquerait au contraire de diminuer la qualité des informations qui lui parviennent.

    Autrement dit, plus le pouvoir cherche à se protéger contre des informations perçues comme hostiles, plus il peut être conduit à dégrader l’appareil même qui lui permet de connaître la réalité sur laquelle il entend agir.Le contrôle politique pourrait alors augmenter au moment même où diminuerait la capacité cognitive de l’État.

    Une telle hypothèse prend une importance particulière dans les sociétés complexes. Une administration centrale ne peut connaître en permanence l’état de chaque conduite d’eau, de chaque réseau électrique, de chaque établissement hospitalier ou de chaque marché local ; elle est nécessairement dépendante de mécanismes permettant la remontée des informations, y compris lorsque celles-ci contredisent la représentation institutionnelle d’une situation, que ce soit en termes de corruption généralisée ou de complot international.La capacité à gouverner suppose donc aussi, paradoxalement, une capacité à être contredit.

    1. L’été 2026 comme révélateur

    Les tensions observées durant l’été 2026 autour de l’eau et de l’électricité permettent de rendre plus concrète cette réflexion.

    La canicule constitue incontestablement un choc exogène majeur, susceptible d’accroître simultanément la consommation électrique, les besoins en eau et, plus généralement, la pression exercée sur un certain nombre d’infrastructures déjà fortement sollicitées.Mais un choc climatique ne s’abat jamais sur une réalité vierge de toute histoire : il rencontre des capacités de production, des réseaux, des investissements antérieurs, des politiques de maintenance, ainsi que des institutions plus ou moins aptes à anticiper les tensions.Le cas de l’eau embouteillée est, de ce point de vue, particulièrement intéressant.Des perturbations de l’alimentation en eau courante peuvent conduire certains ménages à se reporter sur l’eau conditionnée ; des difficultés électriques peuvent, dans le même temps, affecter certaines unités de production ; la chaleur accroît encore la demande tandis que la crainte d’une pénurie future peut provoquer des achats de précaution venant accentuer les tensions déjà existantes.

    Nous passons ainsi d’une succession de causes relativement simples, à une véritable boucle dynamique : le choc entraîne une perturbation ; cette perturbation produit l’anticipation d’une pénurie ; l’anticipation provoque certains comportements de précaution ; ceux-ci augmentent la demande, et contribuent finalement à aggraver la tension initiale.Un élément nouveau apparaît alors : la représentation de la crise devient elle-même une composante de la crise.

    Si suffisamment de citoyens pensent aujourd’hui qu’un produit manquera demain, ils peuvent être conduits à l’acheter davantage, participant ainsi, sans l’avoir recherché, à la production de la pénurie qu’ils anticipaient.La crise ne relève donc plus seulement de la matérialité des infrastructures ou des capacités de production. Elle devient également informationnelle et relationnelle.

    • Le soupçon comme mode de gouvernement et de contestation

    C’est ici que le dilemme du prisonnier retrouve toute sa pertinence.Face à une perturbation, l’État peut être conduit à interpréter certains comportements comme spéculatifs, malveillants ou intentionnels. Certains peuvent, de fait, présenter de telles caractéristiques et rien ne justifierait de l’exclure par principe.Inversement, une partie de la société civile peut interpréter les explications institutionnelles comme des tentatives de dissimulation, de justification ou de déresponsabilisation ; et rien n’interdit davantage que cette interprétation soit parfois fondée.Le véritable problème ne consiste donc pas à décider préalablement lequel des deux acteurs aurait raison, ce qui reviendrait précisément à substituer une prise de position à l’analyse, mais à examiner ce qui se produit lorsque le soupçon tend à devenir le mode normal de leur interaction.

    Dès lors, chaque comportement est moins interprété à partir de son contenu manifeste qu’à partir des intentions supposées de celui qui le produit.L’explication peut devenir justification ; la critique, attaque ; l’enquête, intimidation ; la difficulté technique, acte intentionnel ; l’intervention administrative, manipulation.Ce qui tend ainsi à disparaître est la possibilité même de différencier clairement l’erreur, le dysfonctionnement, l’opportunisme et la malveillance.Or une société complexe peut difficilement fonctionner si tout dysfonctionnement doit recevoir immédiatement une interprétation intentionnelle.À mesure que le soupçon devient structurel, le coût de la coopération augmente puisque chacun redoute que l’autre exploite la vulnérabilité qu’implique nécessairement toute coopération.État et société civile peuvent dès lors se retrouver enfermés dans ce que nous pourrions appeler un équilibre de défiance, stable non parce qu’il satisfait les acteurs, mais parce que chacun estime qu’il serait dangereux d’en sortir le premier.

    • Théorie des jeux, masse et puissance

    Le dilemme du prisonnier nous aide ainsi à comprendre comment deux acteurs rationnels peuvent produire ensemble un résultat collectivement défavorable. Une question subsiste néanmoins : pourquoi un acteur continuerait-il à privilégier une stratégie défensive lorsque celle-ci dégrade manifestement la performance générale du système ?

    Dans Masse et puissance, Elias Canetti accorde une place singulière à la figure du survivant. Survivre ne signifie pas seulement continuer biologiquement d’exister : la survie entretient une relation particulière avec la puissance, dans la mesure où celui qui demeure debout lorsque les autres sont tombés peut éprouver dans la permanence même de sa position la confirmation de sa force.

    Un acteur politique ne cherche pas nécessairement à maximiser seulement la performance économique, la qualité des services publics ou sa popularité ; il cherche également à préserver sa position, et à neutraliser ce qu’il perçoit comme des menaces.Nous pourrions appeler ce bénéfice spécifique une prime de survie.Dès lors, une décision apparemment sous-optimale du point de vue général peut demeurer parfaitement intelligible du point de vue de l’acteur qui estime qu’elle renforce sa propre sécurité.La rationalité de l’acteur et celle du système cessent ici de se confondre.Une institution peut perdre en information, en expertise ou en capacité de négociation tout en considérant qu’elle gagne en sécurité.

    La question pertinente n’est donc plus seulement de savoir si une décision améliore le fonctionnement du système, mais également de déterminer si elle réduit la vulnérabilité perçue de celui qui décide.

    La pandémie de Covid-19 constitue, dans cette perspective, un point de départ intéressant, à la condition expresse de ne pas transformer une hypothèse analytique en relation causale démontrée.La pandémie a représenté une expérience exceptionnelle d’incertitude systémique au cours de laquelle la santé, l’économie, la mobilité, l’information, l’administration et l’ordre public furent simultanément affectés. Dans de telles circonstances, l’exécutif acquiert presque nécessairement une fonction centrale de coordination.Le problème commence lorsque certaines représentations produites dans l’exception continuent de fonctionner après la disparition de l’exception elle-même.Si la société est progressivement perçue moins comme une source d’informations éventuellement contradictoires que comme un espace potentiel de désordre, et si les institutions intermédiaires sont davantage considérées comme des obstacles à l’action que comme des mécanismes de régulation, la préservation de l’appareil de décision peut progressivement acquérir davantage de poids.Le système pourrait alors apprendre quelque chose de politiquement efficace à court terme, mais potentiellement coûteux à long terme :contrôler paraît moins risqué que coopérer.

    Il serait toutefois réducteur de ramener cette dynamique à la seule opposition entre démocratie et autoritarisme.Le problème est également fonctionnel.Un système politique qui affaiblit ses mécanismes de contradiction peut simultanément devenir moins efficace dans la détection de ses propres défaillances.Une conduite d’eau ne devient pas plus solide parce qu’un discours affirme que la situation est sous contrôle ; une centrale électrique ne produit pas davantage parce qu’une autorité ordonne la disparition des coupures.Mais l’inverse est tout aussi vrai : une critique politique ne répare ni un transformateur, ni une canalisation.État et société civile disposent ainsi de ressources différentes qui, loin de toujours s’opposer, peuvent se révéler complémentaires.

    L’État possède des capacités administratives, juridiques, financières et coercitives ; la société civile produit une partie de l’information, de l’expertise, de l’innovation et de la légitimité dont l’État a lui-même besoin pour exercer efficacement ses fonctions.La coopération ne saurait donc être considérée simplement comme une vertu morale que l’on opposerait abstraitement à l’autorité.Elle constitue également une technologie de gouvernement.

    • Comment sortir du piège ?

    La théorie des jeux conduit heureusement à ne pas considérer le dilemme du prisonnier comme une fatalité.

    Dès lors que les interactions sont répétées, la coopération peut redevenir rationnelle à certaines conditions : existence d’une information suffisamment fiable, relative stabilité des règles, possibilité d’identifier les comportements opportunistes, sanction crédible de la défection mais également possibilité, après cette sanction, de revenir à la coopération.

    Autrement dit, ce qui manque à un système dominé par la défiance n’est peut-être pas essentiellement la bonne volonté des acteurs.Ce qui lui manque pourrait être constitué par des institutions rendant la coopération rationnelle :

    • des données suffisamment vérifiables pour que l’information ne soit pas immédiatement assimilée à un discours ;
    • des administrations capables de signaler un problème avant qu’il ne se transforme en crise ;
    • des contre-pouvoirs pouvant formuler une critique sans que celle-ci soit nécessairement interprétée comme une stratégie de renversement ;
    • des autorités susceptibles de sanctionner les comportements effectivement illégaux sans transformer ces comportements particuliers en principe général d’explication.
    • des médias capables de distinguer l’investigation, l’accusation et la preuve ;
    • des organisations sociales suffisamment responsables pour que la négociation demeure préférable à l’affrontement.

    Dès lors, la question fondamentale ne consiste peut-être pas à déterminer qui, de l’État ou de la société civile, devrait commencer par faire confiance à l’autre. Une telle formulation ne ferait, en définitive, que reproduire le dilemme initial, chacun pouvant attendre indéfiniment que l’autre accomplisse le premier geste. La question devrait plutôt être formulée ainsi :quelles institutions permettraient à chacun de coopérer sans avoir à faire aveuglément confiance à l’autre ?C’est probablement l’une des questions politiques les plus importantes auxquelles la Tunisie devra répondre.Car une société peut longtemps survivre à la défiance ; mais plus celle-ci devient la forme normale de la relation entre l’État et la société, plus augmente, avec le temps, le prix collectif de leur non-coopération.

    BIO EXPRESS

    Hamdi Nabli – Docteur de la Sorbonne, Enseignant universitaire

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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    7 commentaires

    1. jamel.tazarki

      Répondre
      10 septembre 2026 | 21h49

      Je propose à celles et ceux que cela pourrait intéresser de lire mon commentaire par ordre alphabétique.

    2. jamel.tazarki

      Répondre
      10 septembre 2026 | 15h00

      A) Je reprends l’exemple de l’article ci-dessus : le premier acteur serait l’appareil politico-administratif d’un système politique dictatorial (il semble être entre les mains de KS, mais on ignore qui tire les ficelles dans l’ombre), et le second serait la société civile au sens large.
      –>
      a1) Le second acteur dont parle Mr. Hamdi Nabli n’a pas d’autres choix que de faire des concessions que le premier acteur Kais Saied en position de force refuse sur la base d’emprisonnements abusifs et non justifiés. Dans ce cas, on ne peut pas parler encore de dilemme du prisonnier.
      –>
      En effet, lorsque l’asymétrie de pouvoir est totale et que l’un des acteurs est complètement écrasé, nous ne sommes pas dans un dilemme du prisonnier, mais dans un « Jeu du Dictateur » ou un jeu de pure coercition (contraindre le peuple à agir contre sa volonté en utilisant la force)
      ————————–
      a2) Pourquoi ce n’est pas (encore) un dilemme du prisonnier –> Pour qu’il y ait « dilemme du prisonnier », il faut impérativement que la trahison mutuelle soit dommageable pour les deux camps. Or, dans la situation tunisienne que Mr. Hamdi Nabli décrit:
      – L’appareil d’État est en position de force absolue : Il estime que le coût de la répression (emprisonnements abusifs, torture, verrouillage médiatique) est dérisoire par rapport au bénéfice de maintenir un contrôle total.
      – La société civile n’a pas de choix stratégique : Elle ne fait pas des « concessions » par calcul tactique, elle subit la contrainte. En théorie des jeux, si un joueur n’a aucune marge de manœuvre pour punir la trahison de l’autre ou pour lui infliger un coût, il n’est plus un « joueur », il est un paramètre passif du système.
      – KS n’a donc aucune incitation rationnelle à coopérer, car il n’anticipe aucune conséquence négative à sa propre trahison.
      ————————–
      a3) La modélisation de cette impasse : Le « Jeu du Dictateur » –> Dans ce cas de figure, le jeu devient unilatéral et séquentiel. L’appareil d’État avance ses pions, et la société civile encaisse.
      ————————–
      a4) Les deux possibilités pour KS:
      a4.1) Choisir l’Ouverture –> Partage du pouvoir –> risque
      a4.2) Choisir la Répression –> Emprisonnements abusifs –> Société Civile Écrasée –> encore un gains pour la dictature et une perte pour la Tunisie sur tous les plans
      ————————–
      -a5) Tant que l’appareil d’État maintient ce monopole de la violence sans coût économique ou politique interne, l’équilibre est un équilibre de coercition pure.

      B) Comment cette situation redevient-elle un dilemme du prisonnier ? (La bascule)
      –>
      -b1) Le cas de la Tunisie est historiquement fascinant car il montre précisément comment un système de coercition pure peut, en quelques semaines, rebasculer brutalement dans un dilemme du prisonnier où le régime est contraint de négocier. C’est ce qui s’est produit fin 2010 / début 2011 (la Révolution de jasmin), puis lors de la transition gérée par le Quartet du dialogue national en 2013.
      ————————–
      -b2) Pour que le dilemme réapparaisse, la société civile doit réussir à modifier les gains de l’État en rendant la répression insupportable ou inefficace à travers trois leviers:
      -b2.1) Le débordement par le nombre: Lorsque la contestation dépasse un certain seuil critique, le coût logistique et politique de l’emprisonnement explose. Si les prisons sont pleines et que la rue continue de gronder, l’appareil politico-administratif réalise que la « Trahison » (la répression) ne garantit plus l’ordre.
      -b2.2) Le coût économique de l’arbitraire : L’emprisonnement des corps intermédiaires (journalistes, entrepreneurs, experts, syndicalistes) finit par paralyser l’administration elle-même. Privé de compétences et de relais dans la société civile, l’appareil d’État devient incapable de produire des décisions efficaces ou de fournir des services de base. Le pays s’asphyxie financièrement.
      -b2.3) La fissure de l’appareil: C’est le point de bascule ultime en théorie des jeux. Lorsque l’administration ou l’armée commence à douter de la survie du régime, les hauts fonctionnaires et les généraux calculent leur propre Shadow of the Future (leur avenir après la dictature). Obéir à des ordres d’emprisonnement abusifs devient une stratégie risquée pour leur propre carrière ou sécurité future. Ils commencent alors à saboter passivement les ordres de répression.
      ————————–
      -b3) dans le cas d’une répression unilatérale et d’une société civile contrainte aux concessions sous la menace des fers, nous sommes dans l’infrastructure de la dictature pure, pas dans le dilemme.
      ————————–
      -b4) Le dilemme du prisonnier ne renaît que lorsque la société civile, par sa résilience, son organisation ou l’appui de facteurs extérieurs (crise économique, lâchage international), parvient à remettre une arme stratégique dans le jeu : rendre le statu quo (l’état actuel) répressif plus coûteux pour l’appareil d’État que le risque d’une négociation.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    3. jamel.tazarki

      Répondre
      10 septembre 2026 | 14h55

      C) Pourquoi les citoyens sont-ils encore passifs et supportent-ils l’actuelle dictature ? Réponse: l’opposition, qui était au pouvoir, va probablement imposer sa dictature avec quelques retouches de
      liberté. –> c’est la véritable raison pour laquelle la théorie des jeux classique y trouve sa limite!
      –>
      -c1) La passivité apparente des citoyens, malgré la faillite économique, les pénuries et la répression de l’appareil de Kaïs Saïed, s’explique précisément par cette peur du retour d’une partie de l’ancienne opposition politique –> En théorie des jeux, ce phénomène s’analyse à travers deux concepts : le piège du moindre mal et le biais du statu quo.
      ————————–
      -c2) Le paradoxe de l’alternative : Le spectre de la « décennie noire » (2011-2021)
      c2.1) Pour que la population (le troisième acteur implicite) se mobilise massivement et fasse basculer la matrice des gains du dictateur, il faut qu’elle anticipe un gain supérieur dans l’après-dictature. Or, le calcul des citoyens tunisiens est aujourd’hui cynique mais rationnel
      -c2.2) Le rejet du passé : L’opposition actuelle est largement assimilée aux forces politiques qui ont gouverné la Tunisie après la révolution de Jasmin. Pour une grande partie des citoyens, cette décennie a été synonyme d’instabilité, de querelles partisanes stériles et de dégradation économique lente.
      -c2.3) La certitude d’une autre dictature : Le citoyen lambda estime que si l’opposition actuelle (qu’elle soit islamiste ou partisane de l’ancien régime) revient au pouvoir, elle se contentera d’installer sa propre structure autoritaire maquillée d’un vernis de libertés de façade.

      D) La matrice du choix citoyen : Pourquoi le statu quo (l’état actuel) l’emporte –> Si l’on modélise le choix du citoyen face au régime actuel et à l’opposition, on réalise que la passivité est une stratégie de survie (minimisation des pertes) :
      –>
      -d1) Option A : Soutenir l’opposition / Se révolter. Le coût est immédiat et certain (répression policière, emprisonnement). Le gain futur est incertain et potentiellement mauvais (risque d’installation d’une nouvelle dictature vindicative).
      ————————–
      -d2) Option B : Rester passif (Le silence). Le coût est quotidien et lourd (pénuries alimentaires, manque de soins médicaux, coupures d’eau et d’électricité, et manque de liberté à tous les niveaux). Cependant, le seul bénéfice est d’éviter d’avancer à l’aveuglette vers une situation qui pourrait être encore pire.
      ————————–
      -d3) Dans cette configuration, l’Option B (la passivité) apparaît mathématiquement comme le « moindre mal ». Les citoyens préfèrent une autocratie dont ils connaissent les règles et les limites (Kaïs Saïed) à une instabilité qui ramènerait au pouvoir des élites jugées opportunistes ou revanchardes.

      E) Le dictateur Kais Saied et la stratégie de la « Terreur du Vide » –> Le pouvoir en place comprend parfaitement cette dynamique de la méfiance mutuelle. Il l’utilise activement comme un levier stratégique pour maintenir son équilibre répressif:
      –>
      -e1) Le discours du complot : En qualifiant systématiquement l’opposition de « traîtres », de « corrompus » ou de « complotant contre la sécurité de l’État », le régime alimente l’idée que sans lui, le pays sombrerait dans le chaos ou la vengeance politique.
      ————————–
      -e2) L’absence d’héritier : En emprisonnant et en disqualifiant toutes les figures de l’opposition, le régime s’assure qu’il n’existe aucune « table ronde à la polonaise » possible, car il n’y a pas d’interlocuteur modéré ou structuré avec qui négocier un compromis crédible aux yeux du peuple.

      F) Fazit:
      –>
      -f1) la méfiance n’est pas seulement bidirectionnelle (État vs Société) comme en parle Mr. Hamdi Nabli, elle est plutôt triangulaire (État vs Citoyens vs Ancienne Opposition).
      ————————–
      -f2) Tant que la société civile ou l’opposition ne parviendront pas à faire émerger une nouvelle force citoyenne indépendante, totalement détachée des échecs politiques de la décennie précédente et capable d’offrir des garanties crédibles de non-revanche, le citoyen tunisien choisira de supporter la dictature actuelle. Pour lui, le coût de la répression socio-économique reste tristement préférable au saut dans l’inconnu d’une énième transition confisquée.

      La suite de mon commentaire est pour ce soir!

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

      • jamel.tazarki

        Répondre
        10 septembre 2026 | 20h55

        J) Les critères précis imposés par la loi allemande pour qu’un congrès de parti soit jugé « démocratique »
        –>
        -j1) En Allemagne, pour qu’un congrès de parti (Parteitag) soit jugé valide et démocratique, il ne suffit pas de réunir des militants dans une salle. La Loi allemande sur les partis (Parteiengesetz, spécifiquement les articles 6 à 15) impose des critères juridiques d’une précision chirurgicale.
        ———————
        -j2) Si un parti politique viole ne serait-ce qu’un seul de ces critères, ses décisions et ses élections internes peuvent être annulées par les tribunaux civils, ce qui entraîne le rejet de ses listes électorales par la Commission électorale nationale.
        ———————
        -j3) Voici les critères précis et obligatoires imposés par la loi pour garantir une véritable démocratie interne:
        –>
        -j3.1) 1. La transparence et la régularité de la convocation –> Un chef de parti ne peut pas organiser un congrès « sur mesure » en invitant uniquement ses partisans.
        – Délais stricts : Le congrès doit être annoncé publiquement et par écrit à tous les membres (ou délégués) dans un délai fixé par les statuts (généralement plusieurs semaines à l’avance).
        – Ordre du jour contraignant : L’ordre du jour doit être envoyé à l’avance. Aucune décision majeure (comme l’élection d’un dirigeant ou la modification du programme) ne peut être votée en cachette si elle n’était pas explicitement inscrite à l’ordre du jour initial.
        ———————
        -j3.2) Le principe de la représentation démocratique (Le scrutin secret) –> Pour éviter la désignation de dirigeants par acclamation populaire ou par pression psychologique (méthodes typiques des systèmes autoritaires), la loi impose des règles de vote absolues :
        – Le vote secret obligatoire : L’élection des membres du comité directeur (le chef du parti, ses adjoints), des membres des tribunaux internes du parti et des délégués pour les congrès de niveau supérieur doit impérativement se faire à bulletin secret. Le vote à main levée pour ces postes est strictement interdit.
        – La proportionnalité des délégués : Si le congrès n’est pas ouvert à tous les membres mais à des délégués, la répartition de ces derniers doit refléter fidèlement le nombre de membres réels de chaque section régionale ou locale. Un chef de parti ne peut pas surreprésenter une région acquise à sa cause pour truquer le résultat.
        ———————
        -j3.3) La liberté d’expression et le droit de motion (Antragsrecht) –> Dans un congrès démocratique allemand, la direction ne contrôle pas tout le déroulement.
        – Le droit de proposition de la base : Tout membre du parti ou toute section locale a le droit légal de soumettre une « motion » (Antrag) au congrès. Si une motion recueille le soutien minimum prévu par les statuts, la direction du parti est obligée de la mettre au débat et au vote lors du congrès.
        – Le débat contradictoire : Les temps de parole doivent être accordés de manière équitable entre les partisans de la direction et les opposants internes.
        ———————
        -j3.4) La périodicité minimale obligatoire –> Pour empêcher un dirigeant de confisquer le pouvoir en « oubliant » de convoquer les instances délibératives, la loi fixe un rythme strict. Au moins une fois tous les deux ans : Le congrès national du parti doit obligatoirement se réunir au minimum une fois toutes les deux années civiles. C’est à cette occasion que la direction doit rendre des comptes et que son mandat doit être remis en jeu.
        ———————
        -J3.5) 5. La consignation écrite et publique (Le procès-verbal) –> Chaque vote, chaque débat et chaque résultat doit être consigné dans un procès-verbal officiel. Ce document est signé par le président de séance et transmis au président du Parlement fédéral (Bundestag). C’est ce document qui sert de preuve juridique en cas de contestation par un militant qui s’estimerait lésé.

        K) Pourquoi les critères ci-dessus changeraient la donne en Tunisie –> Si l’on applique ces critères au paysage politique tunisien, le contraste met en lumière la fragilité de sa transition passée :
        – En Tunisie, de nombreux congrès de partis majeurs (qu’ils soient laïcs, islamistes ou populistes) ont historiquement été reportés sine die par leurs fondateurs pour éviter d’être mis en minorité.
        – Les décisions stratégiques et les investitures aux élections y ont souvent été décidées dans des salons privés à Tunis par le cercle restreint du « président fondateur », plutôt que par un vote secret et transparent des sections de l’intérieur du pays (Kasserine, Gafsa, Sidi Bouzid, etc.).
        – L’introduction de critères aussi rigides dans le droit tunisien forcerait les partis à devenir des institutions transparentes, empêchant les leaders de confisquer les structures à leur profit exclusif.

      • jamel.tazarki

        Répondre
        10 septembre 2026 | 20h58

        H) Le rôle de la Cour constitutionnelle en Allemagne
        –>
        -h1) Le rôle de la Cour constitutionnelle fédérale allemande (Bundesverfassungsgericht) dans le contrôle des partis politiques est central. En Allemagne, elle est surnommée la « gardienne de la Loi fondamentale ». Elle agit comme un arbitre suprême et indépendant, totalement étanche aux pressions du gouvernement ou du président en place.
        ———————
        -h2) C’est précisément cette institution — indépendante, intouchable et dotée d’un pouvoir d’annulation juridique absolu — qui a cruellement manqué à la Tunisie post-2011, où l’absence de Cour constitutionnelle a permis le pourrissement des crises politiques et, finalement, le coup de force de 2021.
        ———————
        -h3) Le rôle spécifique de la Cour constitutionnelle allemande face aux dérives des partis politiques s’articule autour de trois piliers fondamentaux :
        -h3.1) Le monopole de l’interdiction (Le « privilège des partis »):
        – En Allemagne, pour éviter qu’un gouvernement autoritaire ne dissolve arbitrairement ses opposants politiques (c’est ce que fait l’appareil dictatorial tunisien actuel de Kais Saied), la Loi fondamentale a créé le privilège des partis (Parteienprivileg).
        – Ni le président, ni le Premier ministre, ni le Parlement ne peuvent interdire ou dissoudre un parti politique.
        – Seule la Cour constitutionnelle en a le droit exclusif, après une procédure judiciaire stricte, publique et contradictoire.
        – Cela protège l’opposition légitime tout en fixant une ligne rouge infranchissable : si un parti utilise sa structure pour détruire l’ordre démocratique, seule la justice constitutionnelle peut prononcer la sentence de la fin politique de l’organisation.
        ———————
        -h3.2) Le contrôle du processus et de l’équité des chances –> La Cour constitutionnelle veille à ce que l’État ne triche pas avec les partis, et que les partis ne triche pas avec leurs membres:
        – Garantir le multipartisme : Si le ministère de l’Intérieur tente de bloquer le financement d’un parti ou d’entraver son fonctionnement sous de faux prétextes, le parti peut saisir immédiatement la Cour via un « recours constitutionnel » (Verfassungsbeschwerde). La Cour annulera la décision de l’État.
        – Protéger les militants contre leurs propres dirigeants : Si la direction d’un parti exclut un membre de manière arbitraire parce qu’il critique le chef, ou si un congrès est truqué pour reconduire à vie le dirigeant, le membre lésé peut, après avoir épuisé les recours internes, faire remonter l’affaire devant les tribunaux civils, dont la Cour constitutionnelle valide les principes. La Cour impose que les structures internes respectent les droits de chaque citoyen au sein du parti.
        ———————
        -h3.3) La neutralisation financière sans dissolution (La jurisprudence récente):
        – Parfois, un parti adopte un fonctionnement non démocratique ou hostile à la Constitution, mais il est politiquement trop marginal pour représenter un « danger imminent » pour l’État. Historiquement, la Cour refusait de dissoudre ces petits partis pour préserver la liberté d’expression.
        – Pour résoudre ce dilemme, la Cour constitutionnelle allemande a validé un mécanisme subtil : couper le financement public d’un parti sans l’interdire. Elle asphyxie financièrement les structures antidémocratiques sans en faire des martyrs politiques, une arme de dissuasion massive contre la radicalisation des appareils partisans.

        I) Le miroir tunisien : Le drame de la Cour constitutionnelle manquante –> Le contraste avec la Tunisie est saisissant et explique l’impasse actuelle :
        –>
        – i1) La transition confisquée (2014-2021) : La Constitution tunisienne de 2014 prévoyait la création d’une Cour constitutionnelle. Cependant, en raison du fonctionnement oligarchique et dictatorial des partis de l’époque (notamment les blocages au Parlement entre Ennahdha et ses opposants), les députés n’ont jamais réussi à s’entendre sur la nomination des juges. Les partis préféraient l’absence d’arbitre pour continuer leurs arrangements politiciens.
        ———————
        -i2) Le vide juridique exploité : En juillet 2021, lorsque le dictateur Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et gelé la Constitution en s’appuyant sur une lecture ultra-personnelle de l’article 80, il n’y avait aucune Cour constitutionnelle pour contester, valider ou arbitrer sa décision. L’absence de cet organe a laissé le champ totalement libre à l’instauration d’un pouvoir personnel et répressif.
        ———————
        -i3) L’exemple allemand démontre qu’une démocratie ne tient pas seulement par le vote des citoyens, mais par l’existence d’une institution juridique suprême capable de dire « non » au pouvoir exécutif et de discipliner les partis politiques. Sans cette pièce maîtresse, le système politique bascule inévitablement, comme en Tunisie, dans le règne de la force et de l’arbitraire.

      • jamel.tazarki

        Répondre
        10 septembre 2026 | 21h06

        Avant de lire la suite, je vous propose de lire / relire mon commentaire sur le lien suivant:
        https://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/

        Introduction :
        – ce que Kais Saied a fait avec nos partis politiques est impossible en Allemagne. En effet, seul le Tribunal constitutionnel fédéral allemand a le pouvoir de décider du sort des partis politiques, et non pas le président de la République ou le chancelier. Si le manque de démocratie interne reflète une volonté idéologique d’instaurer un fonctionnement dictatorial ou de renverser l’ordre constitutionnel démocratique, le système applique sa sanction suprême.
        – – Le principe : seul le Tribunal constitutionnel fédéral a le pouvoir d’interdire un parti politique en Allemagne (c’est ce que l’on appelle le « privilège des partis », ou Parteienprivileg). Ni le gouvernement ni le président ne peuvent dissoudre un parti par décret.
        – La sanction concrète : Si la Cour constate qu’un parti a une structure interne de type totalitaire (par exemple, le principe fasciste du chef unique ou Führerprinzip), le parti est dissous. Ses biens sont confisqués, ses mandats parlementaires sont annulés et il lui est interdit de créer une organisation de substitution. (Cela s’est produit historiquement avec l’interdiction du SRP, un parti néonazi, en 1952, et du KPD, le parti communiste, en 1956).

        G) Comment la Tunisie pourrait-elle devenir une démocratie si nos partis politiques ont une structure dictatoriale ?
        –>
        -g1) un État ne peut pas construire une démocratie durable si les partis politiques qui le composent fonctionnent eux-mêmes comme des dictatures internes.
        ———————
        -g2) Contrairement à la Tunisie, Le système allemand, régi par la Loi fondamentale (Grundgesetz), impose ce que l’on appelle la démocratie interne aux partis (innerparteiliche Demokratie), ce qui force la compétition et le renouvellement générationnel. En Tunisie, l’expérience démocratique post-2011 a en grande partie échoué parce que les partis sont restés les propriétés patrimoniales et patriarcales de leurs fondateurs.
        ———————
        -g3) La Loi fondamentale allemande (Grundgesetz) traite la question de la structure des partis avec une extrême sévérité. Ayant tiré les leçons de l’effondrement de la République de Weimar face au nazisme, l’Allemagne a fondé le concept de « démocratie combative » (wehrhafte Demokratie) : l’État a le droit et le devoir de se défendre contre ceux qui utilisent les libertés démocratiques pour détruire la démocratie. –> L’article 21 de la Loi fondamentale allemande stipule explicitement : « Leur organisation interne doit être conforme aux principes démocratiques. ». Si un parti politique viole ce principe et adopte une structure dictatoriale, le droit allemand déploie un arsenal de sanctions concrètes et progressives, orchestré par le Tribunal constitutionnel fédéral (Bundesverfassungsgericht) et la Loi sur les partis (Parteiengesetz).
        ———————
        -g4) La sanction fatale : L’invalidation des listes électorales
        –> C’est la sanction la plus immédiate et la plus redoutable pour un parti politique en Allemagne. La loi allemande exige que la désignation des candidats (pour le Parlement fédéral ou régional) se fasse par un vote secret des membres du parti ou de délégués élus démocratiquement.
        – Le mécanisme : Avant chaque élection, la Commission électorale (Bundeswahlausschuss) examine minutieusement les procès-verbaux des assemblées du parti.
        – La sanction concrète : Si le chef d’un parti a nommé les candidats de manière autoritaire (par oukase ou décret interne) sans respecter le vote des militants, la liste électorale du parti est rejetée. Le parti est tout simplement interdit de participer aux élections. Sans élus, le parti meurt politiquement.
        ———————
        -g5) Le gouffre financier : La privation des fonds publics :
        Les partis allemands reçoivent d’importants financements de l’État basés sur leurs résultats électoraux. Cependant, l’article 21 impose une transparence absolue sur les finances et le respect de la démocratie interne. Si un parti refuse de soumettre ses décisions administratives à ses structures internes élues ou s’il s’organise de manière opaque, le président du Bundestag peut suspendre immédiatement le versement des dotations financières publiques. Privé d’argent public et de déductions fiscales pour ses donateurs, un parti ne peut plus financer de campagnes
        ———————
        -g6) L’arme ultime : L’interdiction pure et simple du parti –> Si le manque de démocratie interne n’est pas seulement un problème de gestion, mais reflète une volonté idéologique d’instaurer un fonctionnement dictatorial ou de renverser l’ordre constitutionnel démocratique, le système active sa sanction suprême.
        – Le principe : Seul le Tribunal constitutionnel fédéral a le pouvoir d’interdire un parti politique en Allemagne (c’est le « privilège des partis », Parteienprivileg). Ni le gouvernement ni un président ne peuvent dissoudre un parti par décret.
        – La sanction concrète : Si la Cour constate qu’un parti a une structure interne de type totalitaire (par exemple, le principe fasciste du chef unique ou Führerprinzip), le parti est dissous. Ses biens sont confisqués, ses mandats parlementaires sont annulés et il lui est interdit de créer une organisation de substitution. (Cela s’est produit historiquement avec l’interdiction du SRP, un parti néonazi, en 1952, et du KPD, le parti communiste, en 1956).
        ———————
        g7) La mise au ban : L’exclusion du financement public (Réforme récente)
        –> Depuis une modification constitutionnelle de l’article 21, la Cour constitutionnelle dispose d’une option intermédiaire : l’exclusion du financement public sans interdiction. Si un parti s’organise de manière contraire aux principes démocratiques, mais qu’il est trop faible pour représenter une menace immédiate pour l’État (ce qui empêche son interdiction totale), la Cour peut lui couper les vivres étatiques pour l’empêcher de grandir
        ———————
        -g8) Pourquoi ce modèle allemand est une leçon pour la Tunisie?
        – En Allemagne, la loi part du principe qu’un parti politique est un organe constitutionnel qui forme la volonté du peuple. Si l’intérieur du parti est corrompu par des pratiques dictatoriales, le poison se répandra inévitablement dans l’appareil d’État une fois le parti au pouvoir.
        – C’est précisément ce garde-fou juridique qui a manqué à la jeune démocratie tunisienne après 2011 et qui manque encore: les partis y étaient légaux à l’extérieur, mais fonctionnaient comme des chefferies privées à l’intérieur.
        ———————
        -g9) Tant que les partis politiques tunisiens seront considérés comme la « propriété » de leurs dirigeants, ils ne feront que reproduire une nouvelle dictature s’ils accèdent au pouvoir. Le passage à une démocratie réelle exige que les règles du jeu démocratique – transparence, responsabilité et alternance régulière – soient d’abord appliquées et exigées à l’intérieur même de ces partis.

    4. "Nan mais allô quoi..." Dingue, dingue, dingue comme approche.

      Répondre
      10 septembre 2026 | 14h49

      « Dingue, dingue, dingue,
      Dingue des probas’, Nabli-Nablilla
      Pas foufou le pavé , Nabli-Nabilla
      Une approche déjà prévue ça, Nabli-Nabilla
      C’est plus fort que Café Bondin , Nabli-Nabilla
      Dingue, dingue, dingue des probas’, Nabi-Nabilla
      S’attendre à bien mieux que ça de toi, Nabli-Nabilla
      Yahliliya nabli-nabliyahbiniyaaahhh.. »

      https://m.youtube.com/shorts/FT2lA3N2fDc

      Commencer par une équivalence des acteurs des plus biaisée en prémisse … pour finir en une déresponsabilisation indirecte de la dicKature mélée lie saboteuse antidémocratique contre-révolitionnaire ?

      Mouawiya, Arendt et consorts : au secours !

      Qu’on en sorte !

      Trêve de plaisanterie.

      T(rè)Ve de déréalité.

      Commençons.

      Il s’agit à travers texte d’une approche hors de propos, relativement inepte, de l’ordre du déjà vu et de voie d’égarement in fine.

      Égarement constitutif d’une forme de déresponsabilisation face à une dicKtature « mélée lie » avérée.

      Une approche inadéquate parmi d’autres, plus ou moins savantes, pour rendre compte de la « réalité boulitique » tunisienne.

      D’abord, un véritable « dilemme du prisonnier » implique que les deux joueurs soient initialement dans une position structurelle SIMILAIRE et face à un TIERS neutre.

      Appliquer cela à une Tunisie aKtuellement ZaifouniKée revient à mettre sur un pied d’égalité l’oppresseur et l’opprimé…devant un Tiers démondial parcellaire, partiel et partial.

      Il y a une symétrie artificielle posée dès le départ entre deux acteurs aux forces totalement disproportionnées : l’État détourné par la secte Mollahrseuse du Roi KhardouK et son Qôm de frêre naoufélon, la smalla pillarde afférante et le tout (à l’égout) appuyé du Karteron de généraux françalgériatiKS Qômplices ( monopole de la violence légitime, des (zinz)institutions, de la justice et des forces de l’ordre etc.)d ‘une part…et la société civile toujours plus limitée d’autre part.

      De plus, il y a dilution de la responsabilité et relativisation des méfaits du régime parjurant triplement illégitime en présentant la situation comme un problème d’« anticipation mutuelle » ou de « manque de confiance ».

      Par cette approche, les violences judiciaro-sécuritaires, les arrestations d’opposants politiques comme d’ opinions, les démantèlements méthodicKS des contre-pouvoirs et le verrouillage institutionnel ne sont plus les produits d’une stratégie délibérée de nature dicKtatoriale mais de simples « réponses rationnelles » dans un jeu de « méfiance. »

      Si ça, c’est pas une belle forme de déresponsabilisation du pouvoir par définition, « mala KissKicéK »? « Schnowa mala(lili ya3ini)  » ?

      La théorie des jeux repose sur des postulats stricts qui ne correspondent pas à la réalité d’un régime autoritaire (et pour ne pas dire plus Krûment « en voie Qômme qui dirait plus qu’outrepassée en dérive diKtatoriale imamatriKulée QômcepSion antidémocratique et contre-révolutionnaire »).

      L’hypothèse de la rationalité pure ne tient pas devant le régime mélé lie de Roi KhardouKouKhouh face à la petite comme limitée mais vaillante et brave société civile.

      Il est inepte de supposer que ces deux acteurs cherchent à « maximiser un gain » dans un cadre aussi biaisement défini.

      La  » survie » d’une telle dicKtature n’obéit pas à une logique de compromis ou d’optimisation collective mais à une logique de domination absolue.

      Les logiKS de Qômpromission plus que Konsentie.

      LogiKS de « Qôm et de vainKu ».

      Pour le pouvoir du régime des KlowNS Qaramiteux de Karthage, « coopérer avec la société civile » équivaut à accepter de perdre une partie de son Kontrôle…Ce qui est Qômplètement antithétique avec ce régime « nature pein(tar)ture » larbiniKé.

      Poursuivons.

      Le dilemme du prisonnier suppose aussi que chaque joueur a le choix libre entre  » coopérer  » ou  » faire défection « . En situation de dictature et de répression accrue, la société civile n’a pas le  » luxe du choix. »

      Au mieux (?), une « luKSxation orthopédicKe  » du choix pour la société civile ( pour ne pas dire une absence de choix Qômme qui dirait…)

      La défection de l’État tunisien détourné par infâmante KliKe se traduit par l’écrasement des libertés du peuple que l’Etat tunisien est censé représenter et servir.

      Une défeKSion imposée avec une  » Koopération  » exigée qui Konfinent toutes in fine à soumission ou à Kooptation.

      Enfin, il y a réduction et translation-évacuation du problème vers une solution de neutralisante expertise et à technicité institutionnelles des plus fades( et ô combien fada !) :

      – suggèrer que la solution réside dans la recherche d’« institutions qui permettraient à chacun de coopérer sans avoir à faire aveuglément confiance » constitue précisément une voie définitive d’égarement par le biais de l’illusion techniciste (croire qu’un problème profondément politoKard et des plus seKtaires idéologiKS comme celui du régimze dicKtatorial aKtuel peut être résolu par de l’ingénierie institutionnelle ou des « règles du jeu » est un leurre !)

      -Les institutions ne sont pas des entités neutres pour rappel. Elles sont façonnées, instrumentalisées ou abolies par ses détenteurs (il)légitimes comme dépendantes du niveau de concience des peuples.

      Il y a bel et bien ainsi un détournement de rapport de sens à la réalité et détournement de la vraie lutte en focalisant le débat sur le concept abstrait de « confiance institutionnelle « qui détourne le regard des revendications fondamentales de la société civile tunisienne (comme de la région élargie d’ailleurs) invariablement : liberté et dignité de traitement écosociale, à part entière et sans traitement entièrement à part de quelconque bord de la société, un Etat de Droit digne de nom pour lequel des générations entières ont sués sang et eau, croisés fer et baroud en leur sacrifice nickel Chrome et titane allant des Titans de Tataouine aux Biens Hauts de Zaghouan (avant la truande duperie troueuse bounqibique et sa proutgéniture zababouleuse zinzinzoline ), une séparation des pouvoirs effective, une justice indépendante claire et non Grisée…Bref, LE respect des droits et volontés humaines légitime d ‘un peuple entier de lui même, par lui même et pour lui même.

      Finissons.

      Gare à transformer une lutte pour la démocratie et contre la dictature en une simple équation mathématique déconnectée de la violence concrète du terrain toute matinée d’illusion contractualiste et réductionniste théoricienne.

      Gare à l’étendue de la mystification plus ou moins involontaire que constitue l’application de la théorie des jeux à la genèse et les rapports du duo État – société civile… Àfortiori sous des dehors de scientificité formalisée !

      Gare au maintien comme à la reKonduite subreptice Qômbinée à la fable post-libérale et le tout ravalé au rang de calcul d’utilité peu experte et peu historienne à bien des égards…

      Gare à imaginer des agents préexistants à toute structure et dotés d’une rationalité instrumentale pure, pesant le pour et le contre de la « coopération » dans le vide de l’abstraction atomiseuse et qui peut relèver d’une profonde cécité sociologique. ( Vous pouvez remplacer aussi ici toutes les lettres c par des K 😉

      L’individu comme l’agent de la théorie des jeux n’existent pas.

      Les « agents » sont déjà et toujours insérés dans des rapports sociaux de production traversés par des structures de domination et mus par des affects qui échappent aux équilibres de Nash.

      Gare à ne pas occulter la nature d’appareil de Kapture et de domination Qômbinée matérielle et symbolique.

      Gare au biaisé « calcul d’optimalité » par lequel des « prisonniers civils » décideraient de déléguer leur souveraineté pour s’éviter le pire.

      Gare à la Qômsolidation des puissances poubeliKS et qui aliène la multitude tunisienne au profit de structures d’imposition et reproduKSion de l’ordre désocial mélé lie mollahrseuse.

      Gare à ne pas masquer la violence struKturelle sous le vernis du savant consentement mathématique.

      Gare à la manie du biais réductionnaliste du mutilant problème politoKard en un simple problème technique de « gestion des incitations ».

      Gare aux emprisonnants calculs probabilistes via determiné théorie des jeux toute intrinsèquement incapable de penser la société.

      On n’entre pas en société par ce biais.

      On en sort toujours plus.

      Ni jouasse ni jojo, la théorie des jeux.

      ‘You’re missing it », nablinabalbala.

      C’est pas du jeu, ça.

      https://m.youtube.com/watch?v=b5GIsUzhQsQ&list=RDb5GIsUzhQsQ&start_radio=1&pp=ygUdaXRzIG5vdCBhIGdhbWUgaGFycnkgd2lsbGlhbXOgBwE%3D

      https://m.youtube.com/watch?v=5jgQy5tMQQ8&list=RD5jgQy5tMQQ8&start_radio=1&pp=ygUweW91J3JlIGdvaW5nIHRvICBtaXNzIGl0IGhhcnJ5IHdpbGxpYW1zIHNweSBnYWxloAcB0gcJCf4LAYcqIYzv

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