Réunie mercredi 9 septembre 2026 à son siège central, à Tunis, sous la présidence du secrétaire général Salah Eddine Salmi, l’instance administrative de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a réaffirmé son attachement à la décision d’organiser une grève générale, tout en appelant à préparer une mobilisation syndicale progressive dans les prochaines semaines.
Dans un communiqué publié dans la matinée de jeudi 10 septembre 2026, l’instance administrative a mandaté le bureau exécutif national pour élaborer un « plan de lutte progressif jusqu’à la grève générale », en concertation avec les organisations et composantes de la société civile. Elle a également appelé les unions régionales, les fédérations générales et les syndicats de base à préparer leurs propres plans de mobilisation, en cohérence avec le dispositif national.
L’UGTT a appelé ainsi ses structures syndicales, ses bases ouvrières ainsi que les forces sociales, civiles et nationales à se préparer à la prochaine étape, à renforcer la mobilisation et la coordination sur le terrain et à œuvrer à l’ouverture d’un véritable dialogue sur l’avenir du pays.
Vers une mobilisation progressive avant la grève générale
Cette décision intervient dans un contexte marqué, selon l’UGTT, de crise aggravée, sur les plans économique, social et politique. L’organisation syndicale a noté que les choix et politiques adoptés ces dernières années n’avaient pas permis de résoudre les crises accumulées et avaient, au contraire, contribué à en élargir les effets sur les travailleurs, les catégories populaires et les régions marginalisées.
L’UGTT a dénoncé notamment la dégradation continue du pouvoir d’achat, la hausse des prix et le recul des services publics, ainsi que l’aggravation de la situation dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du transport. Elle a pointé également la persistance des perturbations dans les services essentiels, notamment l’eau, l’électricité, les médicaments et certains produits de première nécessité, ainsi que de la persistance du chômage, du sous-développement régional et de la marginalisation sociale.
L’organisation syndicale a condamné, dans ce contexte, les discours qu’elle a qualifié de « prétextes » et les tentatives de se décharger de la responsabilité de la crise en rejetant la faute sur d’autres parties. À son sens, après cinq années de monopolisation du pouvoir individuel, la gestion de l’État ne peut se résumer à des accusations ou à des décisions unilatérales, mais doit passer par l’écoute du peuple et de ses forces vives.
L’UGTT accuse le pouvoir et dénonce l’offensive contre les libertés
L’UGTT a déclaré tenir le pouvoir en place « pleinement responsable » de l’échec dans la gestion des affaires publiques, de la concentration de la décision et de l’absence de dialogue avec les forces sociales, civiles et politiques.
La Centrale syndicale a, par ailleurs, salué les mobilisations menées par les travailleurs dans plusieurs secteurs et régions, notamment les mines, les banques, le transport, le transport des hydrocarbures, l’environnement, l’enseignement primaire et secondaire, ainsi que par les travailleurs du secteur privé à Sfax et Ben Arous.
Elle a également exprimé son soutien de principe aux mouvements des chômeurs, diplômés ou non, et a rejeté toute tentative de criminaliser la contestation sociale ou de répondre par des moyens sécuritaires à des revendications qu’elle considère comme légitimes.
L’organisation a, dans le même temps, salué les efforts déployés par les agents des deux entreprises publiques d’électricité et de gaz et de distribution de l’eau pour maintenir l’approvisionnement des citoyens en électricité et en eau.
Elle a fermement dénoncé ce qu’elle considère comme une offensive contre le travail syndical et les syndicalistes en raison de leur activité et de leur défense des travailleurs et a réclamé la libération des syndicalistes emprisonnés, l’abandon des poursuites visant l’ensemble des syndicalistes concernés ainsi que la réintégration de ceux ayant été révoqués.
L’UGTT a affirmé qu’elle resterait une « force sociale nationale indépendante », attachée à la défense des intérêts des travailleurs, du droit syndical et de la démocratie, et opposée à toute forme de mise sous tutelle, d’instrumentalisation ou d’exclusion.
Elle a réitéré également son attachement à l’indépendance de la justice, aux conditions d’un procès équitable et au respect des droits des justiciables et a réclamé que les associations, organisations, partis et forces nationales puissent exercer leurs rôles dans le respect de la loi, considérant la société civile et la société politique comme des partenaires essentiels dans la construction du pays.
L’UGTT a renouvelé par ailleurs son soutien aux journalistes et à la liberté du travail journalistique et a revendiqué la libération de toutes les personnes emprisonnées en raison de leurs opinions ou de leurs activités pacifiques. Elle a dénoncé également les conditions qu’elle qualifie de « dures et inhumaines » dans lesquelles vivent les détenus et a rejeté toute forme d’instrumentalisation de la justice ou des institutions de l’État dans les conflits politiques et civils.
Le communiqué est revenu par ailleurs sur la récente tragédie liée à la migration irrégulière ayant impliqué des jeunes de Ben Guerdane. L’UGTT a exprimé sa solidarité avec les habitants de la région et les familles des victimes, leur adressant ses condoléances et a salué les efforts des citoyens engagés dans la recherche des disparus et le sauvetage des survivants.
Pour l’organisation syndicale, ces drames traduisent également l’échec des politiques de développement, d’emploi et l’incapacité à offrir aux jeunes des perspectives dans leur propre pays. Elle a appelé ainsi à l’élaboration d’une véritable politique nationale de développement, d’emploi et de protection de la jeunesse afin de mettre fin à une situation qui pousse des jeunes Tunisiens à risquer leur vie à la recherche d’un avenir qu’ils ne trouvent pas en Tunisie.
Un plan de sauvetage économique et social réclamé en urgence
L’UGTT a réclamé enfin la mise en place d’un plan national urgent de sauvetage économique et social. Celui-ci devrait, selon elle, accorder la priorité à la protection du pouvoir d’achat, à la lutte contre la spéculation, la monopolisation et la corruption, ainsi qu’au soutien des entreprises et établissements publics et au sauvetage des secteurs vitaux.
L’organisation a demandé également de faire de l’emploi et du développement régional des priorités, de préserver le système de compensation et les services publics et de garantir aux Tunisiens leurs droits à la santé, à l’éducation, au transport, à l’eau, à l’électricité, à l’emploi et à une vie digne.
L’UGTT a rappelé, dans ce contexte, la création d’un cadre de coordination avec les organisations et composantes de la société civile — la LTDH et l’Ordre des avocats, notamment — présenté comme un moyen d’unifier les efforts pour défendre la Tunisie, ses institutions et les acquis de son peuple, mais aussi de faire face aux politiques susceptibles, selon l’UGTT, d’aggraver davantage la crise du pays.
N.J










