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Drogue chez les enfants : le danger peut commencer dès dix ans

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Par Imen Nouira

    À quelques jours de la rentrée scolaire, la question des drogues s’invite parmi les risques auxquels les familles sont appelées à être particulièrement attentives. Le délégué général à la protection de l’enfance, Moncef Ben Abdallah, a indiqué, lundi 14 septembre 2026, que des enfants de plus en plus jeunes peuvent être exposés aux drogues et autres substances, un enfant pouvant se retrouver victime de ce phénomène dès l’âge de dix ans. Une réalité face à laquelle il appelle à rompre le silence et à renforcer simultanément prévention, vigilance familiale et accompagnement.

    Invité par Jihene Miled dans l’émission Sbeh Ennes sur Mosaïque FM, M. Ben Abdallah est revenu sur le programme national de prévention contre les risques liés aux drogues, dont la première phase a été lancée le 10 septembre par le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors.

    Pour le responsable, le premier enjeu consiste justement à parler ouvertement du phénomène. La drogue ne doit plus être considérée comme un sujet tabou dans la société tunisienne, au risque de laisser le problème progresser à l’abri du débat public. « Si nous nous taisons alors que le phénomène continue de s’aggraver, nous sommes en train de perdre », a-t-il averti en substance.

    Selon lui, regarder cette réalité en face constitue désormais une condition préalable pour pouvoir la combattre. D’autant que, pendant que la société hésite encore à en parler, ceux qui alimentent le phénomène continuent, eux, à agir, à faire circuler les substances et à chercher à attirer les plus jeunes.

    Des situations qui peuvent concerner des enfants de dix ans

    Interrogé sur l’âge à partir duquel le danger peut apparaître, Moncef Ben Abdallah a expliqué qu’un enfant pouvait, dès l’âge de dix ans, se retrouver victime lorsqu’une substance stupéfiante lui est proposée ou administrée. Il a également évoqué d’autres produits psychoactifs, notamment la colle, rencontrés dans certaines situations suivies par les services de protection de l’enfance.

    Le phénomène n’apparaît d’ailleurs pas nécessairement à travers un signalement portant directement sur la consommation de drogues. Les délégués à la protection de l’enfance, présents dans les différents gouvernorats, peuvent découvrir ce type de problème à l’occasion de la prise en charge d’une autre situation de menace concernant l’enfant.

    C’est parfois après avoir établi une relation de confiance avec celui-ci et au fil du travail mené, notamment avec les spécialistes du domaine psychologique, que la consommation ou l’exposition à certaines substances est révélée. Des parents peuvent également se tourner vers les services de protection de l’enfance lorsqu’ils constatent des changements sans parvenir à en déterminer immédiatement la cause.

    Moncef Ben Abdallah a ainsi évoqué plusieurs signes susceptibles d’alerter : changement de comportement, nervosité plus importante, tendance à l’isolement ou encore apparition de manifestations physiques ou sanitaires inhabituelles.

    Mais identifier les signes ne suffit pas toujours. Certains parents peuvent soupçonner, voire découvrir, le problème sans parvenir à accepter que leur enfant soit concerné. Le responsable a notamment relaté des situations dans lesquelles des mères avaient découvert que leur enfant inhalait de la colle mais avaient, dans un premier temps, tenté de dissimuler le problème, ne sachant pas comment agir et craignant notamment le regard social et ses conséquences sur l’avenir de leur enfant.

    Ce n’est qu’après l’établissement d’une relation de confiance avec les services concernés qu’elles ont pu demander de l’aide et parler ouvertement de la situation.

    Pour M. Ben Abdallah, cette confiance constitue précisément l’un des leviers essentiels de la prise en charge. Elle doit être construite aussi bien avec l’enfant qu’avec sa famille afin de permettre l’accompagnement, le traitement des situations et, à terme, le retour des enfants concernés à un parcours normal. Il a assuré que plusieurs expériences de prise en charge avaient déjà abouti à des résultats positifs.

    Il a également insisté sur le fait que filles et garçons peuvent être concernés et qu’aucune famille ne doit considérer le phénomène comme une réalité qui ne toucherait que les autres. La prévention relève, selon lui, d’une responsabilité collective.

    Au-delà des spots, des actions dans les écoles et les régions

    C’est dans ce contexte que le ministère a lancé, le 10 septembre 2026, la première phase de son programme national de communication pour la prévention en réseau des risques liés aux drogues. Son démarrage, qui coïncide avec la rentrée scolaire et universitaire, repose notamment sur la diffusion de spots de sensibilisation à la télévision et sur les réseaux sociaux ainsi que sur des programmes médiatiques réalisés avec plusieurs institutions publiques.

    Mais le dispositif ne se limite pas à une campagne de communication. Moncef Ben Abdallah a insisté sur les actions de terrain destinées à toucher directement les enfants et leurs familles, notamment dans l’environnement scolaire.

    Le programme mise ainsi sur deux acteurs centraux : l’enfant et sa famille. Le premier doit disposer des outils lui permettant de mieux se protéger et de transmettre, à son tour, des messages de prévention à ses pairs. La seconde doit être informée et sensibilisée afin de reconnaître les risques, de détecter les changements inquiétants et de savoir vers qui se tourner.

    Plusieurs départements ministériels sont associés à cette démarche. Outre les ministères de l’Intérieur, de la Santé et de l’Éducation, M. Ben Abdallah a souligné le rôle des ministères chargés de la Culture et de la Jeunesse et des Sports. Il s’agit, selon lui, de proposer aux enfants, adolescents et jeunes des alternatives à travers la culture, l’éducation et le sport. Le ministère des Affaires religieuses intervient également dans le volet de sensibilisation et de prévention à travers le discours religieux.

    Le délégué général a notamment annoncé une caravane sanitaire et psychologique mobile baptisée « Votre santé d’abord », prévue le 29 septembre dans tous les gouvernorats. Selon le programme détaillé par le ministère, elle proposera des consultations mobiles, de l’écoute et du soutien psychologique aux jeunes et aux familles, notamment dans les zones prioritaires et les quartiers à forte densité de population.

    Autre rendez-vous mis en avant par M. Ben Abdallah : l’opération « Une heure de prévention », prévue le 8 octobre. Une institution éducative sera choisie dans chaque gouvernorat afin d’y organiser une action réunissant les différents intervenants autour des élèves et de leurs familles.

    Le responsable a également évoqué la journée portes ouvertes du 28 octobre dans les complexes de l’enfance et les centres intégrés de la jeunesse et de l’enfance. Destinée simultanément aux enfants et aux familles, elle doit permettre aux spécialistes d’adapter leur approche selon qu’ils s’adressent à l’enfant, aux parents ou aux deux ensemble.

    Le calendrier communiqué par le ministère prévoit, en outre, cinq conférences régionales organisées simultanément le 22 octobre autour de la prévention participative des risques liés aux drogues. Le 30 octobre, le Centre national de l’informatique pour l’enfant annoncera, de son côté, un concours invitant les enfants à produire, à l’aide de l’intelligence artificielle, des spots consacrés à la prévention.

    À l’approche de la rentrée, le message porté par Moncef Ben Abdallah dépasse ainsi la seule campagne institutionnelle : parler du phénomène, reconnaître les signes et surtout ne pas dissimuler une situation par peur du regard des autres. Face à un risque susceptible de toucher des enfants très jeunes, la prévention commence aussi par la capacité de la famille à regarder le problème en face et à demander de l’aide.

    I.N.

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