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« NAZA » : primé à Venise, le documentaire qui met ses réalisateurs dans le viseur d’Israël

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Photo : Tiziana Fabi / AFP

Par BN avec AFP

    Le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a demandé lundi 14 septembre 2026 l’ouverture d’une enquête pour identifier les sources d’un documentaire israélien accusant l’armée de tuer de nombreux civils à Gaza. Le film, intitulé « NAZA », a remporté samedi le prix spécial du jury à la Mostra de Venise.

    Cette demande intervient au lendemain de l’annonce par Miki Zohar de son intention de demander la déchéance de nationalité des deux réalisateurs du documentaire, Yuval Abraham et Rachel Szor, accusés de « trahison envers l’État ».

    Dans un message publié lundi sur X, le ministre a indiqué avoir contacté le ministère de l’Intérieur afin d’étudier cette demande, reprochant aux deux réalisateurs d’avoir « manqué de loyauté envers l’État et collaboré avec l’ennemi ».

    Il a également demandé qu’une enquête détermine « comment les éléments ont été obtenus » et « qui se trouve derrière », ainsi que si les activités ayant conduit à leur collecte et à leur publication « ont pu aider l’ennemi en temps de guerre ».

    Dimanche, Miki Zohar avait déclaré qu’il agirait « immédiatement pour retirer la citoyenneté israélienne » à Yuval Abraham et Rachel Szor, accusant les deux journalistes d’investigation de vouloir « nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier ».

    Des accusations contre les réalisateurs

    Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui aussi dénoncé le documentaire, le qualifiant de « choquant » dans une vidéo publiée sur X.

    « Nous luttons contre les provocations antisémites dans le monde, mais quand elles viennent de nos propres citoyens, c’est tout simplement insupportable », a-t-il déclaré.

    Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’en est également pris aux réalisateurs, les qualifiant de « honte » et de « source d’embarras pour tout le peuple d’Israël ».

    Yuval Abraham et Rachel Szor avaient déjà travaillé ensemble sur « No Other Land », documentaire consacré aux violences commises par les autorités et les colons israéliens en Cisjordanie occupée, qui avait remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2024.

    24 témoignages de militaires et de membres du renseignement

    D’une durée de 80 minutes, « NAZA » repose sur les témoignages anonymes de 24 membres de l’armée et des services de renseignement israéliens. Ils y décrivent, selon le documentaire, les méthodes employées par l’armée dans la guerre menée contre le Hamas dans la bande de Gaza.

    Les personnes interrogées évoquent notamment plusieurs systèmes technologiques, utilisant entre autres l’intelligence artificielle, qui permettraient à l’armée de localiser, notamment à partir de leurs téléphones, des membres présumés du Hamas et leurs familles, avant de les frapper à leur domicile.

    Selon le film, « NAZA » serait un acronyme utilisé au sein de l’armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils susceptibles d’être tués lors d’une frappe.

    L’un des témoins affirme notamment que les militaires disposent d’un outil permettant de connaître, pour chaque logement à Gaza, le nombre de personnes qui s’y trouvent et qui pourraient être touchées par un bombardement.

    Une autre personne interrogée affirme qu’une frappe visant une seule cible aurait fait jusqu’à 500 morts parmi les personnes se trouvant à proximité.

    L’armée israélienne a catégoriquement rejeté ces accusations. Elle a affirmé lundi n’avoir « jamais planifié, approuvé ou mené de frappe à Gaza dans laquelle il était prévu 500 personnes, ou tout autre ordre de grandeur de ce genre, meurent », ajoutant qu’il n’existait « aucune preuve pour l’étayer ».

    Une déchéance de nationalité possible mais rare

    La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, mais demeure rarement appliquée. La Cour suprême a confirmé en 2022 la possibilité pour l’État de retirer sa nationalité à des personnes ayant manqué à leur devoir de « loyauté », notamment dans des affaires d’espionnage ou de trahison.

    La législation a été élargie en 2023 aux personnes condamnées pour « terrorisme ». La procédure prévoit une demande du ministre de l’Intérieur, avec l’approbation du ministre de la Justice, puis une validation par des juges.

    Le documentaire n’a pas encore été projeté en Israël. Il a en revanche reçu un accueil marqué à Venise, où sa projection en avant-première a été suivie d’une ovation de 25 minutes avant que le film ne reçoive le prix spécial du jury.

    BN avec AFP

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