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CAN de volley : du tambourin à la darbouka, ou quand l’ouverture tourne au folklore

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Par Nadya Jennene

    Il fallait, semble-t-il, beaucoup de bonne volonté pour croire que ce qui se déroulait mardi soir 15 septembre 2026 au Palais des Sports d’El Menzah était bien la cérémonie d’ouverture d’une Coupe d’Afrique des nations de volley-ball. Le mezoued résonnait, les danseuses s’exécutaient, les artistes folkloriques occupaient la scène et, au premier rang, ministres et hauts responsables étaient confortablement installés, jus et pâtisseries traditionnelles devant eux. L’ensemble avait quelque chose de si familier qu’il aurait presque été possible de se croire convié à un mariage tunisien plutôt qu’à l’ouverture d’une compétition continentale.

    Que la Tunisie choisisse de faire découvrir sa culture populaire à ses hôtes n’a, en soi, rien de condamnable. Le mezoued appartient à notre patrimoine et les traditions populaires peuvent parfaitement trouver leur place dans un événement international. Mais encore faut-il qu’une cérémonie d’ouverture sache dépasser l’addition de quelques marqueurs folkloriques pour raconter quelque chose du pays qui accueille la compétition. Or, mardi soir, le folklore semblait tenir lieu de conception. Comme si, pour représenter la Tunisie, il suffisait de juxtaposer quelques danses, quelques airs traditionnels et quelques douceurs locales.

    Le plus embarrassant n’était pourtant pas là. Il résidait dans une scène qui, à elle seule, résume l’inconséquence de l’organisation : pendant que la cérémonie battait son plein, les joueurs étaient déjà sur le terrain, à quelques mètres seulement, en train de s’échauffer pour le match inaugural. Il fallait donc que les athlètes se préparent à entrer en compétition tandis que l’organisation poursuivait son spectacle, dans une étonnante inversion des priorités. Ceux pour lesquels la soirée était censée être organisée étaient devenus les spectateurs involontaires de leur propre cérémonie d’ouverture.

    On peine à comprendre la logique qui a présidé à une telle mise en scène. Une cérémonie inaugurale n’est pas un simple intermède festif que l’on peut intercaler à n’importe quel moment dans un programme. Elle constitue le premier visage d’une compétition, le moment où le pays hôte se présente aux délégations, aux sportifs, aux médias et au public africain. Elle devrait donc témoigner d’un minimum de maîtrise, de cohérence et d’ambition. Elle devrait surtout placer les athlètes et la compétition au cœur du dispositif. À El Menzah, c’est précisément l’inverse qui a semblé se produire.

    La scène était d’autant plus désolante que la Tunisie n’accueillait pas une rencontre sportive ordinaire. Une Coupe d’Afrique des nations est un rendez-vous continental. Les délégations présentes ne sont pas venues assister à une animation folklorique locale : elles sont venues disputer une compétition internationale dans un pays qui prétend pouvoir en assurer l’organisation. La cérémonie constituait donc, qu’on le veuille ou non, une carte de visite. Et il faut bien reconnaître que la carte de visite avait quelque chose de défraîchi.

    Les réactions qui ont déferlé sur les réseaux sociaux n’ont fait que traduire ce malaise. Certains internautes ont raillé l’idée même d’organiser une cérémonie pendant que les joueurs s’échauffaient, estimant qu’il serait difficile d’imaginer pareil scénario ailleurs. D’autres se sont interrogés, avec une ironie beaucoup moins légère, sur la conception que le ministère des Sports se fait de l’organisation d’une manifestation de cette envergure. Une autre série de commentaires a poussé la comparaison jusqu’à mettre en regard cette cérémonie avec celle de la Coupe d’Afrique des nations de football organisée en Tunisie en 2004. Vingt-deux ans séparent les deux événements, mais les images ont suffi à nourrir le sentiment, largement exprimé en ligne, d’une régression plutôt que d’une progression.

    Ce qui ressort de ces réactions n’est finalement pas un rejet de la culture tunisienne. Bien au contraire. Le malaise vient du sentiment que cette culture a été réduite à quelques artifices immédiatement identifiables, comme si l’on ne disposait d’aucune autre manière de présenter la Tunisie. Une Tunisie qui, pourtant, possède une histoire, une architecture, des arts, une musique contemporaine, une scène créative et une jeunesse capables de composer un récit autrement plus subtil que celui d’une fête traditionnelle montée à la hâte.

    Il y avait matière à faire de cette ouverture un véritable moment de représentation. Le volley-ball pouvait être mis en scène, les athlètes pouvaient être valorisés, les différentes cultures africaines pouvaient dialoguer avec la culture tunisienne et la modernité pouvait trouver sa place aux côtés du patrimoine. Rien n’imposait de choisir entre tradition et contemporanéité. Rien, surtout, n’obligeait à transformer l’authenticité en folklore de circonstance.

    Cette légèreté prend une résonance particulière dans un secteur sportif déjà confronté à de multiples difficultés. Entre les problèmes d’infrastructures, les contraintes financières, les difficultés de gouvernance, la fragilité de certaines disciplines et le départ de nombreux talents, le sport tunisien aurait besoin de davantage de rigueur et de vision. Accueillir une compétition continentale devrait précisément être l’occasion de démontrer que le pays est encore capable de se hisser à la hauteur de grands rendez-vous et d’en maîtriser chaque détail.

    Le plus regrettable est peut-être que cette cérémonie aurait pu être simple. Il n’était nul besoin de rivaliser avec les cérémonies olympiques ni de déployer des moyens extravagants. Il suffisait d’un peu d’élégance, d’un scénario cohérent, d’une mise en scène pensée et, surtout, d’un sens élémentaire du timing. L’authenticité n’exige ni le kitsch ni l’improvisation. La sobriété n’interdit pas l’ambition.

    Au fond, cette cérémonie aura peut-être résumé à elle seule une certaine conception de l’événementiel sportif : beaucoup de bruit, beaucoup d’apparat et, entre les deux, le sport qui cherche sa place.  Ou comme le dit si bien l’adage tunisien : « من تحت الدفّ لتحت الدربوكة » (du tambourin à la darbouka). 

    N.J

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    Commentaire

    1. HatemC

      Répondre
      16 septembre 2026 | 17h57

      Une honte la Tunisie est tombée bien bas

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