La municipalité de Ben Guerdane a publié un avis en bonne et due forme. Vente aux enchères publiques d’une quantité de dattes. Une première. Prix d’ouverture : 25 dinars. Séance le 5 octobre 2026, dix heures, salle des réunions de la municipalité.
25 dinars. Pour ce montant, l’administration a mobilisé un avis officiel, un tableau, une salle, une date, une heure. Elle a rédigé des conditions de participation. Elle a prévu une contribution municipale de 10 % du prix annuel. Tout cela pour des dattes entassées dans une cour.
Et les conditions valent le détour. Celui qui souhaite emporter le lot devra avoir réglé ses éventuelles dettes envers la municipalité et présenter une attestation de libération fiscale. Autrement dit : pour repartir avec des dattes mises à prix 25 dinars, il faut d’abord prouver qu’on ne doit rien à personne. L’État sait être méticuleux. Il choisit ses moments.

« Les ouvriers du nettoyage et des jardins sont prioritaires »
Mostafa Abdelkebir a réagi à la publication du document. Le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme estime que les ouvriers chargés du nettoyage et de l’entretien des jardins auraient dû être les premiers servis.
« Moi, je considère que les ouvriers du nettoyage et des jardins sont prioritaires pour cette opération », écrit-il.
Il pose ensuite la question que l’avis municipal évite soigneusement : « Pourquoi une municipalité lance-t-elle une enchère à 25 dinars pour des dattes destinées à l’alimentation du bétail ? »
La question mérite d’être entendue jusqu’au bout. Ce sont ces ouvriers-là qui balaient les rues, entretiennent les espaces verts et travaillent dans l’enceinte où les dattes ont été entreposées. On ne leur propose pas un geste. On leur propose de se présenter à dix heures, munis de leur attestation fiscale, et de surenchérir comme tout le monde.

Ce que l’avis ne dit pas
Sur le papier, la procédure est irréprochable. C’est précisément le problème. L’avis fixe un prix, une date, une heure, des conditions. Il ne dit pas d’où viennent ces dattes. Il ne dit pas à qui elles appartenaient. Il ne dit pas pourquoi une municipalité se découvre marchande de fruits, ni pourquoi maintenant.
Sur les réseaux sociaux, les questions se sont accumulées : pourquoi vendre, à qui, et pourquoi 25 dinars. Aucune réponse n’est venue de la municipalité.
Le document, lui, reste parfaitement conforme. Il ne manque rien. Sauf l’essentiel.
S.H










