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Lait importé, stocks de volaille au plus bas : Fathi Ben Khalifa tire la sonnette d’alarme

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Par Myriam Ben Zineb

    Les difficultés traversées par les filières du lait et des volailles se sont invitées, jeudi 17 septembre 2026, sur le plateau d’Express FM. Fathi Ben Khalifa, conseiller économique auprès de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), a évoqué une baisse de la production avicole après les fortes chaleurs et les coupures d’électricité de l’été, mais aussi une situation plus structurelle dans le secteur laitier, marquée par la diminution du cheptel et une rentabilité jugée insuffisante pour les éleveurs.

    Intervenant dans l’émission Expresso, Fathi Ben Khalifa a d’abord expliqué que la filière avicole avait subi plusieurs épisodes difficiles depuis le début de l’année. Après les fortes pluies ayant touché certaines zones de production à Nabeul durant l’hiver, les élevages ont dû affronter les fortes chaleurs de l’été.

    Volailles : chaleur et coupures d’électricité

    Pour le responsable de l’Utap, la chaleur n’était toutefois pas le seul problème. Les professionnels disposent désormais, dans de nombreux élevages, de systèmes de refroidissement permettant de limiter les effets des températures élevées. Les grandes exploitations sont également souvent équipées de groupes électrogènes destinés à prendre le relais en cas de coupure de courant.

    Mais ces équipements de secours ne sont pas conçus pour fonctionner pendant de très longues périodes. Fathi Ben Khalifa a affirmé que les coupures répétées et parfois prolongées d’électricité, auxquelles se sont ajoutées des interruptions de l’approvisionnement en eau, avaient lourdement affecté les élevages.

    Il a évoqué des groupes électrogènes ayant fini par tomber en panne après avoir fonctionné pendant de longues heures. Les conséquences auraient touché plusieurs maillons de la filière : reproductrices, poules pondeuses, poulets de chair et dindes.

    Le recul de la production est aujourd’hui perceptible sur le marché, a-t-il reconnu. Le Groupement interprofessionnel aurait ainsi entamé un recensement des dégâts et engagé des mesures techniques destinées à rétablir progressivement les niveaux de production.

    Des stocks stratégiques « pratiquement à zéro »

    Fathi Ben Khalifa a surtout insisté sur la question des stocks stratégiques. Il a estimé que les perturbations ponctuelles de la production pourraient être mieux absorbées si des réserves suffisantes de produits avicoles étaient disponibles.

    Il a ainsi jugé anormal qu’un secteur représentant, d’après lui, environ 70% de la consommation de protéines carnées dispose de stocks stratégiques qu’il a qualifiés de « pratiquement à zéro ».

    Le responsable a proposé de mobiliser des ressources du Fonds de développement de la compétitivité pour constituer ces réserves. Le mécanisme permettrait de stocker une partie de la production lorsque l’offre est abondante et les prix faibles, puis de remettre ces quantités sur le marché lorsque la production recule.

    Il a également relevé que des stocks correspondant à environ soixante jours existaient pour les matières premières destinées à l’alimentation animale, estimant qu’un dispositif similaire devait être envisagé pour le produit final.

    Lait : une baisse du cheptel qui s’installe

    La situation de la filière laitière est, elle, plus structurelle. Fathi Ben Khalifa a rappelé que la production diminuait naturellement à la fin de l’été, après un pic au printemps. Mais cette variation saisonnière se conjugue désormais, d’après lui, avec une réduction du cheptel laitier observée ces dernières années.

    Il a principalement attribué cette évolution au prix de réception du lait payé aux producteurs, qu’il considère insuffisant pour couvrir les coûts de production.

    « Aujourd’hui, l’éleveur continue de vendre son lait à perte », a-t-il affirmé, estimant que cette situation avait conduit de nombreux petits éleveurs à abandonner progressivement leur activité.

    Il a notamment évoqué les familles rurales qui vivaient de quelques vaches, grâce à la vente du lait et des veaux. Avec l’augmentation des charges, certaines auraient fini par se séparer de leurs animaux, faute de rentabilité.

    « Aujourd’hui, nous importons du lait »

    La conséquence est désormais visible, d’après Fathi Ben Khalifa : « Aujourd’hui, nous importons du lait. C’est une réalité que nous ne pouvons pas cacher ».

    Il a également estimé que la diminution du cheptel bovin avait eu des répercussions sur l’offre de viande rouge.

    Face à cette situation, il a appelé le ministère de l’Agriculture, le ministère du Commerce, la présidence du gouvernement et la présidence de la République à revoir le prix de réception du lait auprès des producteurs. Pour lui, ce prix doit couvrir les coûts de production tout en garantissant une marge à l’éleveur, indépendamment du mécanisme retenu pour maintenir le prix payé par le consommateur.

    Un rendement moyen de 3.580 litres par an

    Au-delà des prix, Fathi Ben Khalifa a pointé un autre problème : la productivité du cheptel. Il a avancé un rendement moyen d’environ 3.580 litres de lait par vache et par an, un niveau qu’il considère très faible au regard du potentiel des races élevées.

    Il a appelé à engager un travail de fond autour de l’amélioration génétique, des ressources fourragères et de la santé animale. L’objectif serait notamment de porter progressivement le rendement moyen à 5.000, voire 6.000 litres par an.

    Selon ses estimations, la faiblesse des rendements représenterait un manque à gagner d’environ un milliard de dinars par an pour le lait et près de 700 millions de dinars pour la viande, soit quelque 1,7 milliard de dinars au total.

    Le responsable de l’Utap a ainsi appelé à traiter simultanément l’urgence dans la filière avicole, notamment à travers la constitution de stocks, et les difficultés structurelles de l’élevage laitier, où prix, alimentation animale, génétique et rendement restent étroitement liés.

    M.B.Z

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