Les portraits des détenus de la Flottille Soumoud se mêlent aux drapeaux palestiniens et tunisiens. Devant le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), samedi 19 septembre 2026, les militants commencent à se rassembler avant de prendre la route. Dans les slogans comme sur les pancartes, un même mot d’ordre revient : la libération des quatre membres de la coordination tunisienne de la Flottille Soumoud incarcérés à la prison de la Mornaguia.
La marche, annoncée à 17 heures, part ainsi du siège du SNJT pour gagner les artères du centre-ville de Tunis. Les manifestants dénoncent la détention des militants et réclament l’abandon des poursuites engagées contre eux.
En tête du cortège, une banderole donne le ton : « Criminaliser la solidarité avec la Palestine est une haute trahison ». D’autres pancartes martèlent que « soutenir le droit palestinien n’est pas un crime » et réclament la libération de Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri, Nabil Chennoufi et Wael Naouar. « L’affaire est politique, le récit est sioniste », « Nous poursuivrons le militantisme face à l’injustice », « Vendus de Trump ! », sont tout autant de slogans lancés par les manifestants.
Derrière ces slogans, la mobilisation porte aussi une dimension politique assumée. Dans leur appel, les organisations participantes dénoncent ce qu’elles présentent comme une contradiction entre la détention des militants et « la position historique et de principe du peuple tunisien à l’égard de la cause palestinienne et de la résistance ». Elles appellent ainsi les militants, les défenseurs des droits et libertés et « tous les libres » à rejoindre la rue.
Le rassemblement ne se limite donc pas à une revendication concernant quatre détenus. Il intervient dans un climat tunisien déjà marqué par la multiplication des poursuites visant des militants, des avocats, des journalistes et des opposants. La mobilisation autour de la Flottille Soumoud vient, à son tour, cristalliser les tensions entre une partie de la société civile et les autorités autour de la liberté d’expression, de l’engagement politique et du soutien à la cause palestinienne.




Quatre détenus, quatre grèves de la faim
Au cœur de la mobilisation, il y a surtout l’état de santé des détenus.
Les quatre membres de la coordination tunisienne de la Flottille Soumoud sont incarcérés depuis le 6 mars 2026. Leur détention provisoire a été récemment prolongée de quatre mois dans le cadre d’une enquête judiciaire portant notamment sur des infractions financières présumées liées à l’organisation de la flottille.
Selon les organisations signataires de l’appel à la marche, Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi sont aujourd’hui à leur huitième jour de grève de la faim, tandis que Wael Naouar en est à son 33e jour.
Le cas de ce dernier concentre particulièrement les inquiétudes. Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, Bassem Trifi, avait indiqué après lui avoir rendu visite que Wael Naouar avait perdu 21 kilos depuis le début de sa grève et que son état de santé s’était fortement dégradé.
Quelques jours plus tôt, les trois autres détenus avaient annoncé leur décision de rejoindre le mouvement de grève de la faim de Naouar. La Global Sumud Flotilla avait alors affirmé qu’ils entendaient protester contre le maintien de leur détention et réclamer leur libération.
Face à cette situation, plusieurs organisations avaient appelé Wael Naouar à préserver sa vie tout en poursuivant leur mobilisation pour la libération des quatre détenus. Vendredi 18 septembre, l’avocat et militant Ayachi Hammami, lui-même incarcéré à la Mornaguia, a annoncé à son tour une grève de la faim en solidarité avec Naouar.
Une mobilisation qui dépasse le seul dossier Soumoud
La marche de Tunis a été appelée par un éventail inhabituellement large d’organisations : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Ordre national des avocats, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, le Syndicat national des journalistes tunisiens, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l’Association tunisienne des femmes démocrates.
Le choix du siège du SNJT comme point de départ n’est d’ailleurs pas anodin. La manifestation place côte à côte syndicats, avocats, organisations de défense des droits humains et militants de la cause palestinienne, dans une mobilisation où la question des détenus de Soumoud se mêle à celle, plus large, des libertés publiques.
Dans leur communiqué, les organisateurs dénoncent ainsi une « politique de représailles » visant les détenus et appellent à leur libération. Ils présentent leur mobilisation comme une réponse à ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’engagement historique de la société tunisienne en faveur de la Palestine.
Alors que les portraits de Wael Naouar, Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi ouvrent le cortège dans les rues de Tunis, la manifestation entend donc faire entendre deux messages à la fois : celui d’une solidarité avec des détenus dont l’état de santé inquiète leurs soutiens, et celui d’une contestation plus large de la répression des voix militantes et politiques en Tunisie.
M.B.Z










