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Climatiseurs : ce qui va changer en Tunisie dès 2027

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Par Myriam Ben Zineb

    La Tunisie s’apprête à modifier les règles applicables à plusieurs équipements de climatisation et de réfrigération. À partir du 1er janvier 2027, un projet de décret prévoit notamment d’interdire la fabrication locale et l’importation de climatiseurs domestiques de type split fonctionnant avec le fluide frigorigène R-410A.

    La mesure fait partie de la stratégie engagée pour réduire progressivement l’utilisation des hydrofluorocarbures (HFC), des gaz à effet de serre employés notamment dans les systèmes de climatisation et de réfrigération. Elle a été présentée dans un document publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’ozone 2026 et du dixième anniversaire de l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal, rapporte la Tap.

    Le projet ne concerne pas uniquement les climatiseurs. Il prévoit également l’interdiction de la fabrication locale et de l’importation de fontaines à eau réfrigérées, de congélateurs domestiques et de réfrigérateurs utilisant les HFC concernés.

    Du R-410A au R-32 pour les climatiseurs

    À compter de 2027, la production nationale de climatiseurs domestiques split devrait ainsi reposer exclusivement sur le R-32, ou difluorométhane.

    Derrière ces appellations techniques se trouve surtout une différence importante en matière d’impact climatique. Le R-410A est un mélange composé à parts égales de deux fluides frigorigènes, le R-32 et le R-125. Très utilisé dans les systèmes de climatisation, il ne détériore pas la couche d’ozone, mais possède un potentiel de réchauffement global élevé.

    Le R-32 appartient lui aussi à la famille des HFC, mais son impact sur le réchauffement climatique est nettement inférieur. Les données de l’ASHRAE montrent que le potentiel de réchauffement global du R-410A est environ trois fois supérieur à celui du R-32, même si les valeurs précises varient selon le rapport scientifique pris comme référence.

    Le passage au R-32 permet ainsi de réduire sensiblement l’impact climatique du fluide utilisé dans les climatiseurs. Le R-32 est toutefois classé comme légèrement inflammable, ce qui impose des précautions adaptées lors de l’installation, de l’entretien et de la manipulation des équipements.

    Pourquoi réduire les HFC ?

    Les HFC se sont largement développés comme fluides frigorigènes dans les climatiseurs et d’autres équipements de refroidissement, notamment pour remplacer des substances qui endommageaient la couche d’ozone et dont l’utilisation a été progressivement réduite dans le cadre du Protocole de Montréal.

    Les HFC présentent toutefois un autre problème environnemental : s’ils n’appauvrissent pas eux-mêmes la couche d’ozone, ce sont de puissants gaz à effet de serre. Certains possèdent un potentiel de réchauffement global très supérieur à celui du dioxyde de carbone.

    C’est précisément à ces gaz que s’attaque l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal. Adopté en 2016 et entré en vigueur le 1er janvier 2019, il organise une réduction progressive de la production et de la consommation des HFC à l’échelle mondiale. L’objectif est de les réduire de plus de 80% au cours des prochaines décennies.

    Une réduction engagée depuis 2024

    Cette nouvelle étape intervient après le gel de la consommation nationale d’hydrofluorocarbures, effectif depuis le 1er janvier 2024 conformément au calendrier fixé par l’amendement de Kigali.

    Le processus touche déjà l’industrie. En août 2026, l’entreprise Sicad Coala a achevé la conversion de sa ligne de production de fontaines à eau réfrigérées vers le R-600a, un fluide frigorigène naturel. Cette opération permettrait d’éviter au moins 5.720 tonnes équivalent CO₂ d’émissions chaque année, d’après les données rapportées par la Tap.

    À la fin de l’année 2025, la consommation tunisienne d’hydrochlorofluorocarbures (HCFC), notamment le R-22, avait par ailleurs diminué de 70% par rapport au niveau de référence. Cette réduction aurait permis d’éviter 917.670 tonnes équivalent CO₂ d’émissions.

    Une nouvelle échéance en 2030

    La Tunisie vise également l’élimination définitive des HCFC à l’horizon du 1er janvier 2030. La troisième phase du plan consacré à leur élimination, couvrant la période 2026-2030, a été approuvée en juin 2026 par le comité exécutif du Fonds multilatéral, avec un financement de 1,33 million de dollars, auquel s’ajoute une contribution italienne de 350.000 dollars.

    Le programme prévoit parallèlement un volet consacré à la formation. Cinquante-deux formateurs doivent être formés en 2026 à la manipulation sécurisée des fluides frigorigènes concernés. Des sessions sont également destinées à soixante agents de la douane et à 200 techniciens, dont la moitié sont des femmes.

    À l’échelle mondiale, l’enjeu dépasse largement la seule question des équipements de climatisation. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), si l’amendement de Kigali est pleinement mis en œuvre, la réduction progressive des HFC pourrait permettre d’éviter jusqu’à 0,4 °C de réchauffement climatique au cours de ce siècle, tout en poursuivant la protection de la couche d’ozone. Cette réduction doit également contribuer aux objectifs internationaux de lutte contre le changement climatique.

    M.B.Z

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