Le député Imed Aouled Jebril a livré une longue charge contre l’action du gouvernement, dressant un réquisitoire qui balaie le pouvoir d’achat, les services publics, l’emploi, les conditions de travail, l’agriculture, les transports, les infrastructures et les disparités régionales.
Dans un texte au ton ouvertement sarcastique publié mardi 22 septembre 2026 sur Facebook, le député a choisi de remercier ironiquement le gouvernement pour avoir, selon lui, « distribué la souffrance équitablement entre les Tunisiens » et veillé à ce que « personne ne soit oublié ».
Imed Aouled Jebril s’en est d’abord pris à l’érosion du pouvoir d’achat. Il a évoqué le citoyen qui entre dans un magasin avec une liste de courses et en ressort avec la moitié de ses achats après avoir constaté que son salaire ne lui permet plus de couvrir les besoins de sa famille.
Il a décrit également le fonctionnaire dont le salaire s’épuise avant même le milieu du mois et le travailleur qui, malgré une journée entière de labeur, reste incapable de faire face à ses dépenses.
Le député a inclus dans ce tableau les retraités qui ont cotisé pendant toute leur vie active et qui attendent désormais une éventuelle augmentation, « qui peut leur parvenir comme elle peut ne pas leur parvenir ».
Il a dénoncé aussi la situation des caisses sociales, confrontées aux déficits et à l’endettement, ainsi que les difficultés rencontrées par les citoyens pour régulariser une pension, une allocation ou une situation professionnelle. Il a déploré que certains soient contraints de multiplier les démarches auprès des différents guichets pour récupérer ce qu’il considère comme un droit financé par leurs propres cotisations, « comme s’ils demandaient une aumône ».
Le député s’est attardé ensuite sur les travailleurs de la sous-traitance et les familles concernées par ce système. Selon lui, celles qui attendaient l’application de la loi se retrouvent désormais confrontées à l’alternative entre la perte de leur emploi et l’incertitude quant à leur avenir.
Il a évoqué également des travailleurs qui attendent encore la régularisation de leur situation, tandis que les administrations, affirme-t-il, se renvoient les dossiers et les responsabilités.
Pour les jeunes, le constat dressé est tout aussi sévère : des diplômés confrontés au chômage, des compétences poussées vers l’émigration faute de perspectives et des porteurs de projets qui consacrent leur capital et leur temps aux autorisations, aux impôts et aux procédures administratives avant même de pouvoir commencer leur activité.
Les petites entreprises et les petits commerces ne sont pas épargnés dans son réquisitoire. Imed Aouled Jebril a évoqué les propriétaires de PME contraints de vendre leurs biens pour rembourser leurs dettes, ainsi que les artisans et commerçants qui, selon lui, ouvrent chaque matin leur boutique essentiellement pour pouvoir payer le loyer, l’électricité et les impôts.
Le député s’est attaqué aussi aux services publics de base. Il a décrit des citoyens qui se couchent sans eau et se réveillent devant un robinet qui laisse couler une eau « de la couleur de la terre », des familles contraintes de conserver des récipients en prévision de la prochaine coupure et des quartiers qui vivent au rythme des citernes et des promesses.
L’électricité fait également partie de ses critiques. Il a dénoncé les coupures intervenant en pleine période de forte chaleur, avec leurs conséquences sur les activités des citoyens et leurs équipements, avant de pointer, avec une formule particulièrement mordante, le fait que « le courant revient, mais que la responsabilité reste coupée ».
Même constat concernant les transports publics. Il a évoqué le citoyen qui attend un bus dont l’arrivée est incertaine ou qui peut tomber en panne, le travailleur qui arrive en retard malgré un départ matinal et des régions entières dans lesquelles le transport serait devenu, selon lui, « un privilège plutôt qu’un service public ».
Les infrastructures figurent également parmi les points développés par le député. Il a dénoncé des routes dont les nids-de-poule seraient devenus partie intégrante du paysage, des quartiers isolés par les pluies et des automobilistes contraints de faire réparer régulièrement leur véhicule faute, selon lui, d’entretien durable des routes.
À cela s’ajoute la question des déchets. Imed Aouled Jebril a décrit des quartiers encerclés par les détritus, les mauvaises odeurs, les insectes et la pollution, ainsi que des cours d’eau dont les responsables ne se souviendraient, affirme-t-il, qu’une fois les crues survenues.
Le logement constitue un autre volet de son intervention. Le député a noté que l’accès à un logement était devenu un rêve pour une partie des Tunisiens, tandis que les loyers absorbent une part croissante des revenus. Il a évoqué notamment les jeunes qui repoussent leur mariage parce que les conditions matérielles les plus élémentaires nécessaires à une installation seraient devenues hors de leur portée.
Le monde rural occupe également une place importante dans le réquisitoire. Le député est revenu sur la situation des agriculteurs confrontés à l’augmentation du prix des aliments pour bétail, des semences, des engrais et du carburant, avant de vendre leur production à un prix qui, selon lui, ne couvre même pas leurs coûts.
Il a souligné particulièrement la vulnérabilité des petits exploitants, pris entre sécheresse, endettement et pression des intermédiaires.
Ses critiques s’étendent aussi au secteur de la pêche. Il a évoqué le pêcheur qui rentre pour découvrir que le coût de sa sortie dépasse la valeur de sa prise, ainsi que la situation d’un système dans lequel « le producteur perd, l’intermédiaire gagne et le consommateur paie le prix le plus élevé ».
Il a attiré également l’attention sur les ouvrières agricoles, qui commencent leur journée avant tout le monde et la terminent après tout le monde, tout en empruntant, selon lui, des moyens de transport qui mettent leur vie en danger et sans bénéficier d’une véritable protection sociale.
Le député a dénoncé enfin les disparités entre les régions. Il a cité les territoires de l’intérieur qui attendent depuis des années des routes, de l’eau, des transports et des investissements. Selon lui, certains projets reviennent régulièrement dans les communiqués officiels sans pour autant apparaître concrètement sur le terrain.
Il a cité également une jeunesse privée d’espaces, des associations sportives confrontées à l’endettement et des infrastructures qui se dégradent. Quant aux sportifs, il a relevé que ceux-ci obtenaient leurs résultats grâce à leurs propres moyens, et les responsables n’apparaissent qu’ensuite « au premier rang pour la photo ».
Dans la dernière partie de son texte, Imed Aouled Jebril s’en est pris à ce qu’il qualifie de « chœur de défense des ministres ».
Il a dénoncé une mécanique de réponse qu’il juge systématique : lorsque la hausse du coût de la vie est évoquée, les critiques sont renvoyées aux « complots » ; lorsque des chiffres sont présentés, on leur opposerait « les intentions » ; lorsqu’une question est posée sur les réalisations, les réponses prennent la forme de photographies et de visites officielles.
Il a récusé également l’accusation selon laquelle critiquer le gouvernement reviendrait à s’en prendre à l’État. « Nous sommes avec l’État parce que l’État, c’est le peuple, les institutions et les droits », a-t-il affirmé, avant de distinguer explicitement l’État du gouvernement : « Nous demandons des comptes au gouvernement parce qu’il est responsable de la gestion de ces institutions et de la protection de ces droits. »
Pour le député, l’action publique ne peut être évaluée à l’aune des seuls discours. Il a rappelé que le citoyen « ne mange pas les communiqués », « ne boit pas les promesses », « ne se déplace pas avec les bonnes intentions » et « ne paie pas ses factures avec des déclarations ».
Imed Aouled Jebril a conclu sa charge sur une formule qui résume la logique de son intervention. Selon lui, le gouvernement aurait réalisé « un seul accomplissement que personne ne peut nier » : avoir fait de la hausse des prix, des coupures, de l’attente, de l’endettement et de la marginalisation un « dénominateur commun entre les Tunisiens ».
« Merci au gouvernement qui a disparu de la vie du citoyen et n’est présent que pour lui expliquer que tout va bien », a-t-il martelé.
N.J











Commentaire
Citoyen_H
LA PRÉSIDENTIELLE APPROCHE !
Ils veulent tous, leur part du gâteau !!