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Nejib Hachana : la rivalité entre grandes puissances fait peser de lourds risques sur le monde

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Par Myriam Ben Zineb

    L’ancien ambassadeur Nejib Hachana a livré, jeudi 24 septembre 2026, une lecture des bouleversements géopolitiques en cours, centrée sur la lutte entre les grandes puissances pour les zones d’influence et, en particulier, sur la rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine.

    Invité de Jawhara FM, l’ancien diplomate a estimé que le monde traversait un « épais brouillard géopolitique et géostratégique », marqué par une redistribution des rapports de force. Pour décrypter cette situation, il est revenu sur les grandes théories géopolitiques consacrées à l’Eurasie avant de les mettre en perspective avec les conflits actuels.

    L’Eurasie au cœur de la lutte pour la puissance

    Nejib Hachana a présenté la maîtrise de l’espace eurasiatique comme l’une des constantes de la compétition entre grandes puissances. Une logique ancienne qu’il a fait remonter à Napoléon avant d’évoquer les travaux du géographe britannique Halford Mackinder ainsi que ceux d’Alfred Mahan et Nicholas Spykman.

    Il s’est notamment attardé sur la théorie du « Heartland », le « cœur de la terre », et sur l’importance stratégique accordée à l’Europe orientale dans cette conception des rapports de force mondiaux.

    L’ancien ambassadeur a rappelé la théorie de Mackinder selon laquelle la puissance qui contrôle l’Europe orientale peut contrôler le Heartland, puis « l’île mondiale », vaste ensemble articulé autour de l’Europe et de l’Asie.

    Pour Nejib Hachana, cette grille de lecture permet également d’éclairer certains affrontements contemporains. Il a notamment établi un lien avec la guerre en Ukraine et la compétition autour de l’Europe orientale, mais aussi avec les stratégies des États-Unis, de la Russie et de la Chine.

    Cette lutte ne se limite toutefois pas au contrôle territorial. Elle concerne également, d’après lui, la puissance maritime, les détroits, les routes commerciales, l’énergie et les différents corridors permettant aux grandes puissances de projeter leur influence.

    Chine–États-Unis : une confrontation au cœur des tensions

    Nejib Hachana a replacé la rivalité sino-américaine dans une perspective historique. Il a expliqué que l’émergence d’une puissance capable de se rapprocher d’une puissance dominante avait, à plusieurs reprises, provoqué de profondes confrontations.

    Il a ainsi cité la montée en puissance de l’Allemagne face à la Grande-Bretagne avant la Première Guerre mondiale, celle de l’Allemagne et du Japon avant la Seconde Guerre mondiale, puis l’affrontement entre les États-Unis et l’Union soviétique pendant la guerre froide.

    Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, c’est la Chine qui réduit progressivement l’écart avec les États-Unis. Il a évoqué les projections de certains experts qui envisagent qu’elle puisse dépasser les États-Unis économiquement, voire militairement, à l’horizon 2030.

    Une telle évolution constituerait, d’après lui, un défi majeur pour Washington, mais également pour la place du dollar comme monnaie de réserve et d’échange internationale.

    « Si la Chine et les États-Unis ne parviennent pas à s’entendre sur le partage des zones d’influence, les conséquences seront graves pour l’ensemble du monde », a-t-il averti.

    Des guerres régionales sur fond de rivalité entre grandes puissances

    Pour l’ancien ambassadeur, les différents conflits qui secouent actuellement plusieurs régions ne peuvent être complètement dissociés de cette compétition entre puissances.

    Il a notamment cité le Moyen-Orient, l’Iran, Israël, la Palestine, l’Ukraine et le Soudan, considérant que ces foyers de tension traduisaient également des luttes d’influence entre les grands acteurs internationaux.

    Nejib Hachana a parlé de conflits régionaux et de guerres par procuration qui s’inscriraient, d’après son analyse, dans une confrontation mondiale plus large, sans pour autant constituer, à ce stade, une guerre mondiale généralisée.

    Concernant l’Ukraine, il a estimé que la confrontation dépassait le seul face-à-face entre Kiev et Moscou et qu’elle impliquait plus largement la Russie et l’Otan. Il a également décrit les conflits contemporains comme des « guerres hybrides », dans lesquelles interviennent simultanément les moyens militaires, le renseignement, la communication et d’autres instruments de puissance.

    Pétrole, détroits et Routes de la soie

    Nejib Hachana a également accordé une place importante à l’énergie dans la rivalité entre Washington et Pékin. L’essor industriel chinois repose, a-t-il expliqué, sur d’importants besoins énergétiques, faisant de la sécurisation des approvisionnements pétroliers et des voies d’acheminement un enjeu stratégique.

    D’après les chiffres avancés par l’ancien ambassadeur, la Russie constitue le premier fournisseur de pétrole de la Chine, avec une part d’environ 20 %, devant l’Arabie saoudite, l’Iran et le Venezuela. Ces quatre pays assureraient, d’après lui, près de 54 % des besoins pétroliers chinois.

    Il a dès lors insisté sur l’importance du détroit d’Ormuz pour Pékin et, plus largement, sur celle des grandes voies maritimes empruntées par le commerce chinois. Il a également relié ces enjeux aux Routes de la soie, qui comportent des axes terrestres et maritimes.

    Dans cette lecture, les tensions autour de l’Iran dépasseraient largement le seul rapport de force entre Washington et Téhéran. « La véritable cible, c’est la Chine », a affirmé Nejib Hachana, estimant que les pressions exercées sur l’Iran et sur les voies d’approvisionnement énergétique de Pékin devaient être replacées dans la compétition stratégique avec les États-Unis.

    Il a également estimé que le retour d’une forte présence américaine au Moyen-Orient répondait notamment à la volonté de contenir la montée en puissance chinoise et de préserver la puissance américaine ainsi que celle du dollar.

    « La force du droit » face au « droit de la force »

    Nejib Hachana a enfin opposé deux visions des relations internationales : celle qu’il attribue au président américain Donald Trump et celle défendue par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

    Il a décrit l’approche américaine comme fondée sur la souveraineté nationale, « America First », la défense des intérêts américains, les sanctions et l’utilisation de la puissance militaire, économique et technologique. Il a insisté sur le fait que cette orientation ne relevait pas, à ses yeux, du seul Donald Trump, mais plus largement de l’« establishment politique » américain.

    À l’inverse, il a présenté la vision de Guterres comme reposant sur un monde multipolaire mais interdépendant, dans lequel la multiplication des centres de puissance ne devrait pas conduire mécaniquement à la constitution de blocs ennemis.

    L’ancien ambassadeur a notamment insisté sur ce qu’il a appelé la « diplomatie des interdépendances » : même lorsqu’elles sont concurrentes, les grandes puissances restent liées par leurs intérêts économiques, énergétiques et technologiques ainsi que par leurs chaînes d’approvisionnement.

    Il a résumé la différence entre les deux approches par une formule de Guterres : « La force du droit doit l’emporter sur le droit de la force ».

    Pour Nejib Hachana, la grande interrogation des prochaines années ne sera donc pas seulement de savoir quelle puissance dominera, mais de déterminer si le nouvel ordre multipolaire pourra trouver un équilibre entre rapports de force, droit international, interdépendance et coopération multilatérale.

    Il a conclu en estimant que la capacité à trouver cet équilibre constituait l’une des principales batailles géopolitiques des années à venir.

    M.B.Z

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