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PLF 2027 : alléger la pression fiscale sans creuser le déficit, l’équation posée par Lotfi Ben Aïssa

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Par Imen Nouira

    Alléger la pression fiscale tout en préservant les ressources de l’État et ses engagements sociaux : l’équation s’annonce délicate dans le cadre du projet de Loi de finances 2027 (PLF 2027). Pour l’universitaire et expert en économie sociale et solidaire, Lotfi Ben Aïssa, le problème ne tient d’ailleurs pas uniquement au niveau des prélèvements, mais aussi à leur répartition et à une assiette fiscale qui laisse encore échapper une partie de l’activité économique.

    Invité, vendredi 25 septembre 2026, de Wassim Ben Larbi dans l’émission Expresso sur Express FM, M. Ben Aïssa a estimé que la Tunisie se trouvait face à une équation particulièrement difficile : réduire la pression fiscale sans fragiliser les ressources de l’État.

    Selon l’expert, la pression fiscale se situe actuellement autour de 25,5%. En y ajoutant les cotisations sociales, le niveau global des prélèvements atteindrait environ 35,5%.

    Et derrière chaque point retiré se cachent des centaines de millions de dinars à retrouver ailleurs : d’après ses estimations, un point de pression fiscale représente environ 470 millions de dinars.

    Une pression fiscale à 25,5%, mais une facture qui grimperait à 35,5% avec les cotisations sociales

    Lotfi Ben Aïssa a comparé le niveau de pression fiscale en Tunisie à une moyenne africaine qu’il situe autour de 16%. Mais réduire cette pression ne peut, selon lui, être envisagé indépendamment des dépenses que l’État doit continuer à assumer.

    Il a notamment cité le soutien aux produits de base, les engagements envers les caisses sociales et l’appui aux entreprises publiques. Autant de charges qui doivent continuer à être financées alors même que l’État cherche parallèlement à contenir son déficit budgétaire.

    L’universitaire a ainsi mis en garde contre un allégement des prélèvements qui ne serait pas accompagné de nouvelles sources de financement. Maintenir les engagements sociaux tout en diminuant les recettes fiscales, sans dégager de ressources alternatives, risquerait selon lui de faire repartir le déficit budgétaire à la hausse.

    Mais à ses yeux, le problème ne réside pas seulement dans le niveau des prélèvements. Il tient également à la manière dont l’effort fiscal est réparti.

    Derrière le niveau des impôts, Ben Aïssa pointe surtout leur répartition

    Lotfi Ben Aïssa a décrit une structure fiscale qu’il juge déséquilibrée. Il relève d’abord que les impôts directs représenteraient environ 41% des recettes fiscales, contre 59% pour les impôts indirects.

    Une répartition qui n’est pas neutre. Contrairement à l’impôt sur le revenu, dont les taux peuvent évoluer en fonction du revenu imposable, les taxes sur la consommation frappent l’achat indépendamment de la situation financière du consommateur. L’expert a notamment pris l’exemple d’un produit soumis à une TVA de 19% : le taux appliqué reste le même quel que soit le revenu de celui qui l’achète.

    Le déséquilibre se retrouverait également au sein des impôts directs. Selon les chiffres avancés par Lotfi Ben Aïssa, l’impôt sur le revenu en représenterait environ 68%, contre moins de 32% pour l’impôt sur les sociétés.

    Et l’expert descend encore d’un cran. Au sein de l’impôt sur le revenu, les salariés des secteurs public et privé représenteraient, selon lui, environ 68% des contributions. Les autres catégories de revenus — notamment les professions libérales, l’agriculture ou encore les revenus issus de participations financières — se partageraient le reste.

    La démonstration de Lotfi Ben Aïssa ne porte donc pas seulement sur le poids global de la fiscalité : elle pointe une concentration de l’effort sur certaines catégories de contribuables. Dans cette logique, alléger la pression fiscale ne peut se résumer à une diminution mécanique de certains taux sans s’interroger sur la répartition de la charge.

    Cette situation pèse également, selon lui, sur le secteur organisé, soumis aux obligations fiscales et sociales alors qu’une partie de l’activité économique évolue en dehors de ce circuit. Il a par ailleurs évoqué l’érosion du pouvoir d’achat des ménages dans un contexte inflationniste.

    À cette équation s’ajoute l’instabilité des règles fiscales. Lotfi Ben Aïssa a regretté que des mesures soient décidées dans une Loi de finances, puis modifiées ou remises en cause par la suivante. Ces changements successifs créent, selon lui, de l’incertitude pour les opérateurs économiques et compliquent aussi bien la création d’entreprises que la programmation de leurs investissements.

    Il estime ainsi que les mesures adoptées au fil des Lois de finances restent souvent partielles, se répètent d’un exercice à l’autre et ne modifient pas suffisamment le fonctionnement du système fiscal.

    Alléger ceux qui paient déjà suppose d’aller chercher ceux qui échappent à l’impôt

    Pour desserrer cette contrainte sans priver l’État de ressources, Lotfi Ben Aïssa plaide notamment pour un élargissement de l’assiette fiscale. Son raisonnement conduit directement vers deux dossiers : l’évasion fiscale et l’économie informelle.

    L’universitaire a toutefois insisté sur la nécessité de ne pas confondre systématiquement économie informelle et contrebande. Le secteur informel recouvre également des activités économiques ordinaires qui évoluent en dehors du circuit organisé et dont l’intégration nécessite, selon lui, une approche adaptée.

    L’objectif serait donc d’attirer progressivement ces activités vers le secteur formel afin qu’elles puissent contribuer aux recettes de l’État, tout en permettant aux personnes concernées d’accéder notamment à une couverture sociale et sanitaire.

    Lotfi Ben Aïssa estime parallèlement nécessaire de renforcer les moyens de lutte contre l’évasion fiscale et d’accélérer la numérisation de l’administration fiscale. Il a cité, dans ce cadre, l’expérience italienne pour illustrer l’ampleur des transformations pouvant être engagées lorsque la numérisation de l’administration fiscale relève d’une décision politique clairement assumée.

    Il a également remis sur la table une proposition régulièrement évoquée en Tunisie : le changement des billets de banque. Une telle opération, à condition d’être préparée et encadrée, pourrait selon lui permettre de ramener vers le circuit bancaire une partie des liquidités qui circulent actuellement en dehors de celui-ci et, à terme, de dégager des ressources financières et fiscales supplémentaires.

    L’expert ne préconise toutefois pas de traiter indistinctement tous les détenteurs de liquidités comme des fraudeurs. Il a notamment évoqué la nécessité de tenir compte de la situation du petit agriculteur ou du petit commerçant et de prévoir des mécanismes permettant l’ouverture de comptes et l’intégration progressive de ces fonds dans le circuit organisé.

    L’enjeu, dans son raisonnement, est moins de récupérer ponctuellement des liquidités que d’intégrer durablement de nouveaux acteurs dans l’économie formelle afin qu’ils contribuent ensuite au financement du budget de l’État.

    À l’approche du PLF 2027, l’équation posée par Lotfi Ben Aïssa dépasse donc la simple baisse des prélèvements. Pour alléger la pression sur ceux qui contribuent déjà sans réduire les engagements sociaux ni creuser le déficit, encore faut-il élargir l’assiette et mieux répartir l’effort fiscal. Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir combien retirer à la pression fiscale, mais où retrouver les recettes correspondantes.

    I.N.

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