L’économie tunisienne semble amorcer une phase de redressement, portée par plusieurs secteurs d’activité et confortée par l’amélioration de certains indicateurs macroéconomiques. Mais cette embellie demeure fragile et ne saurait occulter les défis structurels auxquels le pays reste confronté. C’est l’analyse développée par le professeur de droit bancaire Mohamed Nekhili, intervenant sur les ondes de la Radio nationale, lundi 28 septembre 2026.
Selon lui, la dynamique de reprise s’était notamment traduite par une croissance de 2,6% au premier trimestre 2026. Le dernier scénario évoqué par la Banque mondiale table, pour sa part, sur une croissance annuelle de 2,3% en 2026, avant un ralentissement à 2,1% en 2027 et 2028.
Cette amélioration relative s’appuie sur plusieurs moteurs. L’agriculture, les industries mécaniques et électriques ainsi que le tourisme figurent parmi les secteurs ayant contribué au redressement de l’activité. La campagne oléicole a notamment affiché de meilleures performances, avec une progression évoquée de 41,3% des quantités produites.
La situation extérieure constitue également un point d’appui pour l’économie tunisienne. Les réserves en devises auraient atteint environ 25,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 104 jours d’importation.
Les recettes touristiques et les revenus transférés par les Tunisiens résidant à l’étranger ont, eux aussi, continué de soutenir les équilibres extérieurs. Ces recettes ont dépassé 11,6 milliards de dinars, enregistrant une progression de 5,14% sur la période considérée.
Pour Mohamed Nekhili, ces indicateurs témoignent d’une amélioration de la situation, mais ils ne doivent pas masquer les tensions persistantes qui pèsent sur l’économie réelle.
Parmi les principaux points de vigilance figure le décalage entre l’évolution des salaires et celle du coût de la vie. Le pouvoir d’achat demeure ainsi au cœur des préoccupations, tandis que la pression fiscale continue de peser sur les acteurs économiques.
Les petites et moyennes entreprises apparaissent particulièrement vulnérables. Selon le professeur Nekhili, nombre d’entre elles restent confrontées à des difficultés de trésorerie, malgré l’amélioration progressive de la conjoncture.
À ces contraintes s’ajoutent des enjeux de long terme, dont certains pourraient peser lourdement sur la croissance future. La question hydrique s’impose notamment comme l’un des dossiers économiques majeurs des prochaines décennies.
La Tunisie dispose aujourd’hui d’environ 980 mètres cubes d’eau par habitant et par an, un niveau inférieur au seuil mondial communément retenu pour caractériser le stress hydrique. Pour Mohamed Nekhili, cette situation ne relève plus uniquement d’une problématique environnementale : elle constitue désormais un véritable enjeu économique.
Les projections de la Banque mondiale citées par l’universitaire indiquent que les effets de la pénurie d’eau pourraient, en l’absence de mesures adaptées, réduire le PIB tunisien de 6,4% à l’horizon 2050.
Le pays a néanmoins engagé une planification à long terme à travers son Plan national de l’eau à l’horizon 2050, qui prévoit d’importants investissements. Les besoins annuels pourraient atteindre quelque 900 millions de dollars, notamment pour développer les infrastructures hydrauliques, améliorer les réseaux et renforcer l’efficacité de la gestion de la ressource.
Pour l’universitaire, l’eau et l’énergie constituent désormais deux dossiers indissociables et stratégiques pour la compétitivité future de la Tunisie.
Sur le front de l’emploi, la tendance est plus favorable avec un recul du taux de chômage au cours des derniers mois. Mais derrière cette amélioration globale se cache une difficulté persistante : le chômage demeure particulièrement élevé parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.
Pour Mohamed Nekhili, cette situation renvoie directement à la question de l’adéquation entre le système de formation et les besoins réels de l’économie.
Il a préconisé ainsi de renforcer la place de la formation professionnelle et des filières techniques, en les rapprochant davantage des besoins exprimés par les entreprises. Il a souligné notamment les taux d’insertion élevés associés à certaines formations professionnelles, évoquant un niveau pouvant atteindre 90 % dans certaines filières.
Le défi, selon lui, n’est plus seulement de multiplier les diplômés, mais de faire correspondre leurs compétences aux transformations du marché du travail.
Le professeur Nekhili a appelé ainsi à une meilleure articulation entre l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, les entreprises et les laboratoires de recherche. Les cursus devraient davantage intégrer les compétences recherchées par les employeurs, tandis que les diplômés devraient pouvoir compléter leur formation académique par des compétences professionnelles directement valorisables.
Cette évolution suppose également une coopération plus étroite entre les établissements de formation et le tissu économique, afin d’anticiper les besoins en compétences plutôt que de constater, a posteriori, le décalage entre l’offre de travail et la demande des entreprises.
Pour Mohamed Nekhili, la Tunisie se trouve ainsi à un moment charnière : la reprise actuelle offre des signes encourageants, mais sa consolidation dépendra de la capacité du pays à traiter simultanément ses contraintes économiques, hydriques, énergétiques et celles liées à l’emploi et aux compétences.
N.J










