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Agrumes : Nabeul s’apprête à récolter moins et à vendre plus cher

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Par Nadya Jennene

    Le coup d’envoi de la campagne des agrumes a été donné depuis plus d’une semaine dans le gouvernorat de Nabeul, avec l’arrivée progressive sur les marchés des variétés précoces, notamment la Clémenrubi et la Marisol. Mais derrière ce démarrage en douceur se profile une saison moins généreuse : la production pourrait reculer d’environ 10% par rapport à la précédente campagne.

    Selon le président de l’Union locale de l’agriculture et de la pêche de Béni Khalled, Béchir Aounallah, cité lundi 28 septembre 2026 par la Tap, la récolte de la saison dernière avait atteint environ 270.000 tonnes dans le gouvernorat de Nabeul, sur un total national de 350.000 tonnes. La production régionale pourrait ainsi s’établir cette année autour de 243.000 tonnes, si cette première estimation se confirme.

    Une récolte sous pression

    Cette baisse annoncée s’explique par une conjonction de facteurs qui ont fortement éprouvé les exploitations. Les coupures d’eau d’irrigation, mais aussi les interruptions répétées de l’électricité, ont affecté les vergers, particulièrement ceux qui dépendent des eaux du Nord.

    À cela s’est ajoutée la vague de chaleur de l’été, qui a provoqué la chute d’une partie des fruits. Les exploitants disposant de leurs propres ressources hydriques, notamment des puits de surface, ont en revanche été moins exposés aux difficultés d’irrigation.

    Cette pression climatique et hydrique intervient alors que la filière était déjà fragilisée. À l’automne 2025, les professionnels de Nabeul avaient déjà alerté sur les difficultés de commercialisation et sur les problèmes phytosanitaires, notamment la prolifération de la cératite, au moment où la campagne précédente se préparait.

    Le phénomène de dépérissement rapide des agrumes constitue également une menace structurelle. Quelque 5.000 hectares de vergers auraient ainsi été arrachés dans les délégations de Menzel Bouzelfa et Béni Khalled.

    Malgré ces difficultés, de nouvelles zones de production ont émergé à Takelsa, Haouaria ainsi que dans les régions de Halfaa et Béni Khiar. Béni Khalled conserve toutefois sa position de premier bassin agrumicole du pays, avec une production estimée à 53.000 tonnes.

    Cette performance s’explique notamment par l’entrée en production de nouveaux vergers implantés dans les zones d’El Wahchi et d’El Maznine.

    Des prix encourageants, mais l’épineuse question de l’écoulement

    Côté prix, le tableau est pour l’heure plus favorable aux producteurs. Les agrumes actuellement commercialisés se négocient entre 4 et 10 dinars le kilogramme, des niveaux jugés encourageants par Béchir Aounallah.

    Ces prix devraient permettre aux agriculteurs de couvrir leurs coûts et, dans une certaine mesure, de compenser les pertes liées au recul de la production. Reste toutefois une condition déterminante : que l’approvisionnement du marché intérieur demeure régulier et que la commercialisation ne devienne pas, comme lors de précédentes campagnes, un nouveau goulet d’étranglement.

    La question de l’écoulement est d’autant plus sensible que la filière a déjà connu d’importantes difficultés. En novembre 2025, les producteurs de Nabeul dénonçaient notamment l’absence de circuits de commercialisation suffisamment fluides et réclamaient la création de nouvelles infrastructures, dont un marché de gros à Béni Khalled.

    Pour les professionnels, la campagne ne peut toutefois pas être pensée uniquement à travers le marché local. L’exportation doit être préparée dès maintenant, a souligné le responsable agricole, alors que les volumes exportés lors de la précédente campagne n’auraient pas dépassé 4.000 tonnes, très loin des ambitions affichées auparavant.

    Le potentiel existe pourtant. La Maltaise, fleuron des agrumes tunisiens, reste particulièrement tournée vers le marché français, qui absorbe traditionnellement l’essentiel des volumes exportés.

    Au-delà de la commercialisation, l’enjeu est donc désormais de préserver une filière qui demeure stratégique pour le Cap Bon et pour l’agriculture tunisienne. Nabeul représente à elle seule environ 75% de la production nationale d’agrumes, un secteur qui fait vivre directement ou indirectement près de 20.000 personnes.

    Pour les professionnels, la réponse ne peut plus se limiter à des mesures ponctuelles. Ils appellent à une stratégie globale associant renouvellement des vergers, sécurisation de l’irrigation, mécanismes de financement, commercialisation, exportation et transformation industrielle, afin de redonner un second souffle à une filière confrontée simultanément au stress hydrique, au changement climatique et à des fragilités structurelles.

    N.J

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