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Crise de la Cnam : C’est le patient qui finit par payer la facture, alerte Boubaker Ben Yahia

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Par Nadya Jennene

    La crise des caisses sociales ne se résume plus à une question comptable. Elle menace désormais toute la chaîne de prise en charge médicale, des caisses sociales aux établissements de santé, en passant par les médecins, les pharmaciens, les fournisseurs de médicaments et, en bout de chaîne, les patients. 

    Invité sur les ondes d’Express FM mercredi 30 septembre 2026, le député Boubaker Ben Yahia a dressé un état des lieux particulièrement préoccupant de cette situation, tout en appelant à une réforme structurelle et non à de simples solutions ponctuelles.

    Pour le député, la crise actuelle des caisses sociales n’est pas insurmontable. Il a rappelé avoir connu, au cours de ses trente années d’activité professionnelle au sein de la CNRPS, une précédente crise dont le système avait fini par sortir, non sans difficultés.

    Selon Boubaker Ben Yahia, le problème ne réside pas uniquement dans le manque de ressources. Il tient également à l’organisation et à la circulation des financements entre les différents organismes sociaux.

    Le député a pointé notamment les difficultés dans le transfert des cotisations dues à la Cnam par la CNSS et la CNRPS, citant notamment une contribution de 6,75% pour certains affiliés et de 4% pour les fonctionnaires, qui devrait être transférée à la Cnam.

    Or, selon lui, ces transferts ne s’effectuent pas toujours de manière fluide. « Il y a un problème administratif, un problème de gouvernance et un problème de structure que nous devons régler aujourd’hui », a-t-il expliqué estimant que les caisses doivent être réorganisées afin de permettre une circulation plus régulière des fonds.

    Le député a insisté également sur la nécessité d’une clarification des rôles des différentes caisses et des flux financiers pour éviter que les difficultés d’une caisse ne se répercutent sur les autres.

    Revenant sur les dettes accumulées envers la Cnam, Boubaker Ben Yahia a communiqué des chiffres inquiétants. Interrogé sur les montants dus à la Cnam par les établissements de santé, le député a avancé un montant dépassant 2,2 milliards de dinars pour les hôpitaux publics.

    À cela s’ajoutent, selon ses déclarations, environ 80 millions de dinars dus par les médecins du secteur privé et près de 180 millions de dinars dus par les pharmacies.

    Le député a appelé ainsi à regarder la situation comme un système interdépendant : lorsque la Cnam ne règle pas ses prestataires, ceux-ci rencontrent à leur tour des difficultés à payer leurs propres fournisseurs.

    La Cnam doit payer les prestataires de soins. Ces derniers doivent régler leurs fournisseurs. La Pharmacie centrale doit, de son côté, honorer ses engagements auprès des fournisseurs de médicaments, lesquels doivent eux-mêmes assurer leurs approvisionnements. Lorsque les retards s’accumulent à un niveau, ils finissent donc par se propager à l’ensemble de la chaîne.

    Pour Boubaker Ben Yahia, cette mécanique financière ne reste pas confinée aux comptes des caisses sociales. Elle finit par toucher directement le citoyen. « Le patient, en fin de compte, est celui qui paie la facture », a-t-il insisté. 

    Il a ainsi appelé les ministères de la Santé et des Affaires sociales à revoir la liste des maladies prises en charge par la Cnam ainsi que les protocoles thérapeutiques. Selon lui, certaines pathologies ne figurent plus dans les dispositifs actuels alors que la liste n’aurait pas été révisée depuis plusieurs années.

    Autre signal d’alerte évoqué au cours de l’interview : l’allongement des délais de paiement.

    Boubaker Ben Yahia a expliqué que les médecins du secteur privé étaient auparavant payés par la Cnam dans un délai d’environ trois mois. Ce délai serait désormais passé à six, voire sept mois. Ce décalage crée mécaniquement une accumulation de dettes.

    Pour le député, les réunions entre les différents secteurs, les négociations avec la Cnam et les ministères ou encore les interventions au plus haut niveau de l’État peuvent permettre de calmer temporairement la situation, mais elles ne constituent pas une véritable réforme.

    Il a évoqué notamment les discussions menées avec les pharmaciens, les médecins et les établissements de santé : les différents acteurs peuvent accepter de patienter ou de supporter temporairement une partie des retards, mais à condition que la dette ne continue pas à augmenter.

    Cette dynamique pourrait, selon lui, finir par réduire les ressources réellement disponibles pour les prestations médicales et affecter directement la qualité et la continuité des services proposés aux citoyens.

    Au-delà de la crise de liquidité, Boubaker Ben Yahia a appelé à engager une réflexion plus profonde sur l’avenir des caisses sociales. La diversification des ressources ne doit pas se substituer à une réforme des mécanismes fondamentaux de financement, selon ses dires. 

    Le député a évoqué, dans ce sens, une proposition présentée par le ministère des Affaires sociales visant à diversifier les sources de financement des caisses. Une mesure susceptible de générer, selon les estimations présentées, environ 800 millions de dinars, mais qui ne saurait, à elle seule, régler le problème structurel, selon Boubaker Ben Yahia. 

    Pour lui, le débat ne peut plus se limiter à la présentation de rapports ou à l’annonce de mesures ponctuelles. Il doit porter sur le fonctionnement global du système : ressources, dépenses, gouvernance, transferts entre caisses, délais de paiement et prise en charge des patients.

    Il a notamment réclamé davantage de visibilité de la part du gouvernement notant que le Parlement s’attend à une véritable feuille de route concernant la réforme des caisses sociales, avec des objectifs précis et un calendrier identifiable. 

    N.J

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