La facturation électronique continue de susciter des réserves au sein du corps médical tunisien. La Conseil national de l’Ordre des médecins maintient son opposition à l’application du dispositif au secteur de la santé dans sa forme actuelle, en mettant notamment en avant la protection du secret professionnel et des données personnelles des patients.
Intervenant mardi 6 octobre 2026 sur les ondes d’Express FM, le Dr Kais Nouira, membre du Conseil national de l’Ordre des médecins, a précisé que les médecins ne s’opposaient ni à la numérisation ni à la modernisation des procédures administratives, rappelant que la profession médicale est déjà soumise à un cadre réglementaire et à des obligations de déclaration.
Selon lui, le désaccord porte essentiellement sur la manière dont la facturation électronique est conçue et sur son adéquation avec les spécificités de la profession médicale.
Pour le Dr Nouira, une première difficulté réside dans le cadre juridique du dispositif. Il a rappelé que la médecine est une profession libérale non commerciale et que l’assimilation des médecins à de simples prestataires de services pose problème. Il a noté que cette particularité devrait être davantage prise en compte dans la conception du système de facturation électronique.
Le représentant de l’Ordre a souligné par ailleurs que l’administration fiscale dispose déjà de plusieurs mécanismes permettant de suivre les revenus des médecins. Il a jugé donc nécessaire de privilégier une fiscalité adaptée aux caractéristiques du secteur plutôt que d’ajouter des procédures administratives susceptibles, selon lui, d’alourdir davantage le travail des praticiens.
Au-delà de la question fiscale, c’est surtout la confidentialité des informations médicales qui inquiète l’Ordre des médecins.
Le Dr Nouira a affirmé que la relation entre le médecin et son patient repose sur la confiance et sur l’obligation de préserver le secret professionnel. Or, selon lui, certaines modalités envisagées pour la facturation électronique pourraient entraîner la transmission d’informations permettant d’identifier le patient et, potentiellement, la nature de la consultation ou des soins.
Pour l’Ordre, l’enjeu dépasse ainsi la seule question technique. Il s’agit de préserver la relation de confiance entre le patient et son médecin.
Plutôt qu’une intégration directe du secteur médical dans un dispositif général, l’Ordre des médecins défend la mise en place d’une solution adaptée aux spécificités du secteur de la santé.
Le Dr Nouira a indiqué avoir proposé la création d’une plateforme dédiée, permettant notamment de sécuriser les échanges et de garantir la confidentialité des données médicales.
Il a par ailleurs reconnu que la fiscalité constitue une préoccupation importante pour de nombreux médecins et que la pression fiscale a déjà contribué, selon lui, au départ de certains praticiens à l’étranger.
Il a alerté, dans ce sens, sur le vieillissement du corps médical tunisien. Selon lui, l’âge moyen des médecins atteindrait actuellement environ 61 ans, une situation qu’il qualifie de préoccupante pour l’avenir du système de santé.
« Ce qui est inquiétant aujourd’hui le sera davantage demain », a-t-il conclu, estimant que la diminution progressive du nombre de médecins en activité pourrait devenir un enjeu majeur dans les prochaines années.
N.J










