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Journée mondiale de la santé mentale : l’urgence tunisienne derrière les chiffres

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Par Raouf Ben Hédi

    À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée le 10 octobre, l’Organisation mondiale de la santé en Tunisie (OMS) et la Société tunisienne de psychologie appellent à mieux écouter les personnes en souffrance psychique, sans jugement ni stigmatisation. Un message qui résonne particulièrement en Tunisie, où les spécialistes alertent sur la progression des troubles dépressifs et la dégradation du bien-être psychologique.

    Écouter sans interrompre, accueillir la parole sans minimiser la douleur, prendre au sérieux une souffrance qui ne se voit pas toujours : pour le bureau de l’OMS en Tunisie, le soutien psychologique commence souvent par ces gestes simples, trop souvent négligés.

    Dans un message de sensibilisation publié à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, l’OMS rappelle que les personnes traversant une période psychologiquement difficile ont avant tout besoin d’être entendues, sans jugement ni critique. L’organisation insiste également sur l’importance de les encourager, lorsque cela est nécessaire, à solliciter une aide spécialisée, rappelant que demander un soutien psychologique n’est pas un signe de faiblesse.

    L’OMS adresse aussi un message aux décideurs et aux professionnels de la santé mentale. Les personnes vivant avec des troubles psychiques doivent être pleinement associées à la conception des services, à l’élaboration des politiques et aux décisions qui affectent leur quotidien. Leur expérience ne saurait être reléguée au second plan ; elle constitue une connaissance essentielle pour mieux répondre à leurs besoins.

    Faire entendre celles et ceux qui vivent la souffrance psychique

    La Société tunisienne de psychologie défend une approche similaire. Dans sa publication consacrée à cette journée mondiale, elle reprend le thème de la campagne de 2026 : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ».

    L’objectif est de faire une place réelle à la parole des personnes concernées par des problèmes de santé mentale, en reconnaissant leur vécu comme une forme d’expertise à part entière. Il ne s’agit donc pas seulement de parler de ces personnes, mais aussi de les écouter et de les associer aux décisions qui les concernent.

    Derrière cet appel se dessine un enjeu qui dépasse la seule sensibilisation. La santé mentale ne peut se résumer à la prise en charge médicale des troubles. Elle suppose aussi de lutter contre les préjugés, de faciliter l’accès à l’accompagnement psychologique et de construire des réponses adaptées aux réalités vécues par les patients.

    En Tunisie, cette exigence prend un relief particulier au regard des signaux d’alerte régulièrement lancés par les spécialistes.

    Dépression : des chiffres qui interpellent en Tunisie

    En janvier 2026, le professeur agrégé en psychiatrie à l’hôpital Razi, Amine Larnaout, faisait état d’une progression importante des consultations et des diagnostics liés à la dépression depuis 2020. Il indiquait alors que les dernières études scientifiques estimaient la prévalence de la dépression à environ 13 % de la population tunisienne.

    Le spécialiste évoquait plusieurs facteurs susceptibles de peser sur la santé psychologique des Tunisiens : les difficultés financières des ménages, les pressions sociales et l’instabilité politique, dans un contexte marqué par l’accumulation des incertitudes et des tensions du quotidien.

    Le constat est également préoccupant lorsqu’on le rapproche des données internationales. Selon le classement de World Population Review, la Tunisie figure au quatrième rang mondial parmi les pays affichant les taux les plus élevés de troubles dépressifs.

    Le psychiatre Ghassen Omri, également rattaché à l’hôpital Razi, dressait un tableau tout aussi préoccupant en septembre 2026. Il décrivait des Tunisiens à cran, confrontés à des conditions difficiles, et signalait une forte hausse du nombre de patients hospitalisés ainsi qu’une affluence croissante dans les consultations psychiatriques.

    Ces constats ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer toute la complexité de la situation. Ils soulignent néanmoins l’importance de considérer la santé mentale comme un enjeu de santé publique, et non comme une affaire strictement individuelle.

    Écouter, mais aussi agir

    L’appel de l’OMS rappelle que le soutien psychologique ne commence pas nécessairement dans un cabinet médical. Il peut commencer dans l’entourage, par une question sincère, un espace laissé à la parole et la volonté de ne pas réduire la souffrance de l’autre à un manque de volonté ou à une faiblesse de caractère.

    Mais l’écoute ne saurait remplacer les réponses institutionnelles. Face aux difficultés psychologiques, il faut également pouvoir accéder à un accompagnement adapté, être orienté vers des professionnels et bénéficier de services capables de répondre aux besoins réels des personnes concernées.

    C’est précisément le sens du message porté cette année par l’OMS et la Société tunisienne de psychologie : reconnaître la souffrance, écouter celles et ceux qui la vivent et leur donner une place dans les décisions qui les concernent. Derrière les statistiques, les consultations et les hospitalisations, il y a des personnes dont la détresse ne se résume pas à un chiffre.

    R.B.H

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