L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a largement remporté dimanche la primaire de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle en France, où il a la lourde tâche de faire peser ses idées dans la campagne face à l’extrême droite et à la gauche radicale.
Le dirigeant du parti Place publique a rassemblé plus de 66 % des voix dès le premier tour d’une élection primaire qui a réuni 120.787 votants, loin devant ses concurrents parmi lesquels figuraient le chef du Parti socialiste Olivier Faure et l’ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal.
Dans son premier discours après les résultats, l’eurodéputé de 46 ans s’est présenté comme « le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre notre ennemi de toujours, l’extrême droite ».
« Ma première responsabilité, c’est de rassembler, rassembler toute la famille socialiste, rassembler ensuite toute la famille de la gauche démocratique (…) Notre véritable adversaire, c’est l’extrême droite et nous allons nous unir pour partir au combat et empêcher les trumpistes, les poutinistes, les xénophobes et les démagogues de s’emparer de la République« , a-t-il affirmé.
Invité du journal télévisé de la chaîne publique France 2, le candidat a savouré sa large victoire, alors que beaucoup lui promettaient qu’il allait « (se) noyer dans cette bataille ».
« La gauche démocratique est de retour et elle va gagner l’élection présidentielle« , a-t-il promis, lançant un appel en direction de « tous les citoyens écologistes, humanistes qui regardent la catastrophe arriver et qui sont saisis d’effroi« .
Appel lancé également en direction de l’ancien président socialiste François Hollande, qui a félicité le candidat selon son entourage : « il est le bienvenu dans cette dynamique« , a-t-il souligné.
Les sondages pour la présidentielle des 18 avril et 2 mai le créditent actuellement de 10 à 12 % des intentions de vote, loin derrière la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, donnée grande favorite, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron Edouard Philippe (centre-droit) et le chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.
Politicien atypique, intellectuel défenseur des droits de l’Homme, de l’Europe et de l’Ukraine, Raphaël Glucksmann a émergé ces dernières années dans le paysage de la gauche modérée française.
C’est depuis le Parlement européen, où il est élu depuis 2019, qu’il a construit son ambition présidentielle. Par deux fois, il a mené une liste commune entre son petit parti Place publique, dont il a été l’un des fondateurs en 2018, et le Parti socialiste aux élections européennes.
– « Hors-sol » –
Ses contempteurs lui reprochent souvent d’être trop éloigné des réalités des Français.
A l’accusation d’être « trop parisien » ou « hors-sol », cet essayiste nourri d’internationalisme rappelle son expérience comme documentariste sur le génocide des Tutsi au Rwanda puis sur la révolution orange en Ukraine en 2004, ou comme conseiller de l’ex-président géorgien Mikheïl Saakachvili de 2008 à 2012.
« Ma parole et ma vision du monde ne se sont pas forgées à Davos ou Washington, mais dans des lieux dont je ne sais si vous pouvez soupçonner la désolation« , rétorque l’eurodéputé, fils du philosophe André Glucksmann.
Il a multiplié pendant l’été les déplacements dans les régions françaises et revendique un projet ancré à gauche, cherchant à concilier transition écologique et progrès social.
Mais il exclut farouchement toute alliance avec le parti de la gauche radicale La France insoumise (LFI). Il a qualifié en mars Jean-Luc Mélenchon de « Jean-Marie Le Pen de notre époque », en référence au fondateur du parti d’extrême droite française, connu pour ses saillies antisémites.
Le tribun de LFI venait, lors d’un meeting, de plaisanter sur la prononciation de son nom de famille issu d’une famille juive ashkénaze, comme il l’avait fait avec d’autres patronymes à consonance juive.
– Grand-père espion –
Il semble loin le temps de sa première campagne européenne, en 2019 (6,19 %), où Raphaël Glucksmann semblait mal à l’aise, prêtant déjà le flanc aux critiques sur une prétendue déconnexion du terrain. Lui-même le reconnaissait, il était « mauvais », mais il a « travaillé » et son mandat d’eurodéputé l’a « transformé ».
Il s’est finalement imposé comme incontournable dans un espace social-démocrate en panne d’incarnation.
L’Europe, c’est « le combat de ma vie », répète à l’envi l’eurodéputé au regard parfois exalté, qui s’est fait connaître à Bruxelles pour son combat pour la défense des Ouïghours, minorité musulmane persécutée en Chine, et pour sa fermeté vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine.
Son grand-père, Rubin Glucksmann, né dans l’actuelle Ukraine, avait été espion soviétique en Allemagne, avant de fuir en France à l’arrivée au pouvoir des nazis.
Ardent défenseur de l’Ukraine de Volodymyr Zelensky, il est critiqué, notamment par LFI, pour son compagnonnage passé avec Mikheil Saakachvili, aux idées libérales et aujourd’hui poursuivi par la justice.
En Géorgie, Raphaël Glucksmann avait rencontré la mère de son premier fils, Eka Zgouladze, une ancienne ministre.
Aujourd’hui avec la journaliste star Léa Salamé, il forme l’un des couples les plus en vue de la scène politico-médiatique.
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