L’économiste Moez Soussi a mis en garde, mardi 13 octobre 2026, contre la progression de la fiscalité indirecte en Tunisie et ses conséquences sociales. Intervenant dans l’émission « Sbeh El Ward », présentée par Hatem Ben Amara, il a également évoqué la baisse des réserves en devises, l’aggravation du déficit commercial et la hausse des dépenses de subvention, dans un contexte marqué par l’augmentation du prix du pétrole et la remontée du dollar.
L’économiste a notamment attiré l’attention sur l’évolution de la structure des recettes fiscales. Selon les chiffres qu’il a présentés, la fiscalité indirecte a progressé de plus de 50% par rapport à 2025 et dépasse désormais la fiscalité directe. Pour Moez Soussi, cette évolution soulève la question de l’équité fiscale, la fiscalité indirecte pesant sur la consommation et pouvant affecter davantage les ménages disposant de revenus modestes.
Il a estimé que la réponse à ces déséquilibres devait passer par un État social fondé sur une plus grande justice fiscale, afin de mieux répartir la charge de l’impôt entre les différentes catégories de contribuables.
Sur le plan extérieur, Moez Soussi a également signalé un recul des réserves en devises de la Tunisie. Celles-ci couvriraient environ 93 jours d’importation, contre 105 jours à la même période de l’année précédente, selon les données citées lors de son intervention. Cette évolution intervient alors que les équilibres extérieurs restent soumis à plusieurs pressions, notamment le coût des importations énergétiques et les fluctuations des principales devises.
L’économiste a particulièrement insisté sur les conséquences de la hausse du dollar pour les finances tunisiennes. Le remboursement d’une partie importante de la dette extérieure et les achats de pétrole étant effectués en dollars, l’appréciation de cette monnaie renchérit les engagements financiers et la facture énergétique du pays. L’euro peut également avoir des effets sur les coûts extérieurs, a-t-il souligné, mais une hausse du dollar représente, selon lui, une pression particulièrement importante compte tenu de l’exposition de la Tunisie à cette devise.
Moez Soussi a par ailleurs identifié la facture énergétique comme l’un des principaux facteurs de l’aggravation du déficit commercial. La hausse du prix du pétrole augmente le coût des importations et exerce une pression supplémentaire sur les équilibres financiers du pays.
Les chiffres avancés par l’économiste illustrent l’ampleur de cette évolution. Au cours des six premiers mois de 2026, le prix moyen du baril aurait atteint 92,6 dollars, contre 63,3 dollars initialement retenus comme référence. Cet écart alourdit les dépenses nécessaires à l’approvisionnement énergétique et complique l’exécution du budget.
Les dépenses de subvention ont ainsi augmenté de 12% par rapport au premier semestre 2025, selon les données citées par Moez Soussi. Elles auraient atteint 3.486 millions de dinars au cours des six premiers mois de 2026. Sur ce total, les subventions consacrées aux carburants se seraient élevées à 2.427 millions de dinars.
L’économiste a également évoqué les dépenses supplémentaires liées à l’évolution du prix du pétrole, qui pèseraient sur le budget de l’État. Il a précisé que la hausse des dépenses ne concernait pas uniquement les carburants, mais s’inscrivait dans un contexte plus large d’augmentation des transferts sociaux.
Ces derniers auraient progressé de plus de 2.221 millions de dinars par rapport à la même période de 2025, selon les chiffres rapportés lors de l’émission. Les données détaillées du rapport d’exécution du budget permettront de préciser la répartition de ces dépenses et leur incidence sur les finances publiques.
Sur le plan touristique, Moez Soussi a également fait état d’une amélioration des recettes touristiques en août 2026, tout en estimant que cette progression restait peu marquée. Il a notamment évoqué le recul des visites de touristes algériens et libyens, deux marchés régionaux importants pour la destination tunisienne. Selon lui, ces visiteurs devraient bénéficier d’une attention particulière compte tenu de leur contribution à l’activité touristique.
S’agissant des perspectives, Moez Soussi a indiqué que l’accélération de la réalisation des grands projets constituait l’un des objectifs du budget de 2027. Il a également évoqué une baisse attendue du service de la dette extérieure au cours de l’année prochaine, une évolution qui pourrait contribuer à alléger les contraintes pesant sur les finances publiques.
R.A.











