Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a livré, samedi 17 octobre 2026, un discours particulièrement critique à l’égard des choix politiques du pouvoir, lors de la marche nationale organisée à Tunis à l’appel de plusieurs organisations nationales et composantes de la société civile. Il a notamment dénoncé la concentration des pouvoirs, la marginalisation des forces politiques et sociales et l’absence de dialogue.
S’adressant aux manifestants, Slaheddine Selmi a affirmé que la crise traversée par le pays ne pouvait être réduite à des difficultés économiques ou à un manque de ressources et de compétences.
« La crise tunisienne n’est pas une crise de chiffres et de ressources, ni une simple crise conjoncturelle. C’est avant tout une crise de monopolisation du pouvoir », a-t-il déclaré, mettant en cause des choix politiques qu’il a qualifiés d’erronés, de populistes et d’arrogants.
Une critique de l’exclusion et de la concentration des pouvoirs
Le responsable syndical a estimé que la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne ne pouvait garantir une gouvernance efficace. Il a également critiqué la marginalisation des partis politiques, des organisations nationales et des associations, ainsi que les restrictions visant, d’après lui, les voix critiques.
Revenant sur les cinq années écoulées depuis le 25 juillet 2021, il a considéré que les promesses de réforme des institutions, de justice et de dignité n’avaient pas été concrétisées.
Il a notamment dénoncé une logique politique dans laquelle la contestation serait assimilée à une menace et l’opposition à une forme de trahison.
Pour Slaheddine Selmi, l’exclusion des compétences et des forces politiques et sociales ne permet pas de résoudre les difficultés du pays, mais contribue au contraire à leur accumulation. Il a ainsi insisté sur la nécessité de permettre aux citoyens et aux différentes composantes de la société de participer aux décisions publiques, à leur évaluation et au contrôle de l’action des gouvernants.
Il a également défendu le principe d’un pouvoir soumis à la reddition des comptes, estimant que la fermeture du champ politique et l’absence de dialogue ne pouvaient constituer une réponse durable aux difficultés nationales.
Justice, libertés et droits sociaux
Le secrétaire général de l’UGTT a également consacré une partie de son intervention à la situation de la justice, dénonçant ce qu’il considère comme une instrumentalisation des procédures judiciaires à des fins politiques.
Il a notamment évoqué le recours à la détention préventive, les atteintes à la présomption d’innocence, la situation du Conseil supérieur de la magistrature et l’absence de Cour constitutionnelle.
Slaheddine Selmi a par ailleurs exprimé son opposition aux pressions exercées, selon lui, sur la profession d’avocat, appelant à préserver son indépendance et son rôle dans la défense des droits et des libertés.
Sur le plan économique et social, il a évoqué les attentes déçues des citoyens, particulièrement des jeunes sans emploi, et défendu la nécessité d’un modèle de développement capable de garantir la dignité et d’ouvrir de nouvelles perspectives. Le responsable syndical a conclu les passages consacrés aux choix politiques en défendant une Tunisie fondée sur des institutions responsables, une justice indépendante, la participation citoyenne et le respect des droits fondamentaux.
M.B.Z














