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Manifestation du 17-Octobre : un vent de contestation souffle sur Tunis

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Mobilisation nationale du 17 octobre ( Photo par Marwen Shili - Business News)

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Par Raouf Ben Hédi

    Une brise contestataire souffle dans les rues de Tunis en cette matinée du 17 octobre 2026. Les manifestants et les organisations qu’ils représentent ont été opposés dans le passé, parfois même ennemis. Ils gardent d’ailleurs une animosité certaine. Mais le ras-le-bol général et la déliquescence générale du pays ont fini par les unir dans les rues pour crier d’une même voix : ça suffit !

    C’est sous la houlette de neuf organisation de la société civile (l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat), la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (Otjm), l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et l’Union des diplômés chômeurs (UDC)) que des milliers de manifestants se sont réunis à la place Mohamed Ali Hammi.

    Un signe qui ne trompe pas dans les manifestations : des milliers de personnes étaient déjà présentes plus d’une heure avant le rendez-vous fixé à 11h du matin. C’est dire si la colère est grande et l’attente insoutenable au vu de la situation du pays : vide politique, inquiétudes sur le pouvoir d’achat, coupures d’eau potable, délestages durant l’été, situation des prisonniers politiques, pollution à Gabès… Tout se mêle dans les slogans portés par les manifestants mais la colère est intacte. Tous s’accordent à dire que le régime actuel s’est montré non seulement incapable de redresser la situation, mais incapable de préserver l’existant. En plus, ce régime emprisonne ses critiques et privilégie le déni et la fuite en avant.

    « Ô ennemi des libertés, ô chef des prisons ! », « Le peuple tunisien ne se laisse pas humilier, ô gardien des Italiens ! », « Quel beau pays : répression et despotisme ! », « Ni peur ni terreur, la rue appartient au peuple ! », « Libertés, libertés ! L’État policier, c’est terminé ! »  font partie des slogans qui ont fait vibrer les rues de Tunis en cette matinée ensoleillée. Les manifestants ont également demandé le départ d’un gouvernement qualifié d’incompétent allant d’échec en échec.

    Toutefois, l’ambiance dans la manifestation n’était pas à la sérénité et les manifestants ont eu du mal à laisser derrière eux les maux du passé, mais rien ne s’est vu au cours de la manifestation. La présence policière s’est faite discrète tout au long de parcours de la manifestation, ce qui n’est pas plus mal. Toutefois, la police a bloqué les accès à l’avenue Habib Bourguiba en fin de manifestation, impossible pour les retardataires de rejoindre les rangs. Les manifestants se comptent par milliers, sans compter les élèves qui ont rejoint la marche à partir de midi, à la sortie des écoles. Selon des témoignages sur place, on parle de près de six mille manifestants. Mais au-delà des chiffres, ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit là de la plus grosse manifestation populaire depuis 2021.

    Durant toute la matinée, des pages et des propagandistes favorables au régime ont tenté de ramener sur le devant le bilan de ce qu’ils appellent « décennie noire ». Certaines pages ont même assuré que l’horaire de la manifestation a été retardé par manque de participants. Le terrain a largement démenti cela et a montré toute la colère d’une large part des Tunisiens vis-à-vis du régime et de leur condition.

    Le message des manifestants a été fort, en nombre et en substance. Le régime peut difficilement l’ignorer, même s’il nous a habitués à faire l’autruche devant les évidences. La mobilisation à laquelle a appelé la société civile a été conséquente et elle rappelle à tout le monde que ces organisations ont toujours le pouvoir de mobiliser la rue, de rassembler et de faire pression.

    Par ailleurs, cette manifestation est annonciatrice d’un hiver qui risque d’être chaud au niveau social. D’autant plus que le projet de Loi de finances proposé récemment par le gouvernement est très éloigné des attentes, même de ceux qui s’évertuent encore à défendre le régime en place.

    Il reste encore de la vie dans les organisations nationales et le pouls de la rue reste présent même s’il a faibli ces dernières années. Les Tunisiens peuvent encore se mobiliser, s’unir et refuser les politiques du régime. Il s’agit là du principal enseignement de la mobilisation nationale du 17 Octobre. Une marche motivée par le patriotisme et la colère, qui n’a pas eu besoin de bus mobilisés pour amener des personnes depuis les régions et durant laquelle on n’a vu personne se trémousser par terre ou danser au son du Mezoued. La rue tunisienne est encore là, elle s’est faite clairement entendre et son message ne doit pas être ignoré.

    Raouf Ben Hèdi

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