Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Tunisie-Japon : un partenariat à consolider et des opportunités à concrétiser, selon Nacef Belkhiria

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Nadya Jennene

    À l’occasion du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Tunisie et le Japon, Nacef Belkhiria, président de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-japonaise (CCITJ), est revenu sur l’évolution de ce partenariat. Si la coopération bilatérale s’est d’abord illustrée dans les infrastructures, elle s’étend désormais aux énergies renouvelables, aux sciences et aux services à forte valeur ajoutée. La sécurisation du cadre juridique des investissements demeure toutefois un enjeu majeur.

    Invité de la Radio nationale, Nacef Belkhiria a retracé les principales étapes de ce partenariat et identifié les conditions nécessaires à son approfondissement. Son constat est celui d’une relation encore perfectible, mais dont le potentiel réside de plus en plus dans les compétences tunisiennes, les transferts de connaissances et le développement de nouvelles filières industrielles.

    Selon Nacef Belkhiria, les premières grandes réalisations de ce partenariat ont contribué directement à transformer l’environnement économique et les conditions de vie en Tunisie.

    Le pont de Radès figure parmi les exemples cités. En facilitant les déplacements entre les deux rives du golfe de Tunis, cet ouvrage a modifié les conditions de circulation et renforcé les connexions entre les différents pôles de l’agglomération.

    Le président de la CCITJ a évoqué également les infrastructures énergétiques et hydrauliques auxquelles le Japon a contribué. Ces projets illustrent une coopération initialement dominée par les relations entre les deux États, avant que les échanges entre entreprises privées ne prennent progressivement de l’ampleur, à partir des années 1990.

    Le partenariat s’oriente aujourd’hui vers un nouveau domaine : les énergies renouvelables. La Tunisie a notamment servi de terrain d’expérimentation pour des projets photovoltaïques japonais, en particulier à Tozeur et à Sidi Bouzid.

    « La Tunisie figure parmi les premiers pays d’Afrique du Nord dans lesquels le Japon a investi dans les énergies renouvelables », a souligné Nacef Belkhiria. Les premières expériences auraient contribué à conforter l’intérêt des investisseurs japonais pour ce secteur, ouvrant la voie à une diversification de leurs activités.

    Le groupe japonais Toyota Tsusho Corporation, notamment, a progressivement étendu son intervention du photovoltaïque à l’éolien. Cette évolution témoigne, selon le président de la CCITJ, d’un élargissement des domaines de coopération, au-delà des infrastructures traditionnelles.

    Les technologies japonaises sont également présentes dans les projets de connexion électrique entre la Tunisie et l’Europe, notamment à travers les équipements destinés au câble sous-marin reliant la Tunisie à la Sicile. Nacef Belkhiria a cité à cet égard l’intervention d’acteurs technologiques japonais dans le développement de ces infrastructures.

    Au-delà de l’énergie, la coopération concerne aussi les sciences et la santé. Le président de la CCITJ a mentionné notamment les échanges dans le domaine médical, la formation de professionnels de santé africains et les collaborations associant des institutions tunisiennes à des partenaires japonais.

    Malgré la diversification des domaines de coopération, le développement des investissements bilatéraux reste tributaire de l’environnement réglementaire.

    Pour Nacef Belkhiria, l’absence de certains instruments juridiques entre les deux pays constitue un frein à l’approfondissement des relations économiques. Il a insisté particulièrement sur la nécessité de consolider le cadre applicable aux investissements et d’avancer sur la question de la double imposition.

    L’enjeu est concret pour les entreprises : lorsqu’un dispositif conventionnel adapté fait défaut, les revenus concernés peuvent être soumis à des prélèvements dans les deux pays, selon les règles applicables. Une convention fiscale permettrait de clarifier le traitement de ces revenus et de renforcer la visibilité des investisseurs.

    Le président de la CCITJ estime qu’une avancée sur ce dossier pourrait contribuer à lever une partie des incertitudes auxquelles sont confrontées les entreprises japonaises intéressées par le marché tunisien.

    Il a évoqué également les perspectives d’un accord bilatéral destiné à mieux encadrer et à encourager les investissements réciproques. Sans avancer de calendrier définitif, il a affirmé que les discussions progressent et s’est dit optimiste quant à la possibilité de faire aboutir ces démarches.

    L’objectif est de doter les opérateurs économiques d’un cadre plus lisible, de nature à faciliter les décisions d’investissement et à renforcer la confiance entre les deux partenaires.

    La diversification des échanges constitue un autre axe essentiel du partenariat tuniso-japonais. Si les exportations tunisiennes vers le Japon reposent encore largement sur les produits agricoles et agroalimentaires, notamment l’huile d’olive, Nacef Belkhiria a plaidé pour une montée en gamme des échanges.

    Les perspectives se situent notamment dans les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, le secteur médical, l’informatique et l’ingénierie. Ces activités présentent, selon lui, un potentiel de coopération important en raison de la valeur ajoutée qu’elles génèrent et des compétences disponibles en Tunisie.

    « Les Japonais accordent une grande importance à la valeur ajoutée », a-t-il avancé soulignant l’intérêt de développer des partenariats fondés sur les connaissances et les capacités techniques plutôt que sur les seuls échanges de marchandises.

    Cette évolution suppose également de dépasser une conception traditionnelle des relations commerciales. Pour le président de la CCITJ, les perspectives de coopération reposent désormais autant sur la circulation des compétences que sur les flux de produits.

    Il a cité notamment les échanges de connaissances entre entreprises tunisiennes et japonaises, ainsi que le développement de compétences locales dans les domaines scientifiques et technologiques. Ces collaborations pourraient, à terme, favoriser l’émergence de nouvelles activités et renforcer l’intégration des entreprises tunisiennes dans les chaînes de valeur internationales.

    L’un des changements les plus significatifs concerne la place occupée par les cadres tunisiens au sein des entreprises japonaises implantées dans le pays.

    Nacef Belkhiria a noté une évolution par rapport aux premières années de cette présence industrielle. Alors que des ressortissants japonais assuraient auparavant une partie importante de la gestion des filiales et des activités locales, des cadres tunisiens occupent désormais des fonctions de direction et prennent en charge des responsabilités techniques et opérationnelles plus étendues.

    Cette progression témoigne, selon lui, de la confiance accordée aux compétences tunisiennes et de la montée en qualification des ressources humaines.

    Certains cadres tunisiens avaient même sollicités pour accompagner le développement d’activités d’entreprises japonaises dans d’autres pays africains. Une évolution qui confère à la Tunisie un rôle potentiel de plateforme régionale, non seulement pour les activités industrielles, mais également pour les services et l’expertise technique.

    Si les perspectives paraissent prometteuses dans les services et les activités technologiques, des contraintes persistent dans l’industrie.

    Nacef Belkhiria a relevé que les insuffisances logistiques et les difficultés liées au transport et à l’exportation limitent la capacité des entreprises tunisiennes à répondre à certaines demandes du marché japonais.

    La question dépasse les seules relations bilatérales. Elle renvoie à la capacité de la Tunisie à assurer des flux commerciaux réguliers, à respecter les exigences des donneurs d’ordre internationaux et à s’intégrer durablement dans des chaînes d’approvisionnement exigeantes.

    Dans ce contexte, le développement des services apparaît comme une voie plus immédiatement accessible. Les entreprises tunisiennes peuvent notamment valoriser leurs compétences techniques, scientifiques et informatiques sans être soumises aux mêmes contraintes logistiques que les exportateurs de produits manufacturés.

    Le président de la CCITJ a ajouté, dans ce sens, que la Tunisie pourrait renforcer son attractivité auprès des entreprises japonaises en se positionnant comme un centre de compétences, notamment dans les services, les sciences et l’ingénierie.

    Cette orientation ne signifie pas que l’industrie serait appelée à jouer un rôle secondaire. Elle suppose plutôt de consolider les conditions nécessaires à son développement, en particulier dans les activités à forte valeur ajoutée.

    Parmi les perspectives industrielles évoquées figure le développement de la filière des composants automobiles.

    Nacef Belkhiria a fait état de discussions visant à renforcer la coopération tuniso-japonaise dans ce secteur au cours des prochains mois. Il a mentionné également l’intérêt d’un grand groupe japonais pour des activités liées aux composants automobiles à forte valeur ajoutée.

    Dans ce processus, la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-japonaise entend jouer un rôle d’intermédiaire entre les entreprises, les administrations et les partenaires économiques.

    Pour Nacef Belkhiria, la principale valeur ajoutée des chambres bilatérales réside dans leur capacité à mettre en relation les opérateurs, à faire circuler l’information économique et à faciliter les contacts avec les interlocuteurs pertinents dans les deux pays.

    Cette fonction prend une importance particulière dans un environnement international marqué par les recompositions géopolitiques et économiques. Les entreprises doivent pouvoir identifier rapidement de nouveaux partenaires, comprendre les évolutions réglementaires et adapter leurs stratégies aux changements du marché.

    Les chambres bilatérales peuvent contribuer à cette réactivité en s’appuyant sur leurs réseaux locaux et internationaux. Elles ne se substituent ni aux pouvoirs publics ni aux entreprises dans leurs décisions, mais facilitent les échanges et l’identification d’opportunités commerciales.

    Nacef Belkhiria a, par ailleurs, rappelé qu’en marge de cet anniversaire diplomatique, un rendez-vous culturel devrait également contribuer à faire connaître davantage le Japon au public tunisien. Le festival du Japon, organisé à la Cité de la culture les 30 et 31 octobre et le 1er novembre 2026, proposera un programme consacré notamment à la langue japonaise, au cinéma, aux vêtements traditionnels et aux échanges universitaires. L’entrée est annoncée gratuite.

    N.J

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Commentaire

    1. Tunisino

      Répondre
      19 octobre 2026 | 11h58

      Toujours le même langage d’infériorité pourtant les japonais ne sont pas meilleurs que les tunisiens. Des politiciens aux hommes d’affaires, chacun pour soi, et que la Tunisie aille à l’enfer.

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *