L’abondance des crevettes sur les marchés tunisiens a fait chuter les prix, certaines variétés étant proposées à partir de 6 dinars le kilogramme. Si la prolifération d’espèces exogènes, favorisée notamment par le réchauffement des eaux, a d’abord été avancée pour expliquer cette situation, les professionnels de la pêche mettent également en avant un autre phénomène : l’abondance saisonnière des crevettes locales. Des espèces différentes, mais qui se retrouvent aujourd’hui en concurrence sur les étals.
Cette baisse a suscité des interrogations sur l’origine des quantités disponibles et sur la nature des espèces commercialisées. Une première explication a été avancée en début de semaine par Hala Jaziri, membre de l’association Tunsea. Selon elle, l’abondance observée s’expliquerait notamment par la présence accrue d’espèces exogènes dans les eaux tunisiennes. Originaires de l’Atlantique, certaines de ces crevettes se distinguent par leur petite taille, plusieurs spécimens mesurant entre 20 et 24 millimètres. Leur présence serait favorisée, entre autres facteurs, par les changements climatiques et l’élévation de la température de l’eau.
Cette hypothèse n’épuise toutefois pas la question. Une autre explication se dessine à travers les observations des professionnels du secteur : les crevettes locales sont elles aussi abondantes, à la faveur des conditions saisonnières et de la reprise de leur activité après la période de repos biologique. Elles se retrouvent ainsi commercialisées à des prix comparables à ceux des espèces exogènes.
Intervenant sur Jawhara FM, jeudi 22 octobre 2026, le vice-président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Salah Hdider, a tenu à nuancer les interprétations associant prix bas et qualité médiocre.
Il a expliqué que les crevettes commercialisées étaient désignées sous différentes appellations populaires, notamment selon leur apparence ou les habitudes régionales, sans établir de distinction qualitative systématique entre les produits concernés. « Elles sont toutes de bonne qualité », a-t-il noté insistant sur le fait que l’abondance actuelle constitue avant tout une opportunité pour les consommateurs.
Selon lui, la mer a fourni des quantités importantes de crevettes, dont une partie est destinée à la consommation locale. Une autre partie peut être orientée vers les circuits d’exportation.
Le golfe de Gabès occupe une place importante dans cette dynamique. Cette zone maritime constitue un espace de reproduction et de développement pour de nombreuses espèces de poissons, de crustacés et de mollusques. Ses caractéristiques écologiques en font une région majeure pour les activités de pêche en Tunisie.
Selon Salah Hdider, les crevettes présentes dans cette zone ont trouvé des conditions favorables à leur développement et à leur multiplication. Il a établi également un lien entre l’abondance actuelle et la période de repos biologique observée dans le secteur.
Sur les marchés de Sfax, où les volumes débarqués sont importants, les prix sont particulièrement attractifs. Le professionnel cite des lots commercialisés entre 70 et 140 dinars, selon les quantités et les conditions de vente, ainsi que des prix au kilogramme pouvant se situer entre 6 et 12 dinars.
Ces montants doivent être interprétés en tenant compte du poids des lots, du calibre des crevettes, de leur fraîcheur et du niveau de commercialisation auquel ils correspondent. Le prix pratiqué au débarquement ou sur un marché de gros ne se confond pas nécessairement avec celui acquitté par le consommateur final.
L’écart peut être particulièrement important entre une région productrice comme Sfax et des gouvernorats plus éloignés des ports de pêche. Le transport, les intermédiaires, la manutention et les autres frais de distribution s’ajoutent au prix initial.
C’est pourquoi un kilogramme vendu à 6 dinars dans une zone de production peut coûter davantage dans le Grand Tunis ou dans une autre région. Le professionnel a insisté sur cette différence territoriale, estimant que les prix doivent être appréciés en fonction du lieu où ils sont relevés.
La baisse des prix rend les crevettes plus accessibles aux ménages, mais elle ne dispense pas les consommateurs de vérifier la qualité des produits proposés. La fraîcheur, les conditions de stockage et le respect de la chaîne du froid restent essentiels pour les produits de la mer. Salah Hdider a conseillé notamment de prêter attention à l’aspect des crevettes et à leur état de fraîcheur.
N.J










