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Olfa Hamdi : quatre ans de prison pour une menace que personne ne prenait au sérieux

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Par Raouf Ben Hédi

    Condamnée mercredi 21 octobre 2026 à quatre ans de prison par la justice militaire pour complot contre la sûreté de l’État et incitation des militaires à la désobéissance, Olfa Hamdi rejoint la longue liste des personnalités politiques tunisiennes emprisonnées dans des affaires liées à leur opposition au pouvoir. Mais Olfa Hamdi n’est pas une opposante comme les autres. Ses déclarations ont longtemps fait rire, avant de susciter la pitié. Aujourd’hui, plusieurs voix s’interrogent ouvertement sur sa santé mentale. Entre des accusations d’une extrême gravité, des faits dont la matérialité demeure largement inconnue et une peine de quatre ans qui paraît presque légère au regard des autres affaires de complot, le dossier Olfa Hamdi pose une question fondamentale : quelle menace représentait-elle réellement pour l’État tunisien ?

    Quatre ans de prison. Dans la Tunisie des procès pour complot contre la sûreté de l’État, la peine pourrait presque paraître clémente. D’autres opposants politiques ont écopé de dizaines d’années de réclusion pour des activités qui, selon leurs défenseurs, relevaient de l’exercice ordinaire de l’opposition : réunions politiques, échanges avec des diplomates étrangers, discussions autour d’une alternative au pouvoir de Kaïs Saïed. 

    Olfa Hamdi, elle, a été condamnée mercredi 21 octobre par le tribunal militaire permanent de Tunis à deux peines de deux ans de prison, assorties de 80.000 dinars d’amendes, selon une déclaration à l’AFP de son avocat, Akram Moussa. Une troisième condamnation à deux ans de prison avait déjà été prononcée en mars dans une affaire distincte.  

    Elle totalise ainsi six ans de peines prononcées, sans que l’on sache si elles se cumulent. Une peine considérable pour une femme dont l’activité politique connue se résume essentiellement à des communiqués, des vidéos et des déclarations sur les réseaux sociaux.  

    Ce contraste est d’autant plus frappant que l’intéressée ne dispose d’aucun poids politique significatif connu, d’aucune véritable organisation militante et d’aucune capacité de mobilisation démontrée.

    Une opposante que personne ne prenait vraiment au sérieux

    Olfa Hamdi n’est pas une opposante comme les autres. Ancienne PDG de Tunisair, fonction qu’elle n’a occupée que quelques semaines en 2021, elle a fondé le parti La Troisième République, présenté comme une alternative aux formations politiques traditionnelles.

    Mais derrière l’appellation partisane, la réalité organisationnelle paraît bien mince. La Troisième République n’a jamais réussi à s’imposer dans le paysage politique tunisien. L’essentiel de l’action d’Olfa Hamdi se déroule sur Facebook, à coups de communiqués solennels et d’annonces spectaculaires.

    En décembre 2023, elle publie ainsi la composition d’un gouvernement qu’elle entend mettre en place, avec des noms de personnalités politiques dont certaines découvrent leur désignation sur les réseaux sociaux.

    En 2024, elle annonce sa candidature à la présidentielle, alors qu’elle ne remplit pas la condition constitutionnelle d’âge minimum de quarante ans.

    En 2025, elle prétend engager un dialogue politique avec l’Union européenne, sans confirmation officielle de cette dernière.

    Elle affirme dans la foulée avoir saisi l’Otan contre l’Italie, toujours sans confirmation officielle.

    Plus récemment, elle va jusqu’à créer un site internet se présentant comme un organe officiel de la République tunisienne, avec des communiqués signés au nom de la présidence du gouvernement et des textes présentés comme des décisions institutionnelles.

    Ces initiatives ont souvent suscité des réactions de dérision massives. Certaines annonces semblaient si éloignées des réalités institutionnelles et des rapports de force politiques qu’elles étaient accueillies comme des extravagances plutôt que comme des projets susceptibles de se concrétiser.

    Puis, progressivement, aux moqueries se sont ajoutées des réactions d’inquiétude et de compassion, au point que ses publications ont fini par disparaître, ou presque, des colonnes des médias.

    Des moqueries aux interrogations sur sa santé mentale

    La condamnation d’Olfa Hamdi a remis au premier plan une question délicate, évoquée publiquement par plusieurs personnalités : celle de son état psychique.

    Hichem Ajbouni, secrétaire général d’Attayar et ancien député, a ainsi estimé publiquement qu’Olfa Hamdi souffrait de troubles mentaux et avait besoin d’une prise en charge psychiatrique. Il a également dénoncé le fait qu’une civile soit traduite devant la justice militaire pour des accusations aussi graves que le complot contre la sûreté de l’État.

    Mehrez Belhassen, influenceur très suivi sur les réseaux sociaux, a exprimé une appréciation similaire, considérant que le comportement de l’intéressée appelait davantage une prise en charge psychiatrique qu’une réponse carcérale. Il est allé jusqu’à mettre en doute sa responsabilité pénale.

    Ces deux prises de position ne constituent évidemment pas des diagnostics médicaux. Aucun élément clinique permettant d’établir l’existence de troubles psychiatriques chez Olfa Hamdi n’a été rendu public. Et l’éventuelle existence de tels troubles ne signifierait pas automatiquement une irresponsabilité pénale.

    Reste une question que leurs déclarations soulèvent : la justice a-t-elle cherché à éclaircir l’état de santé de l’intéressée avant de la condamner ?

    Une prisonnière politique sans mobilisation politique

    Depuis son arrestation, dans la nuit du 14 au 15 février 2026, à l’aéroport de Tunis-Carthage, Olfa Hamdi n’a bénéficié d’aucune mobilisation collective significative connue.

    Son propre parti est demeuré silencieux. Aucun rassemblement notable n’a été organisé pour réclamer sa libération. Dans les différentes manifestations d’opposition au régime, les portraits des journalistes, responsables politiques, syndicalistes et activistes emprisonnés sont régulièrement brandis par les manifestants. Celui d’Olfa Hamdi brille, en revanche, par son absence. Même lors de la dernière manifestation du 17 octobre, qui a rassemblé près de six mille personnes, son nom et son visage étaient absents des figures de détenus politiques mises en avant. Sur les réseaux sociaux également, son nom est resté largement absent des campagnes de solidarité depuis son arrestation en février dernier. Cette absence de mobilisation réelle et virtuelle contraste avec les campagnes de solidarité organisées autour d’autres détenus politiques et traduit son isolement dans le paysage politique tunisien.

    Un isolement auquel s’ajoute une volonté de discrétion exprimée par ses proches.

    Lazhar Akremi, avocat, ancien ministre et ancien dirigeant de Nidaa Tounes, a indiqué à Business News avoir proposé ses services à la famille d’Olfa Hamdi au lendemain de son arrestation. La famille a décliné cette proposition, ne souhaitant pas confier la défense de l’intéressée à une personnalité politiquement marquée ni voir son affaire prendre une dimension politique.

    Contactée plus d’une fois par Business News, la famille n’a pas souhaité faire de déclaration et a exprimé son refus d’une médiatisation de l’affaire.

    Selon les propos rapportés à la rédaction par un avocat ayant pu entrer en contact avec Olfa Hamdi en prison, celle-ci aurait également exprimé le souhait que son dossier ne soit pas politisé.

    Des communiqués peuvent-ils constituer un complot ?

    Le contenu exact du dossier reste inconnu. Ni les motivations détaillées des jugements ni les pièces retenues contre Olfa Hamdi n’ont été rendues publiques. Son avocat a indiqué à l’AFP et Reuters que les poursuites portaient notamment sur des publications sur les réseaux sociaux, dont des appels à la désobéissance militaire.

    Olfa Hamdi a effectivement appelé l’armée à se rebeller contre le pouvoir dans une publication sur Facebook. Des propos qui ne sont pas anodins et qui peuvent tomber sous le coup de la loi. Mais entre un appel lancé sur Facebook par une personnalité sans véritable audience politique et un complot contre la sûreté de l’État, il y a un fossé que les éléments connus du dossier ne permettent pas de combler.

    D’autant que l’intéressée n’a jamais caché ses ambitions politiques. Elle voulait écarter Kaïs Saïed du pouvoir et installer son propre gouvernement. Elle l’a proclamé à maintes reprises, sans jamais parvenir à réunir autour d’elle une force politique identifiable. Ses déclarations ont davantage alimenté les conversations ironiques que les inquiétudes sécuritaires.

    La création d’un site internet se présentant comme un organe officiel de l’État pourrait-elle figurer parmi les actes retenus contre elle ? Là encore, impossible de le savoir. Et quand bien même ce serait le cas, il resterait à expliquer en quoi cette initiative constituerait un complot contre la sûreté de l’État.

    Reste à savoir ce que les juges militaires ont retenu au-delà de ces publications. Ont-ils établi l’existence d’actes préparatoires, de complicités ou d’une organisation susceptible de passer des paroles aux actes ? Rien, dans les informations rendues publiques, ne permet de le savoir.

    La question du recours à la justice militaire se pose également. Pourquoi une civile, dont les activités publiques connues étaient essentiellement politiques et numériques, relève-t-elle d’une juridiction militaire ? Quels sont les fondements précis de cette compétence et les garanties procédurales dont elle a bénéficié ?

    La comparution d’une civile devant la justice militaire n’est pas, en soi, dépourvue de fondement légal. Le Code de justice militaire prévoit notamment la compétence des tribunaux militaires pour certaines infractions commises au préjudice de l’armée. Son article 81 réprime également l’incitation de militaires à la désobéissance, y compris lorsqu’elle émane d’un civil. Reste à connaître les dispositions précises appliquées à Olfa Hamdi et les faits sur lesquels les magistrats se sont appuyés.

    L’article 69 du Code pénal tunisien définit le complot comme une décision d’agir prise de concert entre au moins deux personnes. Dans le cas d’Olfa Hamdi, une question se pose alors : avec qui aurait-elle comploté ? Les éléments rendus publics ne permettent d’identifier ni complices, ni organisation, ni projet concerté. Encore faudrait-il savoir si cette disposition figure parmi les textes retenus contre elle.

    Sans accès au dossier, il est impossible de conclure à l’absence d’infraction. Il est tout aussi impossible, pour le public, d’apprécier la proportionnalité des peines prononcées.

    Olfa Hamdi, Américaine en Tunisie : quelle protection ?

    Olfa Hamdi possède également la nationalité américaine. Interrogé par l’AFP, le département d’État a indiqué que Washington suivait son dossier de près, rappelant que la sécurité des citoyens américains constituait une priorité de l’administration Trump.

    Mais cette double nationalité ne lui garantit pas, en Tunisie, les mêmes possibilités d’assistance consulaire qu’à un citoyen américain ne possédant pas la nationalité tunisienne. Le département d’État précise lui-même que les autorités d’un pays peuvent ne pas reconnaître la nationalité américaine d’un citoyen possédant également leur propre nationalité.

    Dans ses recommandations consacrées à la Tunisie, Washington précise que l’obligation faite aux autorités tunisiennes de signaler à l’ambassade des États-Unis l’arrestation d’un citoyen américain ne s’applique pas aux personnes possédant également la nationalité tunisienne. Autrement dit, Olfa Hamdi reste pleinement soumise à la justice tunisienne, sans pouvoir nécessairement bénéficier de toutes les garanties consulaires accordées à un ressortissant exclusivement américain. Rien n’interdit cependant à Washington de suivre son dossier ou d’entreprendre des démarches diplomatiques en sa faveur. Pour l’heure, aucune intervention de cette nature n’a été rendue publique.

    Un autre aspect de cette affaire mérite d’être relevé : la manière dont l’information a été communiquée. L’avocat d’Olfa Hamdi, Akram Moussa, a choisi de s’exprimer auprès de deux agences de presse internationales, l’AFP et Reuters, sans accorder, à notre connaissance, de déclarations comparables aux médias tunisiens. Un choix difficile à comprendre, tant les questions demeurent nombreuses sur les faits reprochés à sa cliente, les qualifications retenues et les motivations des jugements. Les journalistes tunisiens auraient pourtant eu bien des questions précises à lui poser.

    Quant au tribunal militaire, aucune communication publique détaillée n’est venue éclairer les motivations de ces condamnations. Résultat : une femme écope de quatre ans de prison pour des accusations aussi graves que le complot contre la sûreté de l’État, et le public doit se contenter de quelques déclarations de son avocat à deux agences étrangères pour tenter de comprendre ce qui lui est reproché.

    Au-delà du personnage, une question de justice

    Olfa Hamdi n’a jamais été une figure majeure de l’opposition tunisienne. Ses déclarations ont longtemps prêté à rire, avant de susciter des interrogations sur son état de santé. Aujourd’hui, elle se retrouve condamnée à quatre ans de prison par la justice militaire.

    Sa marginalité politique ne la place évidemment pas au-dessus des lois. Mais elle ne dispense pas non plus la justice d’expliquer ce qui, dans ses actes et ses déclarations, justifie des accusations aussi graves que le complot contre la sûreté de l’État.

    La question n’est pas en définitive de savoir si Olfa Hamdi était crédible, populaire ou même prise au sérieux. Il s’agit de savoir ce qu’elle a réellement fait pour mériter quatre ans de prison. Et à cette question, les informations rendues publiques jusqu’à présent ne permettent toujours pas de répondre.

    Raouf Ben Hédi

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    Commentaire

    1. Roberto Di Camerino

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      22 octobre 2026 | 14h08

      Bien Sür , elle a osé se presenter comme candidate à la Presidentielle, il faut qu’ellle paye l’affront fait au Sphinx , et hop l’accusation bonne à tout-faire; conspiracy blablabla. vous connaissez la suite..

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