À l’occasion d’une visite de son centre de recherche et son unité de production à Lyon, Bayer Crop Science a dévoilé une partie des moyens scientifiques, technologiques et humains mobilisés pour concevoir les solutions agricoles de demain. De l’intelligence artificielle à la recherche sur les maladies des plantes, en passant par le développement de nouvelles approches pour accompagner les cultures face aux stress climatiques, le groupe mise sur l’innovation pour répondre aux défis d’une agriculture en pleine mutation. Mais comment ces avancées se traduisent-elles concrètement sur les marchés nord-africains, et plus particulièrement en Tunisie, confrontée à un stress hydrique croissant, à une pression accrue sur les rendements et à des contraintes économiques qui pèsent sur les exploitations ? Dans cet entretien accordé à Business News à la suite de cette visite, Bayer détaille sa stratégie dans la région, les dispositifs d’expérimentation déployés localement, ses partenariats avec les institutions scientifiques tunisiennes et sa vision de l’accompagnement des agriculteurs. Entretien avec Amina L’Kima, directrice générale et North Africa commercial lead – Crop Science.
Quelle est la place de l’Afrique du Nord dans la stratégie mondiale de Bayer ? S’agit-il principalement d’un marché de commercialisation ou le groupe entend-il également y développer des capacités scientifiques, technologiques et industrielles ?
L’Afrique du Nord représente bien plus qu’un simple marché pour Bayer Crop Science. La région est confrontée à des enjeux majeurs liés à la sécurité alimentaire, au changement climatique, à la gestion de l’eau et à la résilience des systèmes agricoles. Ces défis en font une région particulièrement importante pour le développement et l’adaptation des innovations agricoles.
Notre ambition est de créer un lien direct entre les capacités mondiales de recherche et d’innovation de Bayer et les réalités des agriculteurs nord-africains. C’est précisément le sens de la visite organisée à Lyon : montrer comment la science, l’innovation, les partenariats et la collaboration peuvent contribuer à répondre aux défis agricoles de la région.
Cette approche s’appuie à la fois sur la recherche mondiale de Bayer, sur des partenariats locaux et sur un important travail d’accompagnement technique réalisé au plus près du terrain afin d’adapter les solutions aux besoins spécifiques des différentes filières agricoles nord-africaines.
En Tunisie, cette ambition se traduit chaque année par la conduite d’environ 20 essais expérimentaux sur différentes cultures et cibles. Ces essais nous permettent de produire des données locales, d’évaluer les performances de nos solutions dans les conditions tunisiennes et d’adapter nos recommandations au contexte agronomique du pays.
Nous mettons également en place près de 25 essais de démonstration par an afin de présenter directement sur le terrain les résultats obtenus avec nos solutions et d’accompagner techniquement les agriculteurs dans leur utilisation.
Des journées en salle sont par ailleurs régulièrement organisées avec les agriculteurs, les techniciens, les consultants et les experts. Elles constituent des espaces de formation, de transfert d’expertise et de débat technique. À cela s’ajoutent nos actions de sensibilisation et de formation aux bonnes pratiques agricoles et à l’utilisation sûre et responsable de nos solutions.
L’ensemble de ces initiatives est déployé chaque année en étroite collaboration avec nos partenaires, ainsi qu’avec les instituts de recherche et les centres techniques. Elles illustrent notre volonté de ne pas être uniquement présents sur le plan commercial, mais aussi de contribuer durablement au développement des compétences, des connaissances et de l’innovation agricole locale.
La Tunisie fait face à des contraintes agricoles structurelles, notamment le stress hydrique et la pression des maladies des cultures. Comment ces spécificités influencent-elles les priorités de Bayer dans le pays et les solutions que vous choisissez d’y développer ?
Ces enjeux influencent directement nos priorités. Les défis liés au stress hydrique, à la pression climatique et aux maladies des cultures sont précisément ceux qui mobilisent les équipes du Centre de Recherche de La Dargoire et, plus largement, la recherche Bayer au niveau mondial.
Dans le contexte nord-africain, l’innovation doit être utile, accessible et adaptée. Elle doit aider les agriculteurs à mieux protéger leurs cultures dans des conditions climatiques difficiles, à sécuriser les rendements et à accompagner une utilisation plus raisonnée des ressources disponibles.
Pour la Tunisie, cela signifie également travailler au plus près des réalités locales à travers des essais terrain, des démonstrations, des échanges avec les producteurs et des partenariats avec les acteurs de la recherche et du développement agricole. Cette proximité est essentielle pour s’assurer que les innovations répondent réellement aux besoins du terrain.
Dans quelle mesure les solutions développées par Bayer permettent-elles de répondre concrètement au stress hydrique en Tunisie, que ce soit en limitant les pertes de rendement ou en améliorant la résilience des cultures face au manque d’eau ?
Le stress hydrique est l’un des principaux défis agricoles auxquels la Tunisie est confrontée aujourd’hui. Même lorsque les conditions climatiques sont favorables, le potentiel de rendement dépend de nombreux facteurs, notamment la maîtrise des maladies, des ravageurs et des autres stress auxquels les cultures sont exposées.
Cette approche se traduit également par l’introduction de solutions complémentaires, notamment les biostimulants. Cette année, Bayer a lancé en Tunisie sa première solution de biostimulation, conçue pour accompagner les cultures face aux stress abiotiques, dont le stress hydrique. En favorisant une meilleure utilisation des ressources disponibles et en soutenant les mécanismes naturels de la plante, ce type de solution peut contribuer à préserver son développement et à limiter l’impact du manque d’eau sur le rendement. Il ne se substitue toutefois ni à l’irrigation ni aux bonnes pratiques agronomiques : son efficacité repose sur une utilisation raisonnée, adaptée à la culture et aux conditions locales, et accompagnée de recommandations techniques
Les approches présentées lors de la visite, notamment CropKey, l’intelligence artificielle et les nouvelles méthodes de recherche développées au Centre de Recherche de La Dargoire, visent à concevoir des solutions toujours plus ciblées pour aider les agriculteurs à protéger leurs cultures et à utiliser les ressources de manière plus efficace.
Mais l’innovation seule ne suffit pas. Chez Bayer, nous sommes convaincus qu’elle doit s’accompagner de bonnes pratiques agronomiques, de formation et d’accompagnement technique afin d’aider les agriculteurs à optimiser leurs performances dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources en eau et la pression climatique.
Une innovation peut être scientifiquement performante sans être nécessairement rentable pour celui qui l’utilise. Comment Bayer évalue-t-il la rentabilité réelle de ses solutions pour les agriculteurs, et quels mécanismes permettent de vérifier que les bénéfices attendus sont effectivement au rendez-vous ?
La performance d’une innovation ne se mesure pas uniquement à ses caractéristiques scientifiques. Pour qu’une solution soit pertinente, elle doit également apporter une valeur concrète à l’agriculteur.
C’est pour cette raison que Bayer ne se limite pas au développement de solutions. Nos équipes travaillent avec les agriculteurs à travers des essais terrain, des démonstrations et un accompagnement technique qui permettent d’évaluer les solutions dans des conditions réelles de production et d’adapter les recommandations aux réalités de chaque région.
Notre objectif est d’aider les agriculteurs à protéger leurs cultures, améliorer leur productivité et utiliser les ressources de manière plus efficace tout en préservant la performance économique de leurs exploitations.
Au final, nous considérons que la réussite d’une innovation repose sur sa capacité à répondre aux besoins opérationnels et économiques des agriculteurs, ainsi qu’aux défis auxquels ils sont confrontés au quotidien.
Comment Bayer détermine-t-il ses prix sur les marchés nord-africains, compte tenu des différences de pouvoir d’achat avec les marchés européens ? Quels critères permettent de concilier accessibilité des solutions, capacité d’investissement des agriculteurs et rentabilité du groupe ?
Ce que nous pouvons dire, c’est que notre ambition est de développer des solutions utiles, accessibles et adaptées aux réalités des agriculteurs. Cette logique s’applique également à l’accompagnement de proximité, aux formations, aux démonstrations terrain et au partage de bonnes pratiques qui font partie intégrante de notre approche.
Chez Bayer, nous sommes convaincus que l’innovation n’a de valeur que si elle contribue à améliorer durablement la performance et la résilience des exploitations agricoles. Notre mission est d’accompagner les agriculteurs afin qu’ils puissent produire davantage tout en utilisant les ressources de manière plus efficace et plus durable.
Quelle place accordez-vous à la recherche conduite directement en Afrique du Nord ? La Tunisie pourrait-elle accueillir davantage d’expérimentations ou de travaux consacrés aux maladies des plantes et aux contraintes propres à la région ?
Les innovations dont bénéficient les agriculteurs en Tunisie et dans l’ensemble de l’Afrique du Nord s’appuient sur les capacités de recherche mondiales de Bayer. La visite du Centre de Recherche de La Dargoire a justement permis de montrer comment les équipes de Bayer mobilisent la biologie, la chimie, l’intelligence artificielle et la science des données pour développer les solutions de demain. Ces centres de recherche travaillent au service de l’ensemble des marchés où Bayer est présent, y compris en Afrique du Nord.
Mais une innovation développée à l’échelle mondiale doit ensuite être évaluée, adaptée et accompagnée au plus près des réalités du terrain. C’est pourquoi Bayer travaille en étroite collaboration avec les acteurs locaux afin de confronter ces innovations aux conditions agronomiques spécifiques de chaque pays.
En Tunisie, cette démarche repose sur un travail étroit mené par les équipes locales de Bayer avec l’ensemble de l’écosystème agricole. Elle s’appuie également sur des partenariats avec plusieurs institutions académiques, instituts de recherche et centres techniques, notamment l’INAT, l’ESAM, l’INGC et le CTPTA. Ces collaborations permettent d’évaluer les innovations dans les conditions locales, de partager les connaissances scientifiques et de renforcer le lien entre la recherche mondiale de Bayer et les réalités de l’agriculture tunisienne.
À titre d’exemple, Bayer a déjà accompagné des travaux de recherche menés avec l’INAT dans le cadre de projets de fin d’études, de mémoires de master et de travaux de doctorat. Ces projets offrent aux étudiants et aux chercheurs la possibilité de travailler sur des problématiques concrètes liées aux cultures tunisiennes, notamment les maladies des plantes, l’efficacité et le positionnement des solutions, ainsi que les contraintes agronomiques et climatiques propres au pays. Ils permettent de produire des données scientifiques locales, de confronter les approches de recherche aux réalités du terrain et de renforcer les compétences des futurs ingénieurs et chercheurs.
Ce type de collaboration illustre pleinement la place que la Tunisie peut occuper dans la recherche appliquée en Afrique du Nord. Le développement de nouveaux projets associant Bayer, les établissements universitaires, les instituts de recherche et les centres techniques pourrait permettre d’approfondir encore les travaux consacrés aux maladies émergentes, au stress hydrique et à l’adaptation des cultures au changement climatique, tout en consolidant un écosystème scientifique local durable.
Les enjeux liés aux maladies des plantes, au stress hydrique, à la pression climatique et à la préservation des rendements sont particulièrement importants pour l’agriculture tunisienne. C’est pourquoi nous continuons à soutenir les collaborations scientifiques et techniques qui permettent d’adapter les innovations aux besoins spécifiques des agriculteurs et des principales filières du pays.
Lorsqu’une innovation développée par Bayer à l’étranger est introduite en Tunisie, dans quelle mesure son déploiement s’accompagne-t-il d’un transfert de compétences, de formations techniques ou d’un renforcement des capacités scientifiques locales ?
Pour Bayer, l’innovation ne se limite pas à la mise à disposition d’une solution. Elle passe également par l’accompagnement des agriculteurs et le partage des connaissances.
En Afrique du Nord, nos équipes collaborent quotidiennement avec les agriculteurs à travers des essais terrain, des démonstrations, des formations et le partage de bonnes pratiques agronomiques. L’objectif est de les aider à tirer le meilleur parti des solutions disponibles et à les accompagner dans les défis auxquels ils sont confrontés.
Cette démarche s’inscrit également dans le cadre de nos partenariats avec les institutions académiques, les centres techniques et les acteurs de l’écosystème agricole tunisien. Nous sommes convaincus que l’innovation produit davantage d’impact lorsqu’elle s’accompagne d’un transfert de connaissances et d’un renforcement des capacités locales.
Nadya Jennene











