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Huile d’olive : face aux enjeux de la nouvelle campagne, le gouvernement dégaine des mesures de soutien

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Par Sarra Hlaoui

    La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a présidé, vendredi 23 octobre 2026, un conseil ministériel restreint consacré à la préparation de la campagne oléicole 2026-2027. Parmi les principales mesures annoncées figurent un financement pouvant atteindre 150 millions de dinars pour soutenir les achats d’huile d’olive par l’Office national de l’huile (ONH), des crédits de 20 millions de dinars destinés aux petits agriculteurs et un programme de stockage pouvant porter sur 60.000 tonnes pendant trois mois.

    Réuni au palais du gouvernement à la Kasbah, le conseil a examiné les mesures prévues pour accompagner les différentes étapes de la campagne, de la récolte à la transformation, au stockage et à la commercialisation. Les décisions annoncées portent également sur le financement des producteurs, le soutien aux exportations et le développement de l’huile d’olive conditionnée, présentée comme un levier de valorisation de la production nationale.

    Ces annonces interviennent après une campagne 2025-2026 marquée par une production record de 500.000 tonnes et une forte progression des exportations. Le gouvernement entend notamment renforcer les capacités de stockage, faciliter l’accès au financement et diversifier les débouchés commerciaux.

    Une production record de 500.000 tonnes

    Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime, Ezzeddine Ben Cheikh, et le président-directeur général de l’Office national de l’huile, Moez Ben Amor, ont présenté les principaux indicateurs du secteur sur la période 2021-2025, ainsi que le bilan de la campagne 2025-2026.

    La production nationale d’huile d’olive a atteint 500.000 tonnes lors de la dernière campagne, contre une moyenne de 303.000 tonnes au cours des cinq saisons précédentes, soit une hausse de 65%.

    Les exportations ont également progressé. Les quantités exportées ont atteint 399.000 tonnes à fin septembre 2026, en hausse de 89% par rapport à la moyenne des cinq dernières saisons. Elles devraient s’élever à 415.000 tonnes sur l’ensemble de la campagne.

    Par rapport à la saison précédente, les exportations globales ont augmenté de 49% à fin septembre 2026. Les exportations d’huile d’olive conditionnée ont, pour leur part, progressé de 47% sur la même période.

    Les quantités d’huile conditionnée exportées ont atteint 60.000 tonnes, soit une hausse de 100% par rapport à la moyenne des cinq dernières saisons. Les exportations d’huile d’olive biologique se sont établies à 58.000 tonnes, en progression de 12% par rapport à cette même référence.

    La consommation intérieure a, de son côté, atteint 50.000 tonnes, contre une moyenne annuelle de 35.000 tonnes sur la période 2021-2025.

    Ces indicateurs traduisent l’importance prise par la filière dans les exportations tunisiennes, mais soulèvent également la question des capacités de financement et de stockage nécessaires pour absorber les volumes produits et accompagner leur commercialisation.

    150 millions de dinars pour les achats de l’ONH

    Sur le volet du financement, l’État prévoit de soutenir l’Office national de l’huile pour l’achat de l’huile issue de la production nationale, grâce à un financement mobilisé auprès des banques publiques et privées, dans la limite de 150 millions de dinars.

    Cette enveloppe doit permettre à l’ONH de jouer son rôle de régulateur du marché et de contribuer au soutien des agriculteurs et des producteurs. Le communiqué ne précise toutefois ni les modalités détaillées de mobilisation de ces fonds ni les conditions auxquelles les achats seront effectués.

    Les petits agriculteurs bénéficieront également de crédits à des conditions préférentielles, pour un montant global de 20 millions de dinars, accordés par l’intermédiaire de la Banque tunisienne de solidarité (BTS). Ils seront prioritaires dans l’attribution des aides destinées à l’acquisition de matériel de récolte mécanique.

    Le projet de loi de finances 2027 prévoit, par ailleurs, la création d’une ligne de financement de 100 millions de dinars pour la période 2027-2030. Gérée par l’intermédiaire de la Banque nationale agricole (BNA), elle doit servir à accorder des crédits saisonniers et d’investissement à des taux préférentiels aux petits agriculteurs et aux opérateurs de la filière oléicole.

    Le conseil a également appelé la Banque centrale de Tunisie à intervenir auprès des établissements bancaires pour faciliter le financement des petits producteurs et le rééchelonnement de leurs dettes.

    Les banques publiques et privées ont, en outre, été appelées à accompagner les petits agriculteurs en leur fournissant les financements nécessaires pendant toutes les étapes de la campagne, de la récolte à la transformation, au stockage, à la commercialisation et à l’exportation.

    Ces mesures doivent répondre aux besoins de financement d’une campagne qui mobilise des ressources à plusieurs étapes de la chaîne de production. Le communiqué ne fournit cependant pas d’estimation du nombre de bénéficiaires attendus ni de calendrier détaillé pour la mise en œuvre de l’ensemble des dispositifs.

    Une capacité de stockage renforcée

    Le stockage constitue un autre axe du dispositif annoncé. La capacité de stockage de l’ONH a été portée à 100.000 tonnes, contre 90.000 tonnes lors de la saison précédente, à la faveur d’opérations de maintenance et de réhabilitation des installations.

    À cette capacité s’ajoutent celles des huileries et des sociétés exportatrices, qui dépassent 400.000 tonnes.

    Le conseil a chargé l’ONH de mettre en œuvre, si nécessaire, un programme de stockage pouvant porter sur 60.000 tonnes d’huile d’olive auprès des opérateurs du secteur, pour une durée de trois mois. Le mécanisme prévoit une prime de stockage ainsi qu’une prime complémentaire destinée aux agriculteurs, pour un coût global plafonné à 20 millions de dinars.

    Il s’agit d’un dispositif conditionnel : le communiqué prévoit son activation en fonction des besoins, sans préciser les critères qui déclencheraient son application ni les modalités de répartition des volumes entre les opérateurs.

    À plus long terme, le projet de loi de finances 2027 prévoit la création d’un compte spécial au Trésor, baptisé « Compte de la filière de l’huile d’olive ». Ce mécanisme doit assurer un financement pérenne des primes de stockage ainsi que des opérations d’entretien des entrepôts et des citernes relevant de l’ONH.

    L’huile conditionnée au cœur de la stratégie d’exportation

    Au-delà des volumes produits et exportés, le gouvernement entend renforcer la valeur ajoutée de l’huile d’olive tunisienne en privilégiant davantage le conditionnement et la diversification des débouchés.

    Les aides au transport maritime et aérien accordées aux exportateurs par le Fonds de promotion des exportations seront maintenues en 2027. La prime au transport maritime de l’huile conditionnée passera de 50% à 60%, selon les mesures annoncées, afin d’encourager l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée.

    Un programme spécifique doit également accompagner les jeunes entreprises exportatrices d’huile d’olive conditionnée, notamment dans le développement de leurs capacités techniques et commerciales et dans la préparation de leurs stratégies d’accès aux marchés étrangers.

    Les autorités prévoient, en outre, l’élaboration d’une stratégie nationale de communication et de promotion de l’huile d’olive tunisienne, destinée à faciliter l’accès à de nouveaux marchés et à renforcer les négociations commerciales dans les cadres africains et internationaux.

    Un programme spécifique doit viser à doubler les volumes actuels d’exportation d’huile d’olive conditionnée et biologique. Le conseil prévoit également d’encourager les exportations de produits conditionnés en fonction des marchés ciblés et d’améliorer les accords conclus avec les partenaires économiques.

    Le projet de loi de finances 2027 prévoit par ailleurs d’adapter les textes réglementaires relatifs aux aides à l’exportation, afin d’intégrer les emballages d’une capacité supérieure à trois litres et allant jusqu’à cinq litres.

    Promouvoir l’huile tunisienne sur le marché intérieur

    Sur le marché local, l’ONH sera chargé de commercialiser des quantités d’huile d’olive conditionnée à des prix tenant compte des coûts de production et du pouvoir d’achat des consommateurs.

    Le conseil prévoit également d’encourager les hôtels et les restaurants à privilégier l’huile d’olive tunisienne conditionnée et commercialisée sous une marque.

    Ces mesures visent à renforcer la présence de l’huile conditionnée sur le marché intérieur, en complément des efforts annoncés à l’exportation. Le communiqué ne précise toutefois ni les volumes concernés par la commercialisation de l’ONH ni les prix de vente envisagés.

    Formation, accompagnement technique et restructuration de l’ONH

    Le dispositif comprend enfin un volet consacré à l’encadrement technique des acteurs de la filière. Les programmes de formation préparés à destination des agriculteurs, des techniciens et des propriétaires d’huileries portent notamment sur la qualité, la taille des oliviers, la lutte contre les maladies et la mécanisation.

    Le communiqué mentionne également la formation aux techniques modernes dans le secteur oléicole et la valorisation du margine dans les terres agricoles, un sous-produit issu de l’extraction de l’huile d’olive.

    Le conseil prévoit par ailleurs une étude stratégique sur les perspectives de développement de la filière ainsi que l’élaboration d’un plan de restructuration de l’Office national de l’huile.

    L’ensemble de ces mesures dessine les principaux axes de l’intervention publique pour la campagne 2026-2027 : soutien au financement, renforcement des capacités de stockage, accompagnement des exportateurs et promotion de l’huile conditionnée. Leur portée dépendra toutefois des modalités concrètes de mise en œuvre, de la disponibilité effective des financements et de leur capacité à répondre aux besoins des producteurs et des opérateurs du secteur.

    S.H

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