La Tunisie forme des ingénieurs, mais peine à leur offrir des perspectives professionnelles à la hauteur de leurs qualifications. C’est le paradoxe mis en avant par le doyen des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, qui plaide pour un changement de cap : au lieu de concentrer le débat sur le nombre de diplômés, il estime qu’il faut s’attaquer aux capacités productives du pays et à son aptitude à générer des emplois qualifiés.
Lors de la manifestation « Ingénieurs créatifs », organisée samedi 24 octobre 2026 à la Maison de l’ingénieur à Tunis pour mettre en valeur les talents artistiques et culturels des ingénieurs tunisiens, les chiffres avancés donnent la mesure du défi. L’Ordre des ingénieurs tunisiens compte désormais plus de 100 000 inscrits, dont environ 43% de femmes. Une présence féminine significative qui témoigne de leur place dans la profession, mais qui ne suffit pas à masquer les difficultés d’insertion auxquelles une partie des ingénieurs reste confrontée.
Selon Mohsen Gharsi, le taux de chômage parmi les ingénieurs inscrits à l’Ordre avoisine 23%. Cette estimation doit toutefois être affinée et actualisée en coordination avec le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, a-t-il précisé. Elle n’en souligne pas moins l’ampleur d’une difficulté qui dépasse la seule question de l’adéquation entre formation et marché du travail.
Pour le doyen de l’OIT, la difficulté ne réside pas nécessairement dans le nombre d’ingénieurs formés par les établissements universitaires, mais dans la capacité de l’économie tunisienne à absorber ces compétences. Autrement dit, le pays ne manque pas uniquement de débouchés pour ses diplômés : il doit surtout créer les conditions économiques permettant de les employer.
Cette distinction déplace le débat vers la création de richesse, l’investissement et le développement des secteurs productifs. La multiplication des projets structurants, susceptibles de stimuler l’activité et de générer des emplois qualifiés, constitue à ses yeux un levier essentiel pour inverser la tendance.
Mohsen Gharsi cite notamment l’exemple chinois, où le nombre d’ingénieurs est considérable malgré l’ampleur de la population. Il y voit l’illustration d’un principe : la formation de compétences techniques ne constitue pas, en elle-même, un obstacle au développement. Tout dépend de la capacité de l’économie à mobiliser ces ressources humaines, à les intégrer dans des projets productifs et à valoriser leur expertise.
Le raisonnement est clair : sans investissements suffisants et sans développement des activités capables d’absorber les compétences nationales, la formation des ingénieurs risque de profiter davantage aux économies étrangères qu’à celle qui a contribué à les former.
Mohsen Gharsi a également abordé la migration des compétences nationales. Le phénomène est particulièrement visible dans les spécialités informatiques.
Le doyen affirme que de jeunes ingénieurs, notamment diplômés dans ce domaine, parviennent à décrocher des emplois à l’étranger, contribuant ainsi à la migration des compétences tunisiennes.
Cette mobilité professionnelle traduit à la fois l’attractivité des marchés étrangers et les limites des débouchés disponibles en Tunisie. Lorsque les perspectives de carrière, les projets d’envergure et les possibilités de valorisation des compétences font défaut, le départ peut devenir une option privilégiée pour les jeunes diplômés.
Pour Mohsen Gharsi, la réponse ne saurait se limiter à une régulation des flux de diplômés. Elle suppose une politique de développement capable de créer des emplois qualifiés, de soutenir l’investissement et de permettre aux ingénieurs de participer à des projets à forte valeur ajoutée sur le territoire national.
Il estime que la Tunisie dispose des moyens de réaliser des progrès économiques rapides, à condition de concentrer ses efforts sur les projets susceptibles de stimuler la production, l’investissement et la création d’emplois. Une ambition qui renvoie toutefois à une question centrale : celle de la capacité du pays à transformer ses compétences disponibles en activité économique concrète.
N.J











Commentaire
Mohamed Mabrouk
La Tunisie dominée par des beaux parleurs, des avocats, des juges ou des officiers de police, se mefie de ses ingenieurs. Elle prefère confier ses chantiers, ou ses strategies industrielles a d’autres, si ce n’est pas offrir carrement ses ressources, comme la cas phosco ou miskar.
Pourtant, de Makki Zidi ou Mokhtar Laatiri a Mohamed Frikha ou Karim Bguir, il y aurait eu des possibilités a exploiter.
L’etat tunisien est devenu au fil des decennies incapable d’elaborer une strategie industrielle, de programmer de a à z un secteur, encore moins d’en organiser le financement. Par incompetence financiere et non par manque d’argent. La competence financiere n’est pas la possession de beaucoup d’argent mais plutot savoir mettre le peu qu’il y a là ou il faut.
Qu’attendre d’un etat dont l’institution censée penser son futur, l’ITES, vous parle de lobbies? Qu’attendre d’un etat qui doit organiser un forum international pour quemander des idées de projets a des puissances a visées dominatrices?
Regardez l’ingenieur au Maroc. Payé au moins 3 fois plus qu’ici. Associé de prés, depuis Hassan 2, a la strategie industrielle du pays dans les ministeres, les agences etatiques, jusqu’aux plus hauts postes de responsabilité, a l’instar de Hassen Ouriagli un camarade de promotion qui, dans le cadre du holding royal, a planifié et mis en place la strategie efficace de l’investissement marocain a l’etranger, en particulier en Afrique noire. Par contraste, ici on jette en prison sans proces notre pionnier de l’investissement africain.
Sans parler de l’exemple chinois, pays des ingenieurs au pouvoir, et des realisations rapides et grandioses devant lequel meme les USA s’inclinent aujourd’hui