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Crevettes en Tunisie : TunSea met en garde contre les rumeurs de contamination radioactive

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Par Sarra Hlaoui

    La baisse des prix des crevettes sur les marchés tunisiens, notamment à Sfax et dans le Sud, a ravivé les interrogations sur leur origine et leur qualité sanitaire. Entre les publications évoquant des crevettes d’élevage, une possible contamination radioactive ou encore un lien avec des navires étrangers, les rumeurs se multiplient sur les réseaux sociaux. Dans une publication consacrée à la question, l’association TunSea pour la science participative appelle à distinguer les espèces présentes dans les eaux tunisiennes et à ne pas confondre origine exotique et danger pour la santé.

    À l’occasion de la reprise de la saison de pêche aux crevettes dans le golfe de Gabès, le 16 octobre, l’association rappelle que les produits commercialisés sur les marchés ne proviennent pas tous de la même espèce. Certaines crevettes sont natives de la Méditerranée, d’autres sont des espèces introduites qui se sont acclimatées aux eaux tunisiennes, tandis que d’autres encore sont élevées en aquaculture.

    Des espèces différentes, une même appellation sur les marchés

    Parmi les espèces locales figure la crevette royale (Penaeus kerathurus), présente notamment dans les eaux côtières du golfe de Gabès. Appréciée pour sa taille et sa valeur commerciale, elle compte parmi les variétés les plus recherchées sur les marchés tunisiens.

    La crevette rose des profondeurs (Parapenaeus longirostris) constitue une autre espèce d’intérêt commercial, pêchée notamment au large des côtes du Nord et du Cap Bon.

    Mais une partie des crevettes actuellement disponibles sur les marchés, particulièrement dans le Sud, appartient à une autre espèce : Metapenaeus monoceros, appelée localement « crevette blanche » ou « harsha ». Originaire de l’océan Indien, du Pacifique occidental et de la mer Rouge, elle a gagné la Méditerranée par le canal de Suez. Selon TunSea, sa présence en Méditerranée remonte à 1924 et son signalement dans le golfe de Gabès à 1993.

    Son abondance actuelle dans les captures contribuerait à expliquer la disponibilité accrue de cette variété sur les marchés. Pour autant, l’association souligne qu’il ne faut pas la confondre avec la crevette blanche du Pacifique (Penaeus vannamei), largement utilisée en aquaculture et faisant l’objet d’expériences d’élevage en Tunisie, notamment à Melloulèche, dans le gouvernorat de Mahdia.

    Une autre espèce introduite, Penaeus aztecus, originaire de l’Atlantique occidental et du golfe du Mexique, a également été signalée dans les eaux tunisiennes, notamment dans le golfe de Gabès, en 2016.

    Une espèce introduite n’est pas nécessairement dangereuse

    C’est l’un des principaux points soulevés par TunSea face aux publications qui associent les crevettes présentes sur les marchés à des risques sanitaires ou à une contamination radioactive. L’association affirme que ces allégations ne sont accompagnées d’aucune preuve scientifique ni d’analyses de laboratoire fiables permettant de les étayer.

    Elle rappelle qu’une espèce dite invasive ou introduite n’est pas, de ce seul fait, impropre à la consommation. Son arrivée dans un nouvel environnement peut toutefois avoir des conséquences écologiques, notamment sur les espèces locales et l’équilibre des écosystèmes marins. L’évolution de sa présence dans le golfe de Gabès mérite donc un suivi scientifique.

    La question de la sécurité alimentaire reste, elle, distincte de celle de l’origine biologique des crevettes. Comme les autres produits de la mer, celles-ci doivent répondre aux exigences sanitaires applicables, indépendamment de leur provenance ou de leur statut d’espèce locale ou introduite.

    La conservation, un enjeu essentiel pour la sécurité alimentaire

    Au-delà des rumeurs, les conditions de conservation constituent un point de vigilance important. Les crevettes sont des produits périssables qui doivent être maintenus à une température adaptée, depuis la pêche jusqu’à la vente, en passant par le transport et le stockage.

    Une rupture de la chaîne du froid ou des conditions d’hygiène insuffisantes peuvent accélérer leur altération et accroître les risques sanitaires. Le maintien au froid, notamment avec de la glace propre pour les produits frais, doit donc être assuré tout au long de la chaîne de commercialisation.

    L’association invite ainsi les consommateurs à ne pas se fier aux seules affirmations circulant sur les réseaux sociaux et à privilégier les informations provenant des autorités compétentes, des institutions scientifiques et des spécialistes de la pêche et de la sécurité alimentaire.

    Une pêche encadrée dans le golfe de Gabès

    TunSea rappelle enfin que la pêche à la crevette dans le golfe de Gabès est soumise à des périodes réglementées, notamment du 15 mai au 30 juin et du 16 octobre au 30 novembre, selon les éléments présentés dans sa publication. Ces dispositions visent à encadrer l’exploitation des ressources et à préserver les stocks.

    L’association souligne également l’intérêt des observations des pêcheurs, qui peuvent contribuer à documenter l’évolution des espèces et des captures, à condition de les compléter par des données scientifiques.

    Alors que les crevettes sont davantage présentes sur les étals et que leurs prix baissent, la distinction entre les différentes espèces permet de mieux comprendre l’évolution du marché. Elle ne dispense toutefois ni d’une surveillance des écosystèmes marins ni des contrôles sanitaires nécessaires pour garantir la sécurité des produits proposés aux consommateurs.

    S.H

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