L’abondance des crevettes sur les marchés tunisiens a récemment attiré l’attention des consommateurs. Ces crustacés, habituellement considérés comme un produit relativement coûteux, sont proposés à des prix nettement plus accessibles. Cette disponibilité inhabituelle, observée depuis la reprise de la saison de pêche dans le golfe de Gabès, le 16 octobre 2026, a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Si certains consommateurs se réjouissent de cette baisse des prix, d’autres s’interrogent sur l’origine de ces crevettes et leur innocuité.


Au fil des publications, les interrogations ont parfois laissé place à des affirmations alarmantes. Des internautes ont évoqué une possible contamination, des substances toxiques, voire une pollution radioactive. D’autres ont avancé l’hypothèse d’une opération délibérée visant à nuire à la santé des Tunisiens. Face à ces accusations, une question s’impose : les crevettes blanches actuellement commercialisées en Tunisie présentent-elles réellement un danger pour la santé humaine ?
En effet, l’ouverture de la saison de pêche dans le golfe de Gabès a coïncidé avec une augmentation des quantités de crevettes disponibles sur les étals. Cette abondance a contribué à faire baisser les prix, certaines variétés ayant été proposées à environ 10 dinars le kilogramme, voire moins dans certains points de vente, selon les informations rapportées par la presse tunisienne.
Le 20 octobre, plusieurs médias ont relayé les explications de Hela Jaziri, membre de l’association TunSea pour les sciences participatives. Selon elle, une partie des crevettes actuellement commercialisées appartient à une espèce non indigène, dont la présence dans les eaux tunisiennes serait favorisée par des conditions environnementales propices à son développement.
Cette explication a contribué à alimenter les discussions sur l’origine des produits. Pour certains internautes, l’apparition massive de crevettes d’aspect inhabituel et leur prix particulièrement bas constituaient des motifs de suspicion. Des publications ont ainsi associé ces crustacés à des élevages aquacoles, à l’arrivée de navires étrangers ou à une prétendue contamination.
Cependant, une baisse des prix et une augmentation des quantités disponibles ne constituent pas, à elles seules, des indices de contamination. L’abondance d’un produit de la mer peut s’expliquer par des facteurs saisonniers, biologiques et économiques, notamment l’évolution des captures et l’augmentation de l’offre.
Il convient également de distinguer les différentes espèces présentes sur les marchés. Toutes les crevettes vendues en Tunisie ne sont pas nécessairement de la même espèce, et leur couleur ne suffit pas à déterminer leur origine.
Les crevettes blanches sont-elles dangereuses pour la santé ?
Pour répondre aux inquiétudes, l’association TunSea a publié une mise au point le 25 octobre 2026. Elle a démenti les rumeurs faisant état d’une contamination des crevettes blanches actuellement disponibles sur les marchés tunisiens.
L’association affirme que les spécimens concernés sont propres à la consommation humaine et ne présentent pas de traces de radioactivité ni de substances toxiques. Elle souligne également que les accusations diffusées sur les réseaux sociaux ne sont étayées par aucune preuve scientifique ni par des résultats d’analyses de laboratoire fiables permettant de confirmer une contamination.

TunSea précise que les crevettes blanches observées notamment sur les marchés de Sfax et du Sud appartiennent à une espèce introduite, connue sous le nom de « crevette blanche inversée », qui se serait adaptée au milieu marin tunisien depuis 1993. L’association écarte tout lien entre sa présence et l’arrivée récente de navires étrangers ou des activités d’aquaculture.
Ces éléments permettent de remettre en perspective les affirmations alarmistes qui circulent en ligne. Le caractère non indigène d’une espèce signifie qu’elle est présente en dehors de son aire de répartition naturelle. Cela ne signifie pas qu’elle est automatiquement toxique ou dangereuse pour les consommateurs.
Une espèce introduite ne signifie pas nécessairement un produit contaminé
La présence d’espèces introduites dans les eaux tunisiennes doit être examinée à la lumière des connaissances scientifiques sur les écosystèmes marins. Certaines espèces peuvent s’installer dans de nouvelles zones géographiques et s’y reproduire lorsque les conditions environnementales leur sont favorables.
Dans le cas des crevettes blanches, TunSea indique que l’espèce actuellement observée s’est acclimatée au milieu marin tunisien depuis plusieurs décennies. Sa présence ne saurait donc être automatiquement attribuée à l’arrivée récente de navires étrangers ou à une opération d’élevage.
Il est également important de ne pas confondre cette espèce avec la crevette blanche du Pacifique, connue sous son nom scientifique Penaeus vannamei, largement utilisée dans l’aquaculture mondiale et faisant l’objet d’expériences d’élevage en Tunisie. Une ressemblance visuelle ne suffit pas à établir qu’il s’agit de la même espèce.
Par ailleurs, l’introduction d’une espèce peut soulever des questions environnementales, notamment lorsqu’elle entre en concurrence avec des espèces locales ou modifie les équilibres écologiques. Ces préoccupations méritent une évaluation scientifique, mais elles ne constituent pas, en elles-mêmes, la preuve d’un danger sanitaire pour les consommateurs.
La sécurité alimentaire dépend notamment de l’état sanitaire du produit, de sa fraîcheur, de ses conditions de conservation et du respect des règles d’hygiène tout au long de la chaîne de commercialisation. Une crevette d’une espèce introduite n’est donc pas nécessairement impropre à la consommation, pas plus qu’une espèce locale ne garantit, à elle seule, l’absence de tout risque.
Des accusations de contamination aux théories du complot
L’épisode illustre la manière dont une situation inhabituelle peut favoriser la circulation de fausses informations. Une baisse soudaine des prix, un produit dont l’apparence intrigue et un manque initial d’explications accessibles peuvent susciter des interrogations légitimes. Mais lorsque ces interrogations sont transformées en accusations de contamination radioactive ou en récits évoquant une volonté délibérée de porter atteinte à la santé des Tunisiens, le discours change de nature. Dans le cas présent, aucune preuve scientifique fiable citée dans les informations disponibles ne permet d’établir que les crevettes commercialisées sont contaminées ou qu’elles feraient partie d’une opération destinée à nuire à la population.
Les affirmations selon lesquelles les crevettes blanches actuellement vendues en Tunisie seraient contaminées ou présenteraient un danger pour la santé ne sont étayées par aucune preuve scientifique fiable identifiée dans les éléments consultés. L’association TunSea a explicitement démenti les rumeurs de contamination radioactive et toxique, tout en précisant que l’espèce concernée est présente dans le milieu marin tunisien depuis plusieurs décennies.
L’abondance des crevettes et la baisse des prix coïncident avec la reprise de la saison de pêche dans le golfe de Gabès, le 16 octobre 2026. Ces phénomènes ne démontrent ni une contamination ni l’existence d’une opération visant la santé des consommateurs.
R.A.












