La campagne oléicole 2026-2027 s’annonce moins généreuse que la précédente. En l’absence de chiffres officiels consolidés, les premières estimations avancées par Dhaoui Midani, président du Syndicat des agriculteurs, font état d’un recul potentiel de 40% de la production tunisienne d’huile d’olive. Le volume pourrait ainsi se situer autour de 250.000 tonnes, selon son appréciation, contre un niveau nettement supérieur lors de la campagne précédente. Une baisse qui relance les interrogations sur l’évolution des prix, alors que la récolte commence dans plusieurs régions du pays et que les cours internationaux continuent de peser sur le marché national.
Intervenant mercredi 28 octobre 2026 sur Jawhara FM, Dhaoui Midani a toutefois insisté sur le caractère provisoire de ces prévisions. Aucun chiffre officiel définitif n’ayant encore été publié, les volumes évoqués restent des estimations susceptibles d’évoluer au fil de la campagne.
Cette perspective tranche avec les volumes que le potentiel du patrimoine oléicole tunisien pourrait laisser espérer. Le pays compte, selon les chiffres avancés par le responsable syndical, entre 120 et 125 millions d’oliviers. Mais l’importance du verger ne se traduit pas mécaniquement par une production élevée. Les rendements dépendent notamment de l’état des arbres, des conditions climatiques, de la disponibilité de l’eau et de l’alternance naturelle de la production, qui fait succéder des années plus abondantes à des campagnes moins généreuses.
Dhaoui Midani a souligné, à cet égard, que les rendements exceptionnellement élevés observés certaines années ne sauraient constituer une référence systématique. La comparaison avec une campagne précédente particulièrement favorable peut ainsi accentuer la perception du recul attendu. L’enjeu consiste donc à distinguer la baisse conjoncturelle de la production de la capacité réelle du verger tunisien à générer des volumes importants dans des conditions agronomiques favorables.
Ce recul de la production pourrait exercer une pression sur les prix de l’huile d’olive tunisienne. Pour autant, une récolte moins abondante ne garantit pas, à elle seule, une hausse proportionnelle des cours. Le marché national reste étroitement lié aux débouchés extérieurs, notamment européens, et à l’évolution des prix pratiqués par les principaux pays producteurs.
Dhaoui Midani a rappelé que les cours internationaux constituent un facteur déterminant dans la formation des prix en Tunisie. Les volumes disponibles en Espagne, acteur majeur du marché mondial, ainsi que les perspectives de production à l’échelle européenne influencent les possibilités de commercialisation de l’huile tunisienne et les niveaux de rémunération des producteurs.
Sur le marché local, les premiers prix évoqués pour la nouvelle huile varient sensiblement. Des ventes autour de 10 à 12 dinars le litre sont signalées dans certaines huileries, tandis que des prix pouvant atteindre 15 dinars sont pratiqués dans certains points de vente. Ces montants demeurent toutefois indicatifs : ils ne constituent ni une moyenne nationale ni un prix de référence applicable à l’ensemble de la production.
Pour la suite de la campagne, le président du Syndicat des agriculteurs table sur un prix avoisinant 12 dinars le litre sur le marché intérieur, avec la possibilité d’une évolution à la baisse. Cette projection reste conditionnée à l’évolution des cours internationaux, à l’arrivée progressive de nouvelles quantités sur le marché et aux caractéristiques de l’huile commercialisée.
Les écarts de prix tiennent également à la qualité du produit, à son origine, aux conditions de vente et au circuit de commercialisation. Il convient donc de ne pas confondre les prix observés ponctuellement dans certaines huileries ou chez certains commerçants avec le niveau auquel l’huile sera effectivement écoulée sur l’ensemble de la campagne.
Le calendrier de la campagne constitue un autre élément à prendre en compte. Dans le Sud et une partie du Sahel, la récolte commence traditionnellement à la mi-octobre, tandis que les principales zones oléicoles du Nord entrent généralement en campagne plus tard, au cours du mois de novembre. Les conditions météorologiques et le degré de maturité des olives déterminent en partie ce décalage.
Au 28 octobre, les premières observations ne permettent donc pas encore de dresser un bilan national complet. Les résultats enregistrés dans les régions où la récolte a commencé ne peuvent être extrapolés sans précaution à l’ensemble du pays. Les volumes effectivement produits ne pourront être appréciés qu’à mesure que la campagne progressera et que les données régionales seront consolidées.
Au-delà des prévisions de récolte, Dhaoui Midani est revenu sur une question structurelle pour l’agriculture tunisienne : la disponibilité de l’eau. Le responsable a noté que la production pourrait bénéficier d’une meilleure maîtrise de l’irrigation, alors que le pays dispose d’un patrimoine oléicole considérable. Il a toutefois mis en garde contre une lecture exclusivement fondée sur le potentiel de production.
La régularisation des puits non autorisés, évoquée dans le cadre des nouvelles dispositions législatives, pourrait contribuer à encadrer des pratiques déjà existantes et à améliorer les conditions d’accès à l’eau pour certains agriculteurs. Mais, pour le président du syndicat, cette démarche ne saurait être assimilée automatiquement à une augmentation de la production.
La question centrale demeure celle de la disponibilité réelle de la ressource. Dans un pays confronté au stress hydrique et à la pression croissante exercée sur les nappes souterraines, l’extension de l’irrigation doit tenir compte de l’état des réserves et de la capacité des aquifères à supporter des prélèvements supplémentaires.
N.J










