Les caisses sociales tunisiennes continuent de souffrir de déséquilibres financiers majeurs, malgré les différentes mesures adoptées ces dernières années pour renforcer leurs ressources. Pour l’ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Hafedh Laâmouri, les solutions ponctuelles ne permettront pas de redresser durablement la situation. Il appelle à une réforme globale du système de sécurité sociale, reposant notamment sur une diversification de ses sources de financement.
Intervenant mercredi 28 octobre 2026, sur les ondes d’Express FM, Hafedh Laâmouri a estimé que les réformes successives, notamment le relèvement de l’âge de départ à la retraite dans le secteur public et l’augmentation des cotisations sociales, n’avaient pas permis de résoudre les difficultés structurelles des caisses.
Ces mesures ont été adoptées, selon lui, séparément, sans s’inscrire dans une stratégie d’ensemble. Or, la réforme de la sécurité sociale nécessite, à ses yeux, un ensemble cohérent de dispositions, mises en œuvre simultanément et dont les effets ne pourront être perceptibles qu’à moyen et long terme.
Un milliard de dinars, à peine un mois de pensions
L’ancien ministre a particulièrement insisté sur l’ampleur des besoins financiers du système. Il a rappelé que les mesures introduites dans La loi de finances 2026 devraient, selon des chiffres communiqués par le ministère des Finances et qu’il a rapportés, mobiliser environ un milliard de dinars supplémentaires.
Une somme qu’il invite toutefois à relativiser. « Un milliard de dinars, cela représente à peine un mois de pensions de retraite », a-t-il souligné, pour illustrer l’écart entre les ressources mobilisées et les besoins des caisses.
Hafedh Laâmouri a néanmoins salué l’orientation retenue dans le projet de Loi de finances 2027, qui poursuit la diversification des ressources de la sécurité sociale à travers plusieurs mesures fiscales.
Il a notamment évoqué le relèvement de la taxation des jeux de 40 à 60%, l’augmentation des taxes sur les boissons alcoolisées ainsi que celle du timbre de voyage, porté de 60 à 80 dinars. Il aurait également souhaité une fiscalité plus importante sur le tabac et les activités polluantes, considérant que leurs conséquences sanitaires contribuent à alourdir les dépenses de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).
L’ancien ministre a également salué la prise en charge par l’État des dettes sociales de quatre entreprises publiques en difficulté, une mesure susceptible de soulager les caisses, mais qu’il juge insuffisante à elle seule.
Une TVA sociale pour financer la sécurité sociale
Parmi les pistes qu’il préconise figure l’instauration d’une TVA sociale ciblant notamment les importations de produits de luxe et certaines marchandises qui concurrencent fortement la production nationale.
Les recettes ainsi générées seraient directement affectées au financement de la sécurité sociale.
Hafedh Laâmouri a souligné qu’une augmentation d’un seul point de TVA pourrait mobiliser des ressources considérables. Il a toutefois reconnu qu’une hausse généralisée aurait des répercussions sur la consommation, d’où sa préférence pour une taxation ciblée.
Il a également insisté sur la nécessité de lutter contre l’évasion sociale, rappelant que certaines entreprises ne déclarent qu’une partie de leurs salariés ou minorent les rémunérations soumises à cotisation. Il a ainsi plaidé pour un renforcement des contrôles et une meilleure récupération des créances sociales effectivement recouvrables.
L’économie informelle ne constitue pas une solution miracle
Revenant sur l’intégration de l’économie informelle, également évoquée dans les orientations du projet de loi de finances 2027, l’ancien ministre a mis en garde contre l’idée selon laquelle cette mesure suffirait à rétablir l’équilibre financier des caisses.
Il a fait valoir que, selon certaines études, près de 70% des travailleurs de l’économie informelle disposent de revenus très faibles. Leur intégration dans le régime classique de sécurité sociale pourrait donc générer des dépenses supplémentaires sans garantir des cotisations suffisantes.
Il a ainsi préconisé la création d’un régime spécifique, adapté à leurs capacités contributives, rappelant que l’accès à la sécurité sociale constitue un droit constitutionnel.
Retraite dans le privé : une prolongation volontaire plutôt qu’obligatoire
Sur la question d’un éventuel relèvement de l’âge de départ à la retraite dans le secteur privé, Hafedh Laâmouri a exprimé son opposition à toute mesure obligatoire.
Il a souligné la pénibilité de nombreux métiers, estimant que certains salariés arrivent déjà épuisés à 55 ans. Imposer une prolongation de leur activité risquerait, selon lui, d’aggraver les difficultés sociales et de freiner l’accès des jeunes au marché du travail.
Il s’est en revanche déclaré favorable à une prolongation volontaire de l’activité professionnelle, lorsque l’employeur et le salarié y consentent.
L’ancien ministre a également évoqué la possibilité d’augmenter les cotisations dans le secteur public, tout en insistant sur la nécessité d’inscrire cette mesure dans une réforme plus large.
Pour Hafedh Laâmouri, le redressement des caisses sociales ne pourra donc résulter d’une succession d’ajustements budgétaires. Il exige une refonte structurelle des organismes et des régimes de sécurité sociale, dont certaines structures remontent aux années 1950 et 1960.
Une réforme d’autant plus urgente que la Tunisie commence, selon lui, à enregistrer les premiers signes d’un vieillissement démographique, susceptible d’accentuer les pressions sur le financement des retraites dans les prochaines années.
M.B.Z










