Le scandale des déchets italiens, qui avait révélé en 2020 les failles du contrôle des importations et de la gestion des déchets en Tunisie, est loin d’avoir livré tous ses secrets. Près de six ans après l’éclatement de l’affaire, le sort d’une partie des déchets concernés demeure une question sans réponse claire. C’est ce qu’a affirmé Majdi Karbai, ancien député tunisien établi en Italie. Intervenant mercredi 28 octobre 2026 sur Express FM, il est revenu sur les zones d’ombre de ce dossier et a alerté sur l’absence de suivi public concernant les déchets qui n’auraient pas été rapatriés.
L’affaire avait éclaté après l’arrivée en Tunisie de déchets provenant d’Italie, importés par une entreprise tunisienne dans des conditions qui avaient suscité une vive controverse. Près de 120.000 tonnes de déchets réparties dans 282 conteneurs. Le dossier avait rapidement pris une dimension nationale, mobilisant les autorités judiciaires et environnementales et provoquant une crise politique. Des poursuites judiciaires ont visé 26 personnes dans le cadre de ce dossier.
D’importants efforts avaient ensuite permis le rapatriement vers l’Italie d’une partie des déchets concernés. Mais, selon Majdi Karbai, environ 1.900 tonnes sont restées à Sousse. Il a rappelé que la ministre de l’Environnement en fonction à l’époque avait annoncé leur retour ultérieur vers l’Italie.
Cet engagement n’avait toutefois pas été concrétisé. Plus préoccupant encore, l’ancien député a affirmé que ces déchets n’étaient plus dans les entrepôts de l’entreprise tunisienne qui les avait importés. Leur localisation actuelle et les conditions dans lesquelles ils auraient éventuellement été éliminés restent inconnues.
L’ancien député a évoqué également sur les suites judiciaires de l’affaire, estimant que les sanctions prononcées n’ont pas été à la hauteur de la gravité des faits.
Selon lui, une grande partie des personnes impliquées ont quitté la prison, soit après avoir purgé leur peine, soit à la faveur d’autres décisions judiciaires. Il a déploré que des faits susceptibles d’avoir des conséquences durables sur l’environnement et la santé publique n’avaient pas entraîné, à ses yeux, des sanctions suffisamment dissuasives.
Au-delà du sort des déchets, l’ancien député a dénoncé un accès devenu plus difficile aux informations publiques estimant que les journalistes, les associations et les acteurs de la société civile disposent aujourd’hui de moins de possibilités pour accéder aux données, vérifier les informations et suivre les dossiers sensibles.
Pour Majdi Karbai, l’enjeu concerne également la capacité des institutions à faire toute la lumière sur une affaire qui a mis en évidence des défaillances dans le contrôle des opérations d’importation et dans le suivi des déchets.
Il a établi à cet égard un parallèle avec les poursuites engagées en vertu du décret-loi n° 2022-54 relatif à la lutte contre les infractions se rapportant aux systèmes d’information et de communication. Il a critiqué ce qu’il considère comme un décalage entre le traitement judiciaire de certaines expressions publiques et celui de faits susceptibles de porter atteinte à l’environnement et à la santé collective.
Au cours de son intervention, Majdi Karbai a élargi son propos à la présence présumée de réseaux criminels étrangers en Tunisie. Il a affirmé que des organisations italiennes impliquées dans différentes activités illicites seraient actives sur le territoire tunisien et a évoqué notamment des réseaux liés au trafic de stupéfiants.
Il a cité des organisations criminelles italiennes, dont la « Ndrangheta », et a annoncé que des arrestations réalisées par les autorités tunisiennes ou italiennes témoigneraient de l’implantation de certains membres de ces réseaux en Tunisie.
L’ancien député a avancé que la lutte contre ces phénomènes devrait davantage mobiliser les services compétents, en particulier pour prévenir les activités susceptibles de menacer la sécurité publique, la santé et l’environnement.
N.J










