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Vingt ans de prison pour Riad Ben Fadhl : Al Qotb dénonce une condamnation « décidée d’avance »

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Par Myriam Ben Zineb

    Vingt ans de prison. C’est la peine prononcée, vendredi 30 octobre 2026, contre Riad Ben Fadhl, coordinateur général du parti Al Qotb, détenu depuis près de trois ans. Une condamnation particulièrement lourde, accueillie avec indignation par sa formation politique, qui dénonce un jugement « injuste » et y voit une nouvelle illustration de la répression visant les opposants au pouvoir. Dans un communiqué rendu public, Al Qotb conteste non seulement la sévérité de la peine, mais aussi les fondements du dossier judiciaire, affirmant que les arguments de la défense n’ont jamais été véritablement entendus.

    La décision a été rendue par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis. 18 autres prévenus, poursuivis dans le même dossier, ont été condamnés à neuf ans de prison chacun. L’affaire porte sur des soupçons de blanchiment d’argent et de corruption financière, en lien notamment avec l’acquisition de biens confisqués après la révolution de 2011.

    Pour Al Qotb, cette condamnation dépasse toutefois le seul cadre judiciaire. Le parti considère que son coordinateur général paie le prix de son engagement politique et de son opposition au pouvoir en place.

    Une défense qui dénonce un dossier sans preuves suffisantes

    Au-delà de la dénonciation politique, Al Qotb revient sur le déroulement du procès et sur les arguments présentés par les avocats de Riad Ben Fadhl.

    Selon le parti, les plaidoiries, qui se sont prolongées pendant plusieurs heures jeudi 29 octobre, ont mis en évidence l’absence de preuves sérieuses susceptibles de justifier une condamnation d’une telle gravité. Les avocats auraient également relevé plusieurs contradictions et irrégularités dans les investigations et l’instruction.

    Al Qotb affirme cependant que les explications, les pièces produites et les arguments juridiques avancés par la défense sont restés sans effet. Le parti va jusqu’à soutenir que l’issue du procès semblait arrêtée avant même l’examen de l’ensemble des éléments présentés.

    Près de trois années de détention

    L’affaire remonte au 14 novembre 2023, lorsque Riad Ben Fadhl avait été interpellé à l’aéroport international de Tunis-Carthage, à son retour de l’étranger. Dix jours plus tard, le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier avait émis un mandat de dépôt à son encontre.

    Depuis, sa détention s’est prolongée au rythme des audiences et des reports successifs. Le 12 octobre dernier, la chambre criminelle avait encore rejeté les demandes de remise en liberté introduites en sa faveur et pour plusieurs autres prévenus.

    Les investigations se sont notamment intéressées aux conditions dans lesquelles certains biens confisqués après la chute du régime de Ben Ali avaient été acquis. La défense a soutenu que les transactions contestées avaient été effectuées dans le cadre de procédures officielles d’adjudication et d’appels d’offres, conformément aux règles applicables.

    Le parcours judiciaire du coordinateur général d’Al Qotb avait également été marqué par une autre affaire, distincte de celle des biens confisqués. Le 30 mai 2024, il avait été condamné en première instance à quatre ans et six mois de prison ainsi qu’à une amende de deux millions de dinars pour des infractions douanières et financières, liées notamment à des opérations d’exportation et à des comptes bancaires ouverts à l’étranger.

    Cette condamnation avait cependant été annulée en appel, le 22 avril 2025, après la régularisation de sa situation financière et la présentation de justificatifs relatifs au règlement des sommes en cause. Cette décision n’avait pas entraîné sa libération, puisqu’il demeurait détenu dans le cadre du dossier des biens confisqués.

    « La prison ne lui a pas ôté sa foi en la liberté »

    Dans son communiqué, Al Qotb s’attache également à décrire l’homme derrière le dossier judiciaire. Le parti évoque un Riad Ben Fadhl qui, malgré l’incarcération, continue de venir en aide aux autres détenus, notamment aux malades, enseigne les langues, leur fait la lecture et tente de maintenir autour de lui un esprit de solidarité.

    « La prison ne l’a pas coupé de la vie et les barreaux ne lui ont pas ôté sa foi en la liberté », souligne en substance la formation politique, qui insiste sur sa détermination et sur sa conviction que son incarcération prendra fin.

    Al Qotb rappelle également son engagement dans les initiatives politiques et les mouvements de contestation engagés depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed avait annoncé les mesures exceptionnelles ayant profondément bouleversé le fonctionnement des institutions. Le parti considère que Riad Ben Fadhl a constamment défendu ses convictions en faveur de la démocratie, des libertés et de la justice sociale.

    Pour ses camarades, la condamnation prononcée vendredi ne saurait ainsi être dissociée de son parcours politique. Al Qotb y voit une nouvelle étape dans ce qu’il décrit comme une politique de criminalisation de l’opposition et d’affaiblissement de l’action politique.

    Le communiqué s’achève sur un appel à la libération de Riad Ben Fadhl et de l’ensemble des prisonniers d’opinion et détenus politiques, ainsi que sur la réaffirmation de la volonté du parti de poursuivre son combat pour les libertés, la démocratie et la justice sociale.

    M.B.Z

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