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Dar Hussein et Tourbet El Bey : deux témoins de l’histoire tunisienne à l’honneur

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Par Myriam Ben Zineb

    Deux joyaux du patrimoine tunisien, plusieurs siècles d’histoire et une nouvelle reconnaissance à l’échelle arabe. Le palais Dar Hussein et Tourbet El Bey, deux monuments emblématiques de la médina de Tunis, viennent d’être inscrits au Registre du patrimoine architectural et urbain des pays arabes, relevant de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alecso).

    Cette inscription a été annoncée vendredi 30 octobre 2026 par le ministère des Affaires culturelles, à l’issue de la onzième réunion de l’Observatoire du patrimoine architectural et urbain des pays arabes, tenue du 25 au 27 octobre au siège de la Ligue arabe, au Caire.

    Derrière cette distinction, deux édifices qui témoignent de plusieurs siècles d’histoire de la capitale. L’un a accueilli des dignitaires, des ministres, une municipalité et un état-major militaire. L’autre conserve les sépultures des souverains qui ont régné sur la Tunisie pendant plus de deux siècles.

    Dar Hussein, un palais qui a traversé les siècles

    Au cœur de la médina, Dar Hussein est bien davantage qu’une ancienne demeure aristocratique. Ses origines remontent au XIIe siècle, à l’époque des souverains khorassanides, mais c’est au XVIIIe siècle que le palais prend l’essentiel de son apparence actuelle.

    Selon l’Institut national du patrimoine (INP), sa construction et son aménagement sont principalement l’œuvre d’Ismaïl Kahia, ministre et gendre d’Ali Bey, qui régna de 1759 à 1782. Le palais connaît ensuite une nouvelle période d’embellissement au début du XIXe siècle, lorsque le puissant ministre Youssef Saheb Ettabaâ entreprend de l’agrandir en prévision de son mariage avec la princesse Fatma, sœur de Hammouda Pacha. Le projet est brutalement interrompu par son assassinat en 1815.

    Mais l’histoire de Dar Hussein ne s’arrête pas aux fastes de la cour beylicale. En 1858, le bâtiment devient le siège de la première municipalité de Tunis. Le général Hussein, premier président du conseil municipal, y établit sa résidence et lui laisse son nom.

    En 1882, au lendemain de l’instauration du protectorat français, le palais est réquisitionné pour accueillir le commandement des troupes françaises. Il conserve cette vocation militaire jusqu’à l’indépendance, avant de devenir, en 1957, le siège de l’Institut national d’archéologie et d’art, aujourd’hui Institut national du patrimoine.

    Avec ses patios, ses galeries, ses faïences et ses décors de plâtre sculpté, Dar Hussein porte également les traces des influences architecturales qui ont marqué Tunis, des traditions locales aux apports andalous, ottomans et italiens.

    Tourbet El Bey, dernière demeure des souverains husseinites

    Autre témoin majeur de l’époque husseinite, Tourbet El Bey est l’un des ensembles funéraires les plus remarquables de la médina de Tunis. Ce mausolée princier abrite les sépultures de plusieurs souverains de la dynastie qui a régné sur la Tunisie de 1705 à 1957.

    Édifié à l’initiative d’Ali Bey II dans les années 1770, Tourbet El Bey a été progressivement agrandi au fil des générations. Avec une superficie d’environ 1.400 mètres carrés, huit salles funéraires surmontées de coupoles et plus de 165 tombes, Tourbet El Bey figure parmi les plus importants ensembles funéraires de la médina. Il abrite notamment les sépultures de quatorze souverains husseinites, ainsi que celles de nombreux princes, princesses et dignitaires de la cour.

    Le monument se distingue aussi par la richesse de son décor. Marbres sculptés, céramiques polychromes, faïences issues des ateliers tunisois de Qallaline et ornements d’inspiration ottomane témoignent du raffinement artistique de l’époque.

    Au-delà de sa fonction funéraire, Tourbet El Bey constitue ainsi un précieux témoignage de l’histoire politique, familiale et artistique de la dynastie husseinite.

    Une reconnaissance, mais aussi un enjeu de préservation

    L’inscription de ces deux monuments au registre de l’Alecso vient consacrer leur importance dans le patrimoine architectural arabe. Elle devrait également contribuer à mieux les faire connaître et à renforcer les initiatives destinées à leur documentation, leur restauration et leur préservation.

    Dans son communiqué, le ministère des Affaires culturelles met notamment en avant les possibilités de coopération entre pays arabes, à travers le partage d’expériences et de savoir-faire dans la conservation et la gestion des monuments historiques.

    Cette distinction intervient également dans un contexte où la valorisation du patrimoine constitue un enjeu majeur pour l’attractivité culturelle et touristique de la médina de Tunis, elle-même inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979.

    Pour l’Institut national du patrimoine, elle représente une nouvelle reconnaissance des efforts engagés dans l’inventaire, l’étude et la sauvegarde des monuments historiques.

    Car derrière les façades de Dar Hussein et les coupoles de Tourbet El Bey, c’est toute une partie de l’histoire tunisienne qui continue de vivre. Une histoire dont la reconnaissance à l’échelle arabe ne prend véritablement son sens que si elle s’accompagne des moyens nécessaires à sa préservation et à sa transmission aux générations futures.

    M.B.Z

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