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Vandalisme dans les transports : la facture salée d’un service public fragilisé

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Par Sarra Hlaoui

    Quatre millions de dinars partis en fumée pour réparer des trains, des bus et des rames de métro endommagés. Et, derrière les vitres brisées et les équipements détériorés, 362 agents du secteur des transports victimes d’agressions en deux ans. En Tunisie, les atteintes au transport public ne se résument plus à des actes de vandalisme : elles pèsent sur les finances du secteur, fragilisent la sécurité des travailleurs et compliquent davantage les déplacements des citoyens.

    C’est le bilan présenté samedi 31 octobre 2026 par le ministre du Transport, Rachid Amri, à Ben Arous, à l’occasion du lancement de la troisième édition de l’initiative ministérielle consacrée à la préservation du service public. Selon le ministre, les dommages matériels causés aux trains, aux bus et au métro entre 2025 et 2026 ont coûté près de quatre millions de dinars. Sur la même période, 362 personnes travaillant dans le secteur ont été victimes d’agressions.

    Deux chiffres qui racontent une même réalité : les dégradations des moyens de transport et les violences contre ceux qui les font fonctionner finissent par atteindre un service dont dépendent quotidiennement des milliers de Tunisiens.

    Des réparations au détriment de l’amélioration du service

    Pour Rachid Amri, l’argent consacré à réparer les dégâts provoqués par ces actes pourrait être utilisé autrement. Le ministre a appelé à réorienter les sommes mobilisées pour remettre en état les équipements endommagés vers le développement du secteur, notamment l’acquisition de nouveaux équipements et l’amélioration de la qualité des services rendus aux citoyens.

    L’argument est simple : chaque dégradation entraîne des dépenses supplémentaires, alors que les entreprises publiques de transport doivent déjà répondre à des besoins importants en matière de maintenance, de renouvellement des équipements et de qualité de service. Le vandalisme ne détériore donc pas uniquement des biens collectifs. Il mobilise des ressources qui pourraient contribuer à améliorer un réseau dont les usagers attendent davantage de régularité, de confort et de sécurité.

    À ces coûts matériels s’ajoute une dimension humaine. Les 362 victimes recensées parmi les agents en 2025 et 2026 témoignent, selon le ministre, de l’ampleur du phénomène et de ses conséquences sur la sécurité des travailleurs. Les agressions peuvent également perturber le fonctionnement du service et compromettre les déplacements des voyageurs.

    Le bilan communiqué ne précise toutefois ni la répartition des victimes entre les différentes entreprises de transport, ni la nature des agressions recensées. Il donne néanmoins une mesure de la pression exercée sur un secteur dont les agents sont en première ligne face aux comportements violents.

    Le caillassage des trains, symptôme d’un problème plus large

    Parmi les comportements ciblés par cette campagne figure notamment le jet de pierres sur les trains, une pratique dangereuse qui expose les voyageurs et les cheminots à des blessures et peut provoquer des dégâts matériels. Un film consacré aux risques liés à ces actes a été projeté lors de la manifestation organisée au complexe culturel et sportif pour la jeunesse de Ben Arous.

    L’initiative entend mobiliser au-delà du seul ministère du Transport. Des représentants des ministères de l’Intérieur, de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, de la Santé, des Affaires religieuses ainsi que de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées ont participé à la rencontre. Tous ont souligné la nécessité de poursuivre les actions de sensibilisation, chacun dans son domaine de compétence.

    Parmi les pistes évoquées figurent l’organisation de rencontres et de débats dans les écoles et les lycées, la diffusion de messages de sensibilisation auprès des jeunes, ainsi que l’intégration de sermons consacrés à la préservation des biens publics. Le renforcement des patrouilles de sécurité a également été proposé afin de prévenir les agressions et de lutter contre les dégradations.

    Les participants ont, en outre, suggéré la création de clubs dans les établissements scolaires pour sensibiliser les enfants et les adolescents aux conséquences de ces actes, ainsi que la mise en place d’une commission nationale réunissant les différentes parties concernées pour suivre le phénomène et proposer des réponses.

    Préserver le bien public ne suffit pas sans responsabilisation

    Deux concours, consacrés au meilleur dessin de sensibilisation et au meilleur spot audiovisuel, ont également récompensé des productions destinées à alerter les jeunes sur les dangers du caillassage des trains.

    Reste à savoir si ces initiatives permettront de faire reculer durablement les comportements en cause. La sensibilisation constitue un levier, mais elle suppose un effort continu des familles, des établissements scolaires, des structures de jeunesse et des institutions publiques. Elle doit aussi s’accompagner de mesures capables de prévenir les agressions et d’assurer la protection des agents comme des usagers.

    Le transport public est un service collectif : sa dégradation ne pénalise pas une administration abstraite, mais les citoyens qui l’utilisent, les travailleurs qui le font fonctionner et les finances qui devraient servir à le développer. Avec quatre millions de dinars de dégâts et 362 agents victimes en deux ans, le coût du vandalisme dépasse largement celui des vitres brisées. Il se mesure aussi dans les moyens détournés de l’amélioration du service et dans la sécurité de ceux qui en dépendent.

    S.H

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