La nouvelle a été annoncée dans la soirée du dimanche 1er novembre 2026. Salah Belaïd, père de l’avocat et leader de gauche Chokri Belaïd, assassiné par balles le 6 février 2013, est décédé. Son nom restera associé à l’une des images les plus marquantes des lendemains de cet assassinat politique, celle d’un père frappé par l’indicible, mais qui avait trouvé la force de parler de son fils avec une dignité et un courage qui avaient profondément touché les Tunisiens.
En février 2013, la Tunisie découvrait, sidérée, l’assassinat de Chokri Belaïd, figure de la gauche tunisienne et voix particulièrement critique à l’égard des violences politiques et de l’extrémisme. Abattu devant son domicile, à El Menzah 6, l’avocat et secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifiés laissait derrière lui une famille endeuillée et un pays plongé dans le choc.
Dans les heures qui avaient suivi le meurtre, alors que la colère et la tristesse gagnaient les rues, les regards s’étaient aussi tournés vers la maison familiale. Au milieu des visiteurs venus présenter leurs condoléances, des caméras et de l’effervescence d’un pays qui peinait à comprendre ce qui venait de se produire, un homme avait marqué les esprits, Salah Belaïd.
Il y avait dans ses paroles quelque chose qui dépassait le chagrin d’un père. Sans grands discours, sans mise en scène de sa douleur, il avait tenu à rappeler qui était son fils, l’homme qu’il avait été et les convictions pour lesquelles il s’était engagé.
« Mon fils est un homme qui a vécu avec courage et dans la dignité. Il n’a jamais eu peur, il est parti en martyr pour son pays », avait-il déclaré aux visiteurs venus se recueillir auprès de la famille. Des mots simples, mais qui avaient trouvé un écho immense dans une Tunisie ébranlée.
Les années ont passé. L’affaire de l’assassinat de Chokri Belaïd a poursuivi son cours judiciaire, sans que les interrogations de la famille et de l’opinion publique cessent de peser sur ce dossier. En février 2022, Salah Belaïd avait notamment été reçu au palais de Carthage et avait insisté sur la nécessité de faire toute la lumière sur l’assassinat et de poursuivre les personnes impliquées.
La disparition de Salah Belaïd referme ainsi un chapitre de cette histoire douloureuse, celui d’un père qui aura traversé près de quatorze années sans son fils, mais dont les paroles prononcées au lendemain du crime sont restées dans les mémoires.
Chokri Belaïd est devenu, au fil des années, une figure emblématique de la mémoire politique tunisienne. Son nom continue de renvoyer à un assassinat qui a marqué un tournant dans l’histoire du pays. Celui de son père restera attaché à une autre image, plus intime, mais tout aussi forte, celle d’un homme qui, au milieu de la douleur, avait trouvé les mots pour dire sa fierté et défendre la mémoire de son fils.
À travers Salah Belaïd, c’est aussi le souvenir de ces journées de février 2013, de leur sidération et de leurs blessures, qui ressurgit.
R.B.H










