Le projet de révision du statut des enseignants universitaires ouvre un nouveau front de tension entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le partenaire social. La Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a dénoncé, lundi 2 novembre 2026, une démarche unilatérale du ministère, qui a lancé une consultation auprès des universitaires sans concertation préalable avec la structure syndicale. Elle a appelé, dans l’intervalle, les enseignants à suspendre leur participation au questionnaire et a convoqué une instance administrative nationale pour examiner les suites à donner.
Dans un communiqué adressé à l’opinion publique, la Fédération a affirmé avoir découvert l’initiative ministérielle sans en avoir été préalablement informée, alors qu’elle se considère comme un partenaire social incontournable dans ce dossier. La direction des programmes et de l’habilitation du ministère aurait adressé aux universitaires, par l’intermédiaire des présidents d’université et de la directrice générale des études technologiques, un questionnaire en ligne destiné à préparer un projet de statut particulier des enseignants universitaires.
Pour la structure syndicale, cette démarche constitue un contournement manifeste des engagements pris avec le partenaire social. Au-delà de la méthode, elle soulève plusieurs interrogations sur le contenu même de la réforme envisagée, dont les dispositions sont appelées à déterminer les parcours professionnels, les droits, les acquis et les conditions de travail des enseignants pour les années à venir.
La Fédération a pointé d’abord le périmètre restreint de la consultation, qui semble se concentrer sur le corps des enseignants-chercheurs, sans prendre en considération les autres catégories du personnel universitaire, notamment les enseignants agrégés et les technologues. Une omission qui pose la question de la représentativité du futur dispositif et de la prise en compte de l’ensemble des composantes de l’enseignement supérieur public.
Autre réserve majeure relevée par la Fédération : l’absence de toute référence à un éventuel impact financier des changements envisagés. La structure syndicale a noté, dans son communiqué, que les évolutions proposées concernant les missions des enseignants-chercheurs ne peuvent être examinées indépendamment de leurs implications matérielles et salariales.
Le syndicat a contesté également la méthodologie retenue pour cette consultation. Il a reproché au ministère de ne pas avoir explicité les critères ayant présidé au choix des thématiques soumises aux universitaires, tout en laissant de côté des questions jugées fondamentales pour un texte statutaire. La durée et la nature du temps de travail figurent notamment parmi les sujets absents du questionnaire.
La Fédération s’est par ailleurs interrogée sur les garanties entourant la participation à cette consultation. Aucun mécanisme clair ne permettrait, selon elle, de vérifier les conditions de participation des universitaires ni de déterminer les critères d’acceptation ou d’exclusion des réponses. Une lacune qui, à ses yeux, fragilise la représentativité des résultats et la fiabilité des données sur lesquelles le ministère pourrait s’appuyer pour élaborer son projet.
Au-delà de la consultation, le communiqué a remis sur la table la question du dialogue entre le ministère et les représentants des enseignants. La Fédération a rappelé que la commission mixte convenue entre les deux parties n’avait toujours pas été activée, malgré les engagements consignés dans les procès-verbaux des réunions des 6 mai 2022, 7 février 2023 et 16 mai 2025.
Elle a mis en garde contre les conséquences d’une méthode fondée sur des décisions unilatérales, estimant qu’elle risque d’aggraver les tensions au sein de l’université publique tunisienne et d’accentuer la rupture de confiance entre l’autorité de tutelle et les universitaires.
Le différend pourrait désormais prendre une tournure syndicale. La Fédération a annoncé la convocation d’une instance administrative sectorielle nationale pour le 8 novembre 2026, au siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). La réunion devra examiner les derniers développements du dossier, les revendications remontées par les structures syndicales régionales ainsi que les éventuelles formes de mobilisation à envisager.
D’ici là, la Fédération a appelé les enseignants universitaires à faire preuve de prudence et à ne pas se précipiter pour répondre au questionnaire ministériel, dans l’attente des conclusions de cette instance nationale.
N.J










