Une Peugeot RCZ ressuscitée, une 2 CV réinventée en version électrique, une DS aux lignes futuristes et un break Opel qui bouscule les codes. Au Mondial de l’Automobile de Paris 2026, le groupe Stellantis a sorti le grand jeu pour attirer les regards. À travers ses quatre marques Peugeot, Citroën, DS Automobiles et Opel, le géant automobile a multiplié les premières mondiales, les concept-cars spectaculaires et les sportives électriques, entre hommage à des modèles légendaires et démonstration des technologies de demain. Du 12 au 18 octobre 2026, Paris Expo Porte de Versailles a accueilli la 91e édition du Mondial de l’Automobile. Pour ces quatre marques du groupe Stellantis, ce rendez-vous a constitué une vitrine privilégiée pour présenter leurs nouveautés, mais aussi pour affirmer leur identité dans un secteur en pleine transformation.
D’un stand à l’autre, les approches différaient sensiblement. Peugeot célébrait son héritage sportif avec des créations électriques aux performances impressionnantes. Citroën renouait avec la simplicité et l’accessibilité qui ont fait le succès de la 2 CV. DS Automobiles misait sur le design et la personnalisation, tandis qu’Opel associait un break futuriste à une offensive sportive allant de la citadine électrique à la Formule E.
Au-delà des carrosseries spectaculaires, une même question traversait les présentations : comment réinventer l’automobile sans perdre ce qui fait le caractère de chaque marque ?
Peugeot : la RCZ renaît, la 205 T16 passe à l’électrique
Chez Peugeot, difficile de manquer les concept-cars. Le constructeur français avait réservé deux premières mondiales au salon : la RCZ Vision et la E-T16 Concept, deux créations qui puisent dans son histoire pour imaginer son avenir.
La RCZ Vision ravive le souvenir du coupé RCZ, commercialisé entre 2009 et 2015. Mais plutôt qu’une simple modernisation de l’ancien modèle, Peugeot propose une interprétation radicalement futuriste du coupé sportif. Silhouette sculpturale, proportions affirmées et lignes tendues : le concept inaugure le langage stylistique « Feline Future », appelé à influencer les prochaines générations de véhicules de la marque. Sous cette carrosserie se cache également une vitrine technologique. La RCZ Vision repose sur une architecture basée sur la plateforme STLA One, associée à une batterie à électrolyte solide développée avec Factorial Energy et à une architecture électrique de mille volts.
Peugeot annonce une puissance de 500 chevaux, une autonomie pouvant atteindre 600 kilomètres et une consommation de 11,50 kWh/100 km. Le constructeur évoque également une recharge de 10% à 80% en dix minutes. Ces caractéristiques illustrent les ambitions technologiques de Peugeot, mais restent celles d’un concept-car. Elles ne constituent donc pas les performances garanties d’un futur modèle commercialisé. L’habitacle réserve lui aussi son lot d’innovations. La RCZ Vision introduit une nouvelle interprétation du Peugeot i-Cockpit, avec des écrans transparents MicroLED et le volant Hypersquare. Ce dernier abandonne la forme circulaire traditionnelle et fonctionne avec une direction électronique steer-by-wire. La liaison mécanique entre le volant et les roues disparaît au profit d’une commande électronique, destinée notamment à faciliter les manœuvres et à adapter la réactivité de la direction à la vitesse.
À ses côtés, une autre création faisait directement référence à l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire sportive de Peugeot. Avec la E-T16 Concept, le constructeur rend hommage à la légendaire 205 Turbo 16, victorieuse du Championnat du monde des rallyes en 1985 et 1986. Quarante ans plus tard, cette icône renaît sous la forme d’une compacte électrique aux performances extrêmes.
Développée avec Peugeot Sport, la E-T16 Concept revendique 816 chevaux et une accélération de zéro à 300 km/h en seize secondes. Peugeot la présente comme une « Hyperhatch », une nouvelle interprétation de la compacte sportive poussée à l’extrême. Au-delà de l’hommage historique, le prototype donne également un aperçu de certaines orientations de la prochaine génération de Peugeot E-208, notamment à travers sa signature lumineuse et son environnement de conduite.
Le troisième concept-car exposé, Polygon Concept, complétait cette démonstration. Déjà dévoilé auparavant, il permettait notamment de découvrir le volant Hypersquare et la direction steer-by-wire, deux technologies que Peugeot prévoit d’introduire progressivement à partir de 2027.
Mais le constructeur ne s’est pas limité aux prototypes. La nouvelle E-208 GTi effectuait sa première apparition dans un salon automobile, aux côtés d’une 205 GTI de 1986. Avec ses 281 chevaux et une accélération de zéro à cent km/h en 5,5 secondes, elle marque l’entrée du célèbre badge GTi dans l’univers entièrement électrique. La Peugeot 9X8, engagée en Championnat du monde d’endurance, ainsi que plusieurs modèles de la gamme actuelle, de la 208 au 5008, complétaient ce stand de près de 1.300 m².
Chez Peugeot, le message était clair : l’électrification ne doit pas faire disparaître le plaisir de conduire ni l’héritage sportif qui a contribué à construire l’image de la marque.



















Citroën : la 2 CV électrique fait renaître l’esprit de la voiture populaire
Changement de registre chez Citroën. Ici, nul besoin de centaines de chevaux pour attirer l’attention. La vedette du stand portait un nom connu de plusieurs générations d’automobilistes : 2 CV.
Près de huit décennies après la présentation du modèle original au Salon de Paris en 1948, le constructeur français a choisi le même rendez-vous pour dévoiler la 2 CV Concept, une réinterprétation électrique de sa célèbre petite voiture. Les références au modèle historique sautent aux yeux. Projecteurs ronds, silhouette arrondie, proportions compactes et toit ouvrant en toile : Citroën a multiplié les clins d’œil à une automobile devenue l’un des symboles de la mobilité populaire. Mais derrière cette apparence familière, la philosophie a été adaptée aux usages contemporains.
Longue de 3,76 mètres, la 2 CV Concept a été imaginée comme une petite voiture électrique pratique, polyvalente et abordable. À bord, Citroën a choisi de privilégier l’espace et la simplicité. L’habitacle coloré abandonne la planche de bord traditionnelle au profit d’une architecture épurée, organisée autour d’un élément cylindrique regroupant les principales commandes. On y retrouve notamment un volant monobranche, un écran tactile de huit pouces et un dispositif d’affichage des informations essentielles à la conduite. Les solutions pratiques occupent également une place importante : panier de rangement amovible, poignées de portes souples, larges banquettes et même une banquette avant extractible, pensée pour prolonger les moments de détente à l’extérieur du véhicule. La marque a également imaginé une radio amovible, baptisée « Radioën », qui peut être utilisée comme enceinte portable. Autant de détails qui rappellent l’esprit ingénieux et décalé de la 2 CV originelle.
Mais l’intérêt de ce concept dépasse largement l’exercice de style. Citroën annonce vouloir présenter, d’ici deux ans, un modèle inspiré de cette proposition. Fabriqué en Europe, il viserait un prix de départ proche de 15.000 euros. Cet objectif, qui reste à concrétiser, s’inscrit dans les réflexions européennes sur une nouvelle catégorie de petites voitures électriques, notamment à travers la future réglementation E-Car. Dans un marché où le prix constitue encore un obstacle majeur à l’adoption de l’électrique, Citroën cherche ainsi à retrouver ce qui avait fait le succès de la 2 CV : une automobile simple, pratique et accessible au plus grand nombre.
Le concept ne préfigure donc pas seulement une nouvelle silhouette. Il pose aussi une question très concrète : comment rendre la voiture électrique plus abordable sans renoncer au confort et aux usages du quotidien ?
Avec cette réinterprétation, Citroën tente de démontrer que l’innovation automobile ne se mesure pas uniquement en chevaux, en accélérations ou en équipements technologiques. Elle peut aussi consister à revenir à l’essentiel.


















DS Automobiles : F3VER, le futur du design sous les projecteurs
Chez DS Automobiles, les lignes se font plus tendues, les surfaces plus sculpturales et les jeux de lumière prennent une place centrale.
La principale attraction était la DS F3VER, présentée en première mondiale. Ce concept-car exploratoire annonce une nouvelle orientation stylistique pour la marque française. Sa silhouette compacte se distingue par une face avant spectaculaire et une signature lumineuse arrière particulièrement travaillée. La carrosserie adopte une teinte dichroïque Bleu Cosmique, dont les reflets varient selon l’éclairage et l’angle d’observation.
La personnalisation constitue l’un des thèmes majeurs du projet. DS a notamment imaginé une carrosserie biton étendue, un anneau de pavillon personnalisable et des animations lumineuses évolutives. L’idée est de permettre au véhicule d’exprimer davantage la personnalité de son propriétaire.
Mais la F3VER ne se résume pas à ses effets visuels. Avec un empattement de 2,7 mètres et un coffre de 400 litres, elle cherche également à concilier dimensions compactes, habitabilité et polyvalence. Le constructeur met en avant une approche baptisée « Design Intelligence », qui consiste à concevoir des véhicules plus efficients en réduisant le nombre de composants et en simplifiant certaines solutions techniques.
Sur la F3VER, cette philosophie se traduit notamment par des boucliers monobloc, une intégration plus poussée des éléments lumineux et la suppression de certaines pièces rapportées sur la carrosserie. L’objectif est double : renforcer la pureté des lignes et améliorer l’efficience du véhicule. Pour DS Automobiles, ce concept constitue avant tout un laboratoire destiné à nourrir ses futures créations. Sa commercialisation sous cette forme n’a pas été annoncée.
La marque ne s’est toutefois pas limitée à cette vision du futur. Plusieurs modèles de sa gamme étaient également exposés, notamment les DS N°8, DS N°7 et DS N°4. La DS N°8, avec sa silhouette originale mêlant certains codes de la berline et du SUV, illustre les ambitions de la marque dans l’univers des véhicules électriques haut de gamme. La DS N°7 et la DS N°4 complétaient cette présentation, témoignant du renouvellement de la gamme et de l’évolution de l’identité stylistique du constructeur. Les visiteurs pouvaient également découvrir une DS 3 Maison Sarah Lavoine, qui met en avant le travail sur les couleurs, les matières et les finitions. Enfin, une DS 21 de 1969 rappelait l’héritage historique auquel la marque continue de faire référence.
La présence de cette automobile emblématique, à proximité des créations contemporaines, donnait une autre lecture du stand : celle d’une marque qui cherche à construire son avenir en s’appuyant sur une certaine idée du raffinement automobile français.

















Opel : un break futuriste, une Corsa de 280 chevaux et la Formule E
Chez Opel, le visiteur changeait encore d’univers. Le constructeur allemand avait imaginé un stand inspiré des autoroutes allemandes, avec cinq voies noires guidant le parcours, des bandes lumineuses jaunes et blanches et un imposant cube lumineux consacré à l’univers GSE.
Une mise en scène destinée à associer deux facettes de la marque : la précision de l’ingénierie allemande et le plaisir de conduite. Au centre de cette présentation figuraient deux premières mondiales : le STX Concept et la monoplace GSE 27FE. Le premier est un break électrique futuriste, dont les lignes annoncent une évolution importante du design Opel. Baptisé Sports Tourer eXperimental Concept, le STX reprend l’esprit des breaks qui ont longtemps occupé une place importante dans l’histoire du constructeur. Cette filiation remonte notamment à l’Olympia Rekord Caravan, lancée en 1953, et se poursuit aujourd’hui avec l’Astra Sports Tourer. Mais l’apparence du STX Concept est résolument tournée vers l’avenir.
Silhouette basse et allongée, surfaces sculptées, porte-à-faux courts et partie arrière plongeante : le prototype cherche à concilier dynamisme, fonctionnalité et efficacité aérodynamique. Sa face avant adopte une nouvelle interprétation de l’Opel Vizor, plus imposante et affirmée, avec des lamelles lumineuses verticales et un emblème Blitz éclairé. À l’arrière, les lignes lumineuses prolongent cette identité visuelle, tandis que des caméras remplacent les rétroviseurs extérieurs traditionnels. Mais le travail sur le design ne relève pas uniquement de l’esthétique.
Le STX Concept intègre plusieurs solutions aérodynamiques actives, notamment des diffuseurs qui se déploient sous la partie arrière et des éléments mobiles situés derrière les roues. Ces dispositifs adaptent les flux d’air aux conditions de conduite afin de réduire la traînée aérodynamique et d’améliorer la stabilité. Les jantes de 22 pouces, au dessin optimisé, participent également à cette recherche d’efficience.
Le prototype dispose d’une transmission intégrale et revendique une vitesse maximale supérieure à 200 km/h. À bord, Opel explore une ambiance lumineuse immersive, dans la continuité de ses précédents concept-cars Experimental et Corsa GSE Vision Gran Turismo. Le constructeur précise que certaines solutions stylistiques et technologiques du STX Concept feront leur apparition sur de futurs modèles de série.
À quelques mètres de ce break futuriste, la GSE 27FE plongeait les visiteurs dans un tout autre univers : celui de la compétition automobile. Présentée en première mondiale dans sa livrée définitive, cette monoplace de génération GEN4 accompagnera l’engagement d’Opel en Championnat du monde de Formule E à partir de la saison 2026-2027. Elle développe plus de 800 chevaux, dispose d’une transmission intégrale permanente et affiche une capacité de récupération d’énergie pouvant atteindre 700 kW. Avec cette monoplace, Opel entend faire de la compétition électrique une nouvelle vitrine technologique et sportive.
Le constructeur a également annoncé que Théo Pourchaire, champion de Formule 2 en 2023, serait l’un des pilotes titulaires de l’Opel GSE Formula E Team. Mais la marque allemande ne réservait pas les performances à la piste.
La nouvelle Corsa GSE effectuait également sa première apparition dans un salon automobile. Cette citadine électrique développe 207 kW, soit 280 chevaux, et un couple de 345 Nm. Elle abat le zéro à cent km/h en 5,5 secondes, ce qui en fait, selon Opel, son modèle de série offrant l’accélération la plus rapide.
À ses côtés, le Mokka GSE, déjà lancé auparavant, reprenait cette philosophie sportive dans un format SUV. Inspiré du Mokka GSE Rally, il développe également 280 chevaux et 345 Nm de couple. Sa vitesse maximale atteint 200 km/h, contre 180 km/h pour la Corsa GSE.
Opel profitait aussi du salon pour présenter l’Astra GSE Line, une nouvelle finition sportive dont la commercialisation est prévue au printemps 2027. Contrairement aux Corsa et Mokka GSE, cette déclinaison ne repose pas sur une motorisation exclusivement électrique haute performance. Elle reprend les codes stylistiques de l’univers GSE, tout en laissant le choix entre plusieurs motorisations. Une distinction importante, qui permet à Opel d’étendre son identité sportive à une clientèle plus large.
L’offre de SUV occupait également une place importante sur le stand, avec notamment le Grandland Electric AWD et le Frontera Electric. Le Grandland Electric AWD, premier modèle Opel entièrement électrique doté d’une transmission intégrale, développe une puissance cumulée de 325 chevaux et un couple pouvant atteindre 509 Nm. À l’autre extrémité de la gamme, le Frontera Electric à autonomie étendue mettait en avant une approche plus familiale et accessible. Équipé d’une batterie de 54 kWh, dont 52 kWh utiles, il annonce une autonomie pouvant atteindre 400 kilomètres. Le Frontera Electric privilégie ainsi la polyvalence et les usages quotidiens, tandis que la possibilité d’accueillir jusqu’à sept personnes concerne d’autres versions du Frontera.
Au-delà des concept-cars et des modèles de série exposés, Opel a profité de sa conférence de presse du lundi 12 octobre 2026 pour présenter ses ambitions industrielles. Florian Huettl, directeur général de la marque, a annoncé le lancement de quatre nouveaux modèles d’ici 2030, dont la prochaine génération de l’Astra, ainsi que plus d’un milliard d’euros d’investissements en Allemagne. Ces annonces montrent que les nouveautés présentées à Paris s’inscrivent dans une stratégie plus large de renouvellement de la gamme et de développement industriel.
Derrière les concept-cars et les sportives électriques, Opel entend ainsi montrer que sa transformation s’accompagne d’un renouvellement concret de sa gamme.


















Entre héritage et innovation, le défi de séduire les automobilistes
Au terme de ce parcours à travers les stands Peugeot, Citroën, DS Automobiles et Opel, une tendance se dégage : les constructeurs ne cherchent plus seulement à convaincre les automobilistes des avantages techniques de l’électrique. Ils veulent aussi leur donner envie. Peugeot ressuscite l’esprit de ses modèles sportifs les plus emblématiques. Citroën remet au goût du jour une voiture populaire devenue légendaire. DS Automobiles explore de nouvelles formes de personnalisation et de raffinement. Opel mise sur des lignes audacieuses et sur la compétition pour affirmer son identité. Mais derrière les promesses technologiques et les carrosseries spectaculaires, le passage à la production reste le véritable défi.
Les performances annoncées, les innovations présentées et les objectifs tarifaires devront encore être confrontés aux coûts industriels et aux attentes des automobilistes. La future petite électrique de Citroën, envisagée autour de 15.000 euros, illustre particulièrement cet enjeu : son succès éventuel dépendra moins de sa capacité à faire revivre le souvenir de la 2 CV que de son aptitude à proposer une solution de mobilité réellement accessible.
À l’autre extrémité, les concept-cars Peugeot et les ambitions sportives d’Opel montrent que l’électrique peut aussi devenir un terrain d’expression pour les véhicules les plus puissants, tandis que DS Automobiles cherche à séduire par le design et la différenciation.
À travers Peugeot, Citroën, DS Automobiles et Opel, Stellantis a ainsi montré au Mondial de l’Automobile de Paris 2026 quatre manières d’imaginer l’avenir de l’automobile, entre héritage, innovations technologiques et électrification.
Reste à savoir quelles promesses franchiront le cap de la production et lesquelles demeureront de spectaculaires exercices de style. Car au-delà des concept-cars et des performances annoncées, c’est sur la route, face aux attentes et au pouvoir d’achat des automobilistes, que ces ambitions devront faire leurs preuves.
I.N.










