Le ministère de la Justice devrait disposer d’un budget de 1,112 milliard de dinars en 2027, en hausse de 8,43 % par rapport à l’exercice précédent. Plus de la moitié de cette enveloppe sera affectée au programme Prisons et rééducation. Autre caractéristique de ce budget : le poids des rémunérations, qui devraient absorber près de 79 % des crédits, tous programmes confondus.
Ces chiffres ont été présentés lundi 2 novembre 2026, lors d’une séance parlementaire consacrée à l’examen du projet de budget de la mission Justice, en présence de représentants du ministère.
Selon les données communiquées, le budget de la Justice représentera 1,61 % des dépenses publiques totales de l’État. Le programme « Prisons et rééducation » absorbera à lui seul 50,97 % des crédits, soit près de 567 millions de dinars, contre 42,12 % pour le programme « Justice » et 6,92 % pour le pilotage et l’appui. Dans une mise au point publiée ultérieurement, le ministère a précisé que l’enveloppe consacrée aux prisons et à la rééducation couvre l’ensemble des dépenses du programme, notamment les rémunérations, l’alimentation et la prise en charge des détenus, le fonctionnement et l’entretien. Seule une partie de ces crédits est destinée aux infrastructures pénitentiaires.
Les dépenses de rémunération devraient atteindre 878,226 millions de dinars, en progression de 7,4 %, une hausse que le ministère attribue aux recrutements, aux promotions et aux augmentations salariales. Les dépenses de fonctionnement s’établiraient, quant à elles, à 120,4 millions de dinars, soit une augmentation de 14,7 %, notamment sous l’effet du renchérissement des coûts de l’énergie et de la prise en charge des détenus.
Des projets immobiliers à plusieurs centaines de millions de dinars
Le ministère prévoit également une augmentation significative des crédits d’engagement destinés à l’investissement, qui passeraient de 90 millions de dinars en 2026 à 329 millions en 2027.
Parmi les principaux projets annoncés figurent la construction d’un nouveau siège de la Cour de cassation, pour un coût prévisionnel de 250 millions de dinars, et celle d’un nouveau Tribunal de première instance de Tunis, estimée à 300 millions de dinars. De nouveaux locaux sont également envisagés pour le tribunal cantonal de Cité Ettadhamen et l’Institut supérieur de la profession d’avocat.
Le ministère a, par ailleurs, présenté plusieurs projets de numérisation des procédures judiciaires, de dématérialisation des archives et de développement des audiences à distance. Ces initiatives sont censées contribuer à réduire les délais de traitement des affaires et à faciliter l’accès des justiciables aux services judiciaires.
Délais judiciaires, manque de moyens et surpopulation carcérale
Au cours des échanges, plusieurs députés ont soulevé les difficultés persistantes auxquelles se heurtent les juridictions, notamment le manque de personnel, l’état de certaines infrastructures et la longueur des procédures. Ils ont également plaidé pour une meilleure couverture judiciaire des régions et un recours accru aux peines alternatives à l’emprisonnement.
En réponse, les représentants du ministère ont reconnu que la modernisation du système judiciaire nécessitait des moyens financiers importants, mais aussi des réformes législatives de fond. Ils ont notamment évoqué une révision des procédures et des compétences des juridictions, ainsi qu’une politique pénale destinée à réduire le nombre de détenus.
Si le projet de budget traduit une progression des moyens alloués à la Justice, la structure des dépenses laisse toutefois une marge limitée aux autres priorités du secteur. Entre le poids des rémunérations, les besoins du système pénitentiaire et les investissements annoncés, la question de l’amélioration effective du fonctionnement des tribunaux reste entière.
M.B.Z










