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Votre prénom vous gâche la vie ? Voici comment la loi tunisienne permet de le changer 

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Par Nadya Jennene

    Un prénom peut être une fierté, un héritage familial, une marque d’affection. Mais il peut aussi devenir un fardeau. Difficile à prononcer, porteur d’une signification embarrassante, source de quolibets ou prétexte à des humiliations répétées, il arrive que le nom inscrit sur un acte de naissance accompagne son titulaire comme une étiquette dont il ne parvient plus à se défaire. En Tunisie, changer de prénom est pourtant possible, mais cette démarche obéit à des conditions légales précises.

    Contrairement à une idée répandue, il ne suffit pas de ne plus aimer son prénom ou de lui préférer une autre appellation pour obtenir l’autorisation de l’abandonner. La loi prévoit des situations particulières dans lesquelles cette modification peut être sollicitée, ainsi qu’une procédure administrative à respecter.

    La législation tunisienne encadre en effet cette possibilité à travers la loi n° 64-20 du 28 mai 1964, relative à l’autorisation de certains Tunisiens à changer de nom ou de prénom, modifiée par la loi n° 66-29 du 3 mai 1966.

    Quatre situations dans lesquelles un changement de prénom peut être envisagé

    Intervenant sur Mosaïque FM jeudi 5 novembre 2026, l’avocate Mariem Louati Bouassida a évoqué plusieurs situations qui pourraient justifier une demande de changement.

    La première concerne les personnes dont le prénom est devenu une source de moqueries ou de harcèlement. Un enfant affublé d’un prénom qui prête à rire, régulièrement tourné en dérision par ses camarades ou exposé à des humiliations répétées, peut ainsi être concerné. La souffrance psychologique occasionnée par ces comportements constitue un élément important à faire valoir dans le dossier.

    La deuxième situation concerne les prénoms qui ne présentent pas de consonance arabe ou maghrébine. La législation prévoit expressément cette possibilité, parmi les motifs susceptibles de justifier une demande.

    La troisième concerne les prénoms dont la prononciation prête à confusion, notamment lorsqu’ils ressemblent phonétiquement à un autre mot ou peuvent donner lieu à des interprétations embarrassantes. Une difficulté qui, selon les circonstances, peut exposer leur porteur à des plaisanteries ou à des situations inconfortables.

    Enfin, le changement peut être demandé lorsque deux frères ou deux sœurs portent exactement le même prénom. Une situation qui peut résulter d’un choix parental, parfois motivé par un attachement particulier à une appellation familiale, mais qui peut engendrer des complications dans la vie quotidienne et dans certaines démarches administratives.

    Comment constituer un dossier pour changer de prénom ?

    La démarche ne consiste pas à déposer une simple demande administrative sans justification. Le requérant doit constituer un dossier permettant à l’administration d’apprécier le bien-fondé de sa demande.

    Comme l’a expliqué l’avocate sur Mosaïque FM, le dossier est déposé auprès de la Direction des affaires civiles du ministère de la Justice. Il doit notamment comprendre une demande écrite adressée au ministère, dans laquelle le demandeur expose précisément les raisons qui le poussent à vouloir changer de prénom.

    Lorsque la demande repose sur des faits de harcèlement ou de moquerie, il est particulièrement important d’étayer les arguments avancés. L’avocate a évoqué notamment la possibilité de produire des captures d’écran de publications ou de commentaires sur les réseaux sociaux, des témoignages et tout autre élément permettant de démontrer les humiliations subies.

    Dans le cas d’un enfant, des éléments attestant des répercussions psychologiques du harcèlement peuvent également être joints au dossier. L’avocate a mentionné la possibilité de présenter un rapport médical ou psychologique, voire un enregistrement vidéo dans lequel l’enfant témoigne des moqueries et des difficultés auxquelles il est confronté.

    L’objectif est de ne pas limiter la demande à une appréciation subjective du prénom, mais de démontrer concrètement les préjudices qu’il occasionne à son titulaire.

    Sur le plan administratif, les documents de base comprennent également deux extraits récents de l’acte de naissance ainsi qu’un certificat de nationalité tunisienne. La fiche administrative consacrée à cette prestation mentionne par ailleurs un timbre fiscal de cinq dinars.

    Une fois le dossier constitué, la demande est examinée par les services compétents. Le changement de prénom est autorisé par décret et non par une simple décision discrétionnaire du demandeur. Les autorisations accordées sont ensuite publiées au Journal officiel de la République tunisienne.

    Changer de prénom, oui. Changer de nom de famille, beaucoup plus difficile

    Une distinction juridique mérite particulièrement d’être soulignée : la législation tunisienne ne traite pas de la même manière le prénom et le nom de famille.

    Selon les indications publiées par le ministère de la Justice, le changement de patronyme est, en principe, réservé aux personnes ayant acquis la nationalité tunisienne. Celles-ci peuvent demander, par décret, à modifier leur nom familial.

    Pour les citoyens tunisiens de naissance, les motifs permettant de changer de prénom ne constituent donc pas une autorisation générale de modifier leur patronyme. Il faut également distinguer ces procédures de la rectification d’une erreur matérielle sur un acte d’état civil, laquelle relève d’un mécanisme juridique différent, pouvant nécessiter une décision du juge compétent.

    Au fond, derrière ces dispositions administratives se trouve une réalité souvent négligée : un prénom n’est jamais tout à fait anodin pour celui qui le porte. Ce qui peut sembler amusant ou insignifiant aux yeux de l’entourage peut devenir, pour son titulaire, une source durable de malaise, d’exclusion et de souffrance.

    Pour un enfant, particulièrement vulnérable aux moqueries de ses camarades, les conséquences peuvent dépasser largement le cadre de la cour de récréation. Et si le choix du prénom appartient aux parents, ce sont bien leurs enfants qui devront le porter, parfois toute leur vie.

    La possibilité de demander un changement constitue ainsi une protection juridique face à certaines situations où l’identité civile devient un facteur de stigmatisation.

    N.J 

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