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Inflation à 5,6% : pourquoi les prix continuent-ils de grimper malgré la stabilisation ? Les explications de Bassem Ennaifer

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Par Imen Nouira

    L’inflation se stabilise, mais le portefeuille des Tunisiens ne connaît aucun répit. En octobre 2026, le taux d’inflation s’est maintenu à 5,6%, exactement comme en septembre. Une stabilité qui pourrait sembler rassurante sur le papier. Pourtant, dans les marchés, les boucheries et les commerces, les consommateurs continuent de voir leur facture s’alourdir. Et pour certains produits alimentaires, les augmentations atteignent des niveaux particulièrement préoccupants.

    Les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS) illustrent ce décalage. Alors que l’inflation générale reste inchangée, celle des produits alimentaires poursuit son accélération, atteignant 8,5% en octobre, contre 8,4% en septembre et 7,5% en août. Autrement dit, les prix des produits qui occupent une place essentielle dans les dépenses des ménages augmentent plus rapidement que la moyenne générale. Car une inflation stabilisée ne signifie pas que les prix cessent de grimper. Elle indique simplement que leur rythme d’augmentation sur un an reste identique. Pour les consommateurs, la nuance est de taille : les hausses accumulées au fil des mois continuent de peser sur le pouvoir d’achat.

    Pourquoi cette résistance des prix alimentaires ? Quels mécanismes entretiennent la vie chère malgré la stabilisation de l’inflation générale ? Et dans quelle mesure la Banque centrale de Tunisie (BCT) dispose-t-elle encore de marges de manœuvre pour agir ?

    Intervenant jeudi 5 novembre 2026 au micro de Walid Ben Rhouma, dans l’émission Le Mag Express sur Express FM, l’analyste financier Bassem Ennaifer a apporté plusieurs éléments de réponse. Son analyse met en évidence une particularité de l’inflation tunisienne : les tensions ne proviennent pas uniquement de facteurs extérieurs, mais aussi de déséquilibres persistants au sein de l’économie nationale.

    L’alimentation, au cœur de la flambée des prix

    Derrière le taux général de 5,6% se cachent des augmentations bien plus importantes sur plusieurs produits de consommation courante. Selon l’INS, les prix des fruits frais ont bondi de 20% sur un an en octobre 2026. La viande ovine affiche une hausse de 14,7%, les volailles de 14,5% et la viande bovine de 13%. Les légumes frais ont augmenté de 12,9%, tandis que les poissons frais enregistrent une progression de 8,9%. À l’inverse, les huiles alimentaires ont connu une baisse de 4,8%, seule évolution négative parmi les principales catégories alimentaires relevées par Bassem Ennaifer.

    Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi la stabilisation de l’inflation générale reste peu perceptible pour une grande partie des ménages. L’analyste rappelle que l’alimentation représente 26,2% du panier de consommation retenu par l’INS pour calculer l’indice des prix. Elle constitue ainsi l’un des postes les plus importants dans les dépenses des ménages.

    Mais son poids ne se limite pas à cette proportion statistique. Contrairement à l’habillement, à l’équipement du logement ou à certains services, les achats alimentaires sont fréquents et difficilement compressibles. Une hausse du prix des fruits, des légumes ou des viandes est donc immédiatement ressentie, parfois plusieurs fois par semaine. Et lorsque les augmentations dépassent 10%, voire 20%, le taux moyen de 5,6% peut paraître bien éloigné de la réalité quotidienne.

    Bassem Ennaifer souligne ainsi l’importance de distinguer l’inflation mesurée à travers l’ensemble du panier de consommation de celle ressentie par les ménages, particulièrement sensibles à l’évolution des prix des produits essentiels. Cette différence ne remet pas en cause les statistiques officielles. Elle tient à la composition même de l’indice, qui agrège des catégories dont les prix évoluent à des rythmes très différents.

    À titre d’exemple, les prix des produits manufacturés ont progressé de 4,8% sur un an, tandis que ceux des services ont augmenté de 4,1%. Des évolutions inférieures à celle des produits alimentaires, qui contribuent à modérer le taux général malgré les fortes hausses enregistrées sur les étals. L’analyste relève d’ailleurs que les autres catégories de biens et de services connaissent également des augmentations, notamment l’habillement, la santé ou encore l’enseignement. Toutefois, leurs évolutions ne présentent pas la même intensité que celles observées sur les produits alimentaires.

    Un autre indicateur confirme que les prix n’ont pas cessé de progresser. Entre septembre et octobre 2026, l’indice des prix à la consommation a encore augmenté de 0,7%, après une hausse mensuelle de 0,8% en septembre. Cette progression mensuelle provient notamment de l’augmentation de 6,3% des prix de l’habillement et des chaussures, tandis que les produits alimentaires ont enregistré une hausse de 0,2% sur le mois. Le ralentissement de la progression mensuelle ne doit donc pas être confondu avec une diminution du niveau des prix. Pour les ménages, les augmentations successives continuent de s’accumuler, même lorsque le rythme global de l’inflation cesse de s’accélérer.

    Pourquoi les prix alimentaires résistent-ils à toute accalmie ?

    Pour Bassem Ennaifer, les tensions sur les prix alimentaires trouvent d’abord leur origine dans un déséquilibre entre l’offre et la demande. La production de plusieurs produits agricoles demeure insuffisante pour répondre aux besoins du marché. Lorsque les quantités disponibles se réduisent alors que la demande se maintient, les prix subissent des pressions à la hausse. Cette situation est particulièrement sensible pour les produits frais, dont l’approvisionnement dépend directement des cycles agricoles et des conditions de production.

    L’analyste insiste notamment sur l’impact des conditions climatiques. Les fortes chaleurs, les variations des précipitations et les perturbations météorologiques peuvent affecter les rendements agricoles et réduire les quantités commercialisées. Or, une baisse de la production ne peut pas toujours être compensée rapidement. Les cultures obéissent à des calendriers précis et les quantités disponibles dépendent de récoltes qui se préparent plusieurs mois à l’avance. Lorsque les volumes produits ne suffisent pas à satisfaire la demande, les tensions peuvent donc se prolonger bien au-delà d’une période de perturbation climatique.

    Bassem Ennaifer considère ainsi que l’insuffisance de l’offre constitue l’un des principaux facteurs de la persistance de l’inflation alimentaire en Tunisie. Cette explication est essentielle pour comprendre pourquoi les prix peuvent continuer d’augmenter même en l’absence d’une forte progression de la demande. Lorsque l’offre est contrainte, une demande relativement stable peut suffire à maintenir des tensions sur les marchés.

    Mais les difficultés de production ne sont pas les seules en cause. Les coûts supportés par les entreprises interviennent également dans la formation des prix, à travers les matières premières, les intrants, le transport, l’assurance ou encore le financement. C’est ici qu’entre en jeu l’inflation importée, autre dimension évoquée par Bassem Ennaifer. La Tunisie dépend de l’étranger pour une partie de ses matières premières, de ses intrants et de ses approvisionnements. Toute augmentation des prix internationaux de ces produits peut se répercuter sur les coûts de production et, à terme, sur les prix payés par les consommateurs. Cette transmission n’est toutefois ni automatique ni nécessairement immédiate. Elle dépend notamment de la nature des produits importés, de leur poids dans les coûts de production et de la capacité des entreprises à absorber une partie des hausses.

    Les frais de transport et d’assurance constituent d’autres facteurs de renchérissement. Une augmentation du coût du fret ou des charges liées à l’acheminement des marchandises peut ainsi alourdir la facture des importateurs, même lorsque le prix d’achat initial d’un produit évolue peu. À cela s’ajoutent les fluctuations des taux de change, notamment celles du dollar, devise utilisée dans de nombreuses transactions commerciales internationales. Concrètement, lorsqu’un produit importé est facturé en dollars, une appréciation de cette monnaie face au dinar peut augmenter son coût, même si son prix sur le marché international reste inchangé. À l’inverse, une évolution favorable du taux de change peut contribuer à atténuer certaines pressions. L’inflation importée ne se limite donc pas aux variations des cours mondiaux. Elle résulte également des conditions dans lesquelles les entreprises tunisiennes achètent, financent et acheminent leurs approvisionnements.

    Le coût du crédit intervient lui aussi dans cette équation. Des conditions de financement contraignantes alourdissent les charges des entreprises et peuvent limiter leur capacité à investir, à moderniser leurs équipements ou à développer leur production. Une entreprise confrontée simultanément à une hausse du coût de ses intrants, à des frais de transport élevés et à un financement onéreux dispose de marges de manœuvre réduites. Elle peut être amenée à absorber une partie de ces charges, à réduire ses marges ou à en répercuter une partie sur ses prix de vente.

    Mais Bassem Ennaifer attire surtout l’attention sur une différence fondamentale entre l’inflation tunisienne et celle observée dans de nombreuses autres économies. À l’échelle internationale, les fluctuations des prix de l’énergie constituent souvent un moteur important de l’inflation. Une hausse du pétrole ou du gaz peut se transmettre aux carburants, aux coûts de transport, à la production industrielle et, progressivement, à une large gamme de biens et de services. L’analyste rappelle notamment que les coûts énergétiques jouent un rôle déterminant dans le transport et l’acheminement des marchandises. Une hausse des carburants peut ainsi renchérir le coût de distribution des produits, même lorsque leur prix à la production demeure inchangé.

    En Tunisie, cette transmission présente certaines particularités. Les prix de plusieurs produits énergétiques étant administrativement fixés, les variations des cours internationaux ne sont pas nécessairement répercutées immédiatement et intégralement sur les prix payés par les consommateurs. Cela ne signifie pas que l’économie tunisienne soit à l’abri des fluctuations énergétiques. Lorsque les prix internationaux augmentent sans ajustement équivalent des tarifs administrés, une partie de la pression peut se déplacer vers les finances publiques, notamment à travers les besoins de compensation.

    Les entreprises restent également exposées, directement ou indirectement, aux coûts de l’énergie utilisée dans la production, le transport et la distribution. Mais la particularité mise en avant par Bassem Ennaifer réside ailleurs : en Tunisie, les difficultés de production et d’approvisionnement alimentaires occupent une place particulièrement déterminante dans les tensions inflationnistes.

    Autrement dit, alors que les prix de l’énergie constituent un facteur majeur de hausse des prix dans plusieurs pays, l’inflation tunisienne est largement alimentée par l’insuffisance de la production alimentaire par rapport à la demande. Cette distinction permet de comprendre pourquoi une détente des cours mondiaux du pétrole ne suffirait pas, à elle seule, à résoudre le problème de la vie chère.

    Une baisse du coût de certains intrants importés pourrait certes alléger les charges des entreprises. Elle ne ferait toutefois pas disparaître les pénuries d’offre, les perturbations des récoltes ou les déséquilibres entre les quantités disponibles et les besoins du marché. Tant que l’offre alimentaire ne répond pas suffisamment à la demande, les tensions sur les prix risquent donc de persister. La lutte contre l’inflation ne dépend pas uniquement des marchés internationaux : elle renvoie aussi aux capacités productives de l’économie tunisienne et à la régularité de son approvisionnement.

    Taux directeur : la BCT face à un équilibre délicat

    Cette persistance de l’inflation soulève une autre question : quelle marge de manœuvre reste-t-il à la Banque centrale de Tunisie ? Avec un taux directeur de 7% et une inflation de 5,6%, la politique monétaire doit composer avec des impératifs difficiles à concilier. D’un côté, le maintien de conditions monétaires restrictives vise à contenir les pressions inflationnistes. De l’autre, le coût du crédit pèse sur les entreprises et peut freiner l’investissement, alors même que l’amélioration de la production constitue l’un des moyens de réduire les tensions sur les prix.

    Interrogé sur les perspectives de la politique monétaire, Bassem Ennaifer estime que la BCT devrait maintenir son taux directeur à son niveau actuel dans l’immédiat, sans procéder à une nouvelle hausse ni engager une baisse à court terme. Cette prudence s’explique notamment par la persistance des pressions inflationnistes, malgré la stabilisation du taux général.

    Pour comprendre les enjeux de cette décision, il faut rappeler le fonctionnement du principal instrument de la BCT. En agissant sur son taux directeur, la Banque centrale influence le coût du financement dans l’économie. Une hausse des taux tend à renchérir le crédit, ce qui peut modérer la consommation et l’investissement financés par l’emprunt. Une baisse produit généralement l’effet inverse, en facilitant progressivement l’accès au financement. Mais ces mécanismes ne répondent pas de la même manière à toutes les formes d’inflation.

    Lorsque les tensions proviennent principalement d’une demande trop forte, un renchérissement du crédit peut contribuer à ralentir les dépenses et, par conséquent, la progression des prix. En revanche, lorsque les hausses sont alimentées par une production insuffisante, les effets de la politique monétaire sont plus limités. Des taux élevés peuvent freiner la demande, mais ils ne permettent pas de faire apparaître immédiatement davantage de produits agricoles sur les marchés. Ils peuvent même compliquer le financement des investissements nécessaires à l’amélioration de l’offre. C’est tout le dilemme auquel se trouve confrontée la BCT.

    Une nouvelle hausse du taux directeur risquerait d’alourdir davantage le financement de l’économie, notamment pour les entreprises qui cherchent à investir ou à renforcer leurs capacités de production. À l’inverse, une baisse prématurée pourrait soutenir la demande sans que l’offre soit nécessairement en mesure d’y répondre, au risque d’entretenir certaines tensions inflationnistes.

    La Banque centrale doit donc tenir compte non seulement du niveau de l’inflation, mais également de son origine, de son évolution et des perspectives économiques. Dans ce contexte, le maintien du taux directeur apparaît, selon l’analyse de Bassem Ennaifer, comme le scénario privilégié à court terme. Un assouplissement monétaire pourrait être envisagé ultérieurement si l’évolution des prix et les conditions économiques le permettent. Il ne s’agit toutefois pas d’une baisse acquise, mais d’une possibilité dépendant de la conjoncture.

    Les dernières statistiques de l’INS montrent d’ailleurs que les tensions inflationnistes évoluent différemment selon les catégories de produits. En octobre 2026, l’inflation sous-jacente, calculée hors alimentation et énergie, s’est légèrement repliée à 4,8%, contre 4,9% en septembre. Ce ralentissement suggère une modération des hausses sur une partie du panier de consommation, sans pour autant signifier que les pressions inflationnistes ont disparu. Car dans le même temps, l’inflation alimentaire a poursuivi son accélération pour atteindre 8,5%. Cette divergence rappelle qu’une amélioration de certains indicateurs ne se traduit pas nécessairement par un soulagement immédiat pour les ménages, particulièrement lorsque les produits essentiels continuent de subir de fortes augmentations.

    Les données de l’INS révèlent enfin un autre contraste, tout aussi significatif. En octobre 2026, les prix des produits alimentaires libres, c’est-à-dire ceux dont les tarifs ne sont pas administrativement fixés, ont augmenté de 9,6% sur un an. À l’inverse, les produits alimentaires à prix encadrés n’ont enregistré qu’une hausse de 0,3%. Toutes catégories confondues, les prix des produits libres ont progressé de 6,8%, contre 1,2% pour les produits encadrés. Ces écarts, qui portent sur des catégories de produits différentes, ne suffisent pas à mesurer à eux seuls l’efficacité de l’encadrement tarifaire. Ils illustrent néanmoins les limites de sa portée face aux tensions persistantes sur les marchés.

    Car si l’État peut agir directement sur les prix de certains produits, la maîtrise de l’inflation alimentaire ne saurait se résumer à leur fixation administrative. Elle dépend aussi de la capacité de l’économie à produire suffisamment pour répondre à la demande. Et c’est précisément sur ce terrain que se joue une grande partie de la bataille contre la vie chère.

    I.N.

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    2 commentaires

    1. jamel.tazarki

      Répondre
      6 novembre 2026 | 13h04

      Introduction : nous devrions plutôt augmenter notre productivité dans tous les domaines afin de permettre au peuple de se nourrir, de s’habiller et de se loger à moindre coût. Il faut augmenter la productivité, diminuer le prix de revient et le prix de vente. Le prix d’un kilo de tomates ne devrait pas dépasser 60 millimes, celui d’un kilo de pommes de terre 50 millimes, et celui d’une salade verte 30 millimes, etc. Tout ceci est possible grâce à une forte productivité, même en culture hors sol.

      Aucun de nos politiciens, aucun de nos professeurs d’économie, aucun de nos députés, aucun de nos hommes d’affaires ne s’intéresse à la magie socio-économique d’une forte productivité. En effet, on ne discute que de l’augmentation des impôts, de la manière de s’endetter encore et encore ou du taux directeur !

      Il n’y a qu’un seul mot magique pour expliquer ce que nous devons faire : la productivité !
      –> Notre révolution socio-économique devrait être celle de l’explosion de la productivité. J’invite tous les Tunisiens à travailler moins, mais intelligemment, tout en produisant davantage. Oui, travailler moins et intelligemment pour produire davantage, en quantité comme en qualité.

      Pour faire face à la concurrence internationale, la Tunisie a besoin d’un rendement et d’une efficacité exemplaires. La politique des bas prix de revient, associée à une productivité accrue, est celle que les Allemands appliquent depuis longtemps. C’est grâce à cette stratégie qu’ils ont pu augmenter leurs exportations. Ils ne craignent pas de payer des salaires élevés. Ils parviennent cependant à abaisser le prix de revient grâce à une productivité devenue beaucoup plus intense avec le temps, à un outillage perfectionné et à une organisation optimale faisant intervenir tous les éléments de la rationalisation.

      Arrêtez de nous enfumer avec ces histoires de « transformations géopolitiques et économiques qui redessinent l’ordre mondial, dans un contexte marqué par des mutations profondes et des tensions internationales croissantes » afin de justifier notre décadence socio-économique, politique, culturelle, judiciaire et constitutionnelle. Nous sommes dans la merde à cause de nos différents dictateurs qui n’ont pas encore compris que les problèmes socio-économiques de la Tunisie sont principalement causés par une faible productivité des produits échangeables, à des distorsions du marché, à des infrastructures inadéquates et à une gouvernance inefficace. Ces facteurs limitent la capacité de nos entreprises à être compétitives à l’échelle internationale.
      –>
      Il n’est plus rentable d’exporter nos produits agricoles vers les pays du Nord. Les Pays-Bas produisent en effet 460 tonnes de tomates par hectare, alors que la Tunisie n’atteint pas les 20 tonnes en moyenne. Nos exportations, qu’elles soient agricoles ou industrielles, engendrent plus de pertes que de gains. Nous consacrons un espace considérable et un travail colossal à tous les secteurs de l’économie, mais la rentabilité est minimale.

      Ce ne sont pas seulement la dévaluation excessive de notre monnaie ou l’ajustement du taux directeur qui amélioreraient nos exportations, mais plutôt l’augmentation des volumes exportés grâce à une forte productivité qui pourrait nous rendre compétitifs sur le marché international.

      –>
      Nos agriculteurs sont pour la plupart ignorants et routiniers, et ne réalisent qu’un bénéfice très faible, voire aucun. Nous consacrons un espace considérable et un travail colossal à tous les secteurs de l’économie, mais la rentabilité est minimale, si bien qu’il n’y en a pas assez pour tous les Tunisiens. Le problème principal est que nous ne ressentons pas la nécessité d’améliorer nos méthodes de production. Il faut sortir de cette routine. Nos agriculteurs et une grande partie de nos industriels manquent de stimulation et restent dans leur ignorance et leur routine. Cette faible rentabilité, causée par une faible production, pèse sur l’ensemble de la population tunisienne. Nous avons baissé les bras et nous nous sommes résignés à suivre les mêmes sentiers battus depuis des décennies. Nous restons aussi pauvres qu’auparavant, car notre productivité est trop faible dans tous les domaines. Qu’est-ce qui nous empêche d’aller plus loin ? Qu’est-ce qui nous freine ? Le grand problème des Tunisiens, c’est cette difficulté à mener une activité jusqu’à son terme. Il semble que tout nous fasse envie, mais nous ne menons jamais les choses jusqu’au bout (rien n’est jamais réellement fini). C’est pareil avec notre révolution dite de Jasmin, qui a été étouffée dès le début. La plus grande erreur est de maintenir bon nombre d’entreprises publiques qui sont déjà en ruines.

      Il faudrait également adapter notre agriculture aux changements climatiques. Il conviendrait notamment d’opter pour des cultures et des races animales plus résistantes à la chaleur, à la sécheresse et aux maladies. Nos agriculteurs doivent adopter des pratiques résilientes, telles que la sélection de variétés résistantes ou la diversification des cultures. Il est par exemple absurde de continuer à cultiver des orangers au Cap Bon, en Tunisie, dans une région où l’eau se fait de plus en plus rare, car ces arbres sont très gourmands en eau. Avant la réforme agricole des années 1960, on ne trouvait que des figuiers dans la région de Korba ; aujourd’hui, on y trouve surtout des orangers desséchés par le manque de pluie, alors que les figues sont bien plus rentables que les oranges sur le marché international. On n’a jamais arrosé nos figuiers à Tazarka.

      La concurrence sur les marchés internationaux des industries à forte productivité rend le problème des débouchés plus difficile pour tous ceux qui n’ont pas su se doter des mêmes armes et adopter une organisation similaire. La Tunisie doit avoir une vision de plus en plus claire de ces difficultés et se doter des moyens de résister à la concurrence étrangère.

      Fazit: Notre révolution socio-économique devrait être celle de l’explosion de la productivité. J’invite tous les Tunisiens à travailler beaucoup moins, mais de manière intelligente, tout en produisant beaucoup plus. Oui, travaillons moins et intelligemment pour produire davantage, tant en quantité qu’en qualité.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    2. jamel.tazarki

      Répondre
      6 novembre 2026 | 13h03

      Aux enfants de mon village, Tazarka:
      je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Autrefois, dans le village de Tazarka et ses environs, des figuiers poussaient partout. L’histoire du figuier est celle d’un arbre qui a généreusement nourri les habitants du Cap Bon, sans nécessiter de grands efforts de culture ni d’arrosage. Pour nous, habitants du Cap Bon, et en particulier de Tazarka, le figuier symbolisait à la fois la volonté de survie et la richesse naturelle. Le figuier s’accroche au moindre creux de rocher, à la moindre fissure, pour y puiser l’eau dont il a besoin pour survivre. Il pousse partout, n’importe où, là où peut s’accumuler un minimum de substrat, amené ou transporté par le vent. Il nous inspirait le courage, l’intelligence et la volonté indispensables à la survie.

      À Tazarka, nous nous nourrissions abondamment de figues qui nous apportaient tout ce dont notre organisme avait besoin : des sucres, du potassium, du calcium, du magnésium, du phosphore, du fer, du zinc, du manganèse, du fluor, du sélénium, ainsi que des vitamines C, B3, B5, B6, B1, B2, B6, B12, A, E et K. La valeur énergétique de la figue est très élevée, puisqu’elle peut atteindre 250 kcal pour 100 g. Elle a des propriétés laxatives et émollientes. Les figues sont également très utilisées pour leurs vertus médicinales dans le traitement des affections pulmonaires, de la toux, de l’anorexie, des troubles de la circulation sanguine, des hémorroïdes, des varices, des affections urinaires, de l’asthme, de l’irritation de la trachée et de la gorge, ainsi que pour diminuer le taux d’acidité dans le tube digestif. Le latex ou « lait » des figues était utilisé dans l’Antiquité en médecine comme calmant.

      Pour résister au froid en hiver, les habitants de Tazarka consommaient le matin à jeun des figues sèches, souvent associées à de l’huile d’olive. A Tazarka, Les figues étaient aussi importantes pour notre survie que l’air que l’on respirait.

      Il n’y avait pas de problèmes d’eau dans la région de Tazarka. La quantité d’eau douce pompée était équilibrée par le rechargement des nappes souterraines. On cultivait également des tomates et toutes sortes de légumes en respectant les besoins de la nature. Puis, un jour, des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture accompagnés de pseudo-scientifiques sont venus et, avec un entêtement destructeur, ils ont arraché tous nos figuiers. Des tracteurs équipés d’une lame frontale ont basculé et déraciné nos figuiers en poussant à un point haut du tronc, puis ont terminé l’arrachage et l’extraction en appliquant une poussée latérale et de bas en haut au niveau des racines. Nous avons pleuré, hurlé et nous sommes battus pour sauver nos figuiers, mais nous n’avions aucune chance.

      Et ainsi, tout le monde a commencé à pomper les eaux souterraines pour les cultures légumières, en particulier des tomates et des fraises, qui ont remplacé nos champs de figuiers. Avec les années, l’eau est devenue de plus en plus rare. Puis, l’invasion d’eau salée des nappes souterraines s’est produite. Aujourd’hui, nos terres, salées, sont hostiles aux cultures légumières.

      Le problème venait du fait que l’on a pompé la zone d’eau douce plus rapidement qu’elle ne pouvait se recharger dans un lieu proche de la mer (tout notre Cap Bon n’est qu’un petit bout de terre au beau milieu de la mer), ce qui fait, en retour, que l’eau salée s’est introduite à l’intérieur des terres.

      Il faut cesser de pomper l’eau souterraine pendant plusieurs décennies, le temps que l’aquifère se recharge, et investir dans l’hydroculture en attendant. Je propose aujourd’hui de réimplanter des figuiers partout en Tunisie, dans les zones où les eaux souterraines sont salées, et d’introduire l’hydroculture pour toutes les autres formes d’agriculture qui nécessitent beaucoup d’eau et un arrosage incessant.

      La culture du figuier est possible partout en Tunisie, car c’est un arbre robuste et peu exigeant. Il est tout à fait possible d’obtenir une récolte continue s’étalant de juin à octobre.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    Répondre

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